Bally Bagayoko, maire de Saint-Denis, a annoncé le dépôt d’une plainte après deux interventions diffusées sur CNews les 27 et 28 mars, dans lesquelles il a été visé par des propos assimilés à des représentations animales et tribales. La séquence a entraîné des réactions politiques, des saisines de l’Arcom et l’annonce d’un rassemblement antiraciste à Saint-Denis. L’objet de cette séquence est doublement circonscrit : les propos diffusés sur la chaîne et les réactions institutionnelles et politiques qui ont suivi.
Une plainte après deux interventions télévisées
Les réactions partent de deux prises de parole diffusées à l’antenne et visant directement Bally Bagayoko, élu maire de Saint-Denis après les municipales. L’élu a dénoncé une séquence raciste et annoncé qu’il porterait plainte contre CNews. Il a aussi déclaré vouloir prendre « l’initiative d’un grand rassemblement » contre le racisme et le fascisme.
Dans le même temps, la chaîne a contesté l’existence d’une séquence raciste. Cette contradiction structure le dossier à ce stade : d’un côté, l’élu et plusieurs responsables politiques qualifient les propos de racistes ; de l’autre, la chaîne nie cette qualification. L’autorité de régulation de l’audiovisuel a été saisie à plusieurs reprises.
« Les formulations oscillent entre “propos jugés racistes”, “séquence raciste” et “attaques racistes”, tout en renvoyant aux mêmes interventions télévisées. »
Plusieurs récits rappellent aussi que Bally Bagayoko dit faire l’objet de commentaires racistes répétés depuis son élection. La séquence CNews s’inscrit donc, pour lui et ses soutiens, dans une série d’attaques plus large, même si la plainte annoncée vise les propos diffusés sur la chaîne.
Le gouvernement sort du silence et apporte son soutien
Les premières réactions gouvernementales ont pris la forme de condamnations publiques. Laurent Nuñez s’est dit « très choqué » et a apporté son « soutien » à Bally Bagayoko. D’autres membres de l’exécutif ont dénoncé des commentaires qualifiés d’« ignobles ».
L’entourage d’Emmanuel Macron a ensuite fait savoir que le président « a toujours condamné toutes les attaques racistes d’où qu’elles viennent ». Cette prise de position répond à une critique formulée par Bally Bagayoko, qui regrettait l’absence de condamnation venue du plus haut niveau de l’État.
À ce stade, la réaction gouvernementale apparaît donc en deux temps : d’abord l’expression d’un soutien par des ministres, puis une réponse de l’Élysée après les reproches sur son silence. En parallèle, l’absence de prise de parole de la ministre chargée des discriminations est relevée dans plusieurs récits, ce qui alimente un autre registre de controverse au sein même de l’exécutif.
Un appel au rassemblement à Saint-Denis
Bally Bagayoko a annoncé un rassemblement antiraciste sur le parvis de l’hôtel de ville de Saint-Denis pour le 4 avril. La réponse politique ne passe donc pas seulement par la plainte et les demandes adressées au régulateur, mais aussi par une mobilisation publique organisée dans sa commune.
À Saint-Denis, plusieurs habitants interrogés disent faire bloc derrière leur maire et demandent qu’« on le laisse travailler ». Cette dimension locale distingue la séquence médiatique de ses prolongements politiques : les propos tenus à la télévision ont débouché sur une réaction de l’élu, sur des prises de position nationales, mais aussi sur une réponse municipale et citoyenne autour de sa légitimité à exercer son mandat.
D’autres voix se sont ajoutées à cette séquence, notamment celle de Lilian Thuram, qui a dénoncé les attaques visant Bally Bagayoko dans une tribune. L’affaire dépasse ainsi le seul échange entre la chaîne, l’élu et le gouvernement, pour devenir un point de cristallisation plus large autour du racisme dans l’espace public.
Une séquence désormais engagée sur plusieurs terrains
À ce stade, les faits établis sont les suivants : des propos diffusés sur CNews ont visé Bally Bagayoko ; l’élu a annoncé une plainte ; plusieurs responsables gouvernementaux ont condamné ces propos ; l’Élysée a fait connaître sa position ; l’Arcom a été saisie ; un rassemblement a été annoncé à Saint-Denis.
Reste à savoir quelle suite prendra la plainte annoncée par Bally Bagayoko et si l’Arcom ouvrira une procédure ou adoptera une décision sur cette séquence. Une autre question demeure ouverte : les condamnations publiques venues de l’exécutif suffiront-elles à clore la polémique, ou le rassemblement annoncé à Saint-Denis ouvrira-t-il une nouvelle phase politique de l’affaire ?