Le 17 mars, les listes qualifiées pour le second tour des élections municipales avaient jusqu’à 18 heures pour être déposées en préfecture. Elles pouvaient fusionner, se retirer ou se maintenir selon les résultats du premier tour. Dans plusieurs grandes villes, ces choix ont modifié les rapports de force en vue du scrutin. À Paris, la liste de Rachida Dati a fusionné avec celle de Pierre-Yves Bournazel, tandis que Sarah Knafo a annoncé son retrait. À Marseille, Sébastien Delogu a retiré sa liste après l’échec d’un accord avec Benoît Payan. À Toulouse, Nantes, Lyon, Brest, Poitiers ou encore La Courneuve, des accords entre socialistes, écologistes, communistes et insoumis ont été conclus selon des modalités variables. À Bordeaux, Philippe Dessertine n’a pas déposé de liste, transformant l’affiche en duel.
Des accords locaux, sans cadre national unique
Aucun accord national n’a été formalisé entre le Parti socialiste et La France insoumise, mais des alliances locales ont été conclues dans plusieurs villes. Elles ont pris des formes différentes. Ces accords dépendent des rapports de force issus du premier tour, des équilibres internes des listes et des conditions posées par les candidats.
À Lyon, la liste du maire sortant Grégory Doucet a intégré des candidats insoumis sans modification annoncée de son programme et sans engagement sur leur participation à un futur exécutif municipal. À Nantes, Johanna Rolland a conclu un accord avec LFI alors qu’elle se trouvait menacée par une candidature de droite arrivée à un niveau proche. À Toulouse, une liste commune a été présentée derrière François Piquemal. À Brest, François Cuillandre a accepté une « fusion technique » avec LFI après être arrivé derrière la droite. À Poitiers, un accord a finalement été trouvé entre la maire écologiste sortante et la liste LFI-PCF après des négociations initialement infructueuses.
Dans d’autres villes, l’accord n’a pas eu lieu. À Marseille, Benoît Payan a refusé toute fusion avec la liste insoumise. À Paris, Emmanuel Grégoire a refusé la proposition de fusion portée par Sophia Chikirou, qui a choisi de se maintenir. Dans certaines communes, les désaccords ont aussi traversé les formations elles-mêmes, avec des soutiens locaux divergents, des colistiers retirés ou des responsables territoriaux prenant leurs distances avec une alliance pourtant conclue.
« Les accords sont qualifiés de “techniques” dans certains récits, tandis que d’autres les présentent d’abord comme des choix politiques. »
Paris : une triangulaire reconfigurée par une fusion et un retrait
Dans la capitale, la séquence a abouti à une nouvelle configuration à trois listes principales. La fusion entre Rachida Dati et Pierre-Yves Bournazel a réuni la droite et le centre sur une même liste. Cette liste est issue de la fusion, mais Pierre-Yves Bournazel a ensuite choisi de ne pas y figurer. Marlène Schiappa a annoncé, de son côté, rejoindre cette liste.
Sarah Knafo, qualifiée pour le second tour, a annoncé son retrait. « Je ne me désiste pas pour Rachida Dati, mais pour Paris », a-t-elle déclaré. Ce retrait n’a pas conduit à une fusion formelle avec la droite, mais il a supprimé une candidature supplémentaire dans le camp opposé à la gauche.
À gauche, Emmanuel Grégoire a refusé la fusion proposée par Sophia Chikirou, qui s’est maintenue. Cette absence d’accord a laissé subsister une triangulaire entre la liste socialiste, la liste insoumise et la liste de droite issue de la fusion. Plusieurs prises de position ont alors porté non sur le principe du second tour lui-même, mais sur l’effet de cette division sur l’issue du scrutin.
Marseille : un retrait sans fusion, la droite maintenue
À Marseille, la liste insoumise conduite par Sébastien Delogu, arrivée en quatrième position au premier tour, a été retirée. Le député a justifié cette décision par le risque de voir le Rassemblement national l’emporter dans la ville. « Face à l’irresponsabilité d’un homme, nous serons responsables pour un million », a-t-il déclaré pour expliquer ce retrait après l’échec des discussions avec Benoît Payan.
Le maire sortant socialiste a maintenu son refus d’une fusion avec LFI. Il a indiqué que les conditions n’étaient pas réunies. Dans le même temps, Martine Vassal a conservé sa candidature, malgré des appels venus d’autres responsables de droite ou du RN en faveur d’un retrait. Le second tour s’est donc dessiné sous forme de triangulaire entre Benoît Payan, Franck Allisio et Martine Vassal.
Cette configuration a nourri des lectures opposées sur le rôle du retrait de Sébastien Delogu. Pour certains acteurs, il s’agit d’un retrait destiné à limiter le risque d’une victoire du RN. Pour d’autres, le maintien de la droite continue de fragmenter les voix opposées au candidat arrivé en tête de ce camp au premier tour.
Strasbourg, Nantes, Toulouse : des alliances asymétriques
À Strasbourg, deux accords distincts ont été actés. Jeanne Barseghian et Florian Kobryn ont déposé une liste commune entre écologistes et insoumis. En parallèle, Catherine Trautmann a conclu un accord avec Pierre Jakubowicz, candidat issu d’Horizons, avec intégration de plusieurs membres de sa liste. Cette recomposition a transformé l’entre-deux-tours. Elle a abouti à un affrontement entre blocs redessinés par les négociations.
À Nantes, l’accord entre Johanna Rolland et LFI a provoqué des répercussions immédiates sur sa propre liste. Son premier adjoint, Bassem Asseh, a annoncé son retrait. L’accord a été présenté par ses promoteurs comme un moyen de rassembler la gauche face à la droite, tandis que ses opposants l’ont contesté sur le fond politique.
À Toulouse, la liste commune formée autour de François Piquemal a rassemblé socialistes et insoumis. Elle n’a toutefois pas produit un alignement complet du Parti socialiste local et national. Carole Delga a indiqué qu’elle ne soutenait pas cette liste, contrairement à la ligne exprimée par Olivier Faure sur d’autres accords locaux.
« Selon les villes, la même séquence est racontée comme un rassemblement, une volte-face, une coalition ou un simple retrait stratégique. »
Des retraits ciblés et des fusions de circonstance dans d’autres communes
Au-delà des grandes métropoles, de nombreuses communes ont connu des ajustements de dernière heure. À Bordeaux, l’absence de dépôt de liste par Philippe Dessertine a réduit le second tour à un duel entre Pierre Hurmic et Thomas Cazenave. À Menton, Louis Sarkozy a fusionné avec une liste divers droite face au RN. À Hyères, Jean-Pierre Giran et François Cornileau ont officialisé une fusion. À Amnéville, trois listes ont fusionné autour de Danielle Calcari-Jean. À Saint-Avold, André Wojciechowski s’est retiré sans consigne de vote. À Creutzwald, le retrait d’Eric Helwing a laissé place à un face-à-face entre un premier adjoint et un candidat RN.
Dans d’autres cas, aucun accord n’a été trouvé malgré des tractations actives. À La Seyne-sur-Mer, plusieurs listes se sont maintenues, ouvrant une quadrangulaire. Au Muy, les négociations se sont poursuivies jusqu’aux dernières heures sans issue certaine au moment des récits. Dans certaines petites communes, les listes ont indiqué qu’aucune fusion n’était envisagée.
Ces mouvements ont aussi modifié la composition des listes. Des colistiers ont quitté une alliance nouvellement formée. D’autres ont été ajoutés en position éligible. Plusieurs équipes ont dû redéposer une liste complète intégrant les termes de l’accord conclu.
Des consignes limitées, des reports de voix incertains
Les accords conclus entre listes n’impliquent pas automatiquement des transferts de voix mécaniques. Plusieurs candidats battus ou retirés n’ont donné aucune consigne de vote. D’autres ont formulé un appel général à faire barrage à un adversaire sans soutenir explicitement une liste donnée. Des responsables politiques ont également contesté l’idée que les alliances locales suffisent à déterminer le comportement électoral du second tour.
Dans plusieurs villes, la question centrale ne porte donc pas seulement sur la composition des listes. Elle concerne aussi la capacité des nouveaux attelages à conserver leur électorat initial, à attirer les voix des listes éliminées et à limiter l’abstention. Cette incertitude est particulièrement visible dans les configurations à trois ou quatre listes, où les retraits partiels, les maintiens dissidents et les refus de consigne compliquent les projections.
À l’issue de cette séquence, les principales configurations du second tour sont connues : duel dans certaines villes après retrait ou absence de dépôt, triangulaire dans plusieurs grandes communes, quadrangulaire dans quelques cas, et listes fusionnées dans un nombre important de territoires. Les partis nationaux ont vu se multiplier les accords locaux de formes très diverses, parfois en contradiction avec des positions exprimées quelques jours plus tôt. Les rapports entre socialistes, écologistes, communistes, insoumis, centristes et droites locales ont ainsi été redéfinis commune par commune, à partir des résultats du premier tour et des seuils permettant le maintien ou la fusion.
Ces recompositions locales modifieront-elles surtout la composition des listes, ou aussi le comportement électoral du second tour ? Les accords conclus dans l’urgence permettront-ils de stabiliser les coalitions jusqu’au vote, ou ouvriront-ils de nouvelles dissensions dans certaines villes ?