La guerre engagée autour de l’Iran est entrée dans son deuxième mois. Une nouvelle phase a été marquée par des explosions et des coupures d’électricité à Téhéran, la poursuite des frappes iraniennes, la mort de quatre soldats israéliens dans le sud du Liban et une série d’annonces politiques et militaires de part et d’autre. Dans le même temps, le gouvernement israélien a annoncé ramener à zéro ses importations de matériel militaire français, tandis que Donald Trump a accusé la France de refuser le survol de son territoire à des avions militaires américains à destination d’Israël. Le conflit dépasse désormais le face-à-face militaire initial. Il affecte aussi les routes maritimes, le trafic aérien, les relations diplomatiques et les prix de l’énergie dans plusieurs régions du monde.
Téhéran, Ormuz et la pression militaire américaine
Des explosions ont été signalées à Téhéran, notamment autour d’infrastructures énergétiques et de sites présentés comme militaires. Une partie de la capitale iranienne s’est retrouvée sans électricité après ces frappes. En parallèle, l’Iran a poursuivi ses tirs contre Israël et contre des pays du Golfe, tandis que Donald Trump a de nouveau menacé les infrastructures énergétiques iraniennes et l’île de Kharg, principal terminal pétrolier du pays.
Le président américain alterne, dans cette phase, entre déclarations de fermeté et signaux de possible désengagement. Plusieurs responsables et observateurs évoquent la possibilité d’une intervention terrestre américaine, quand d’autres soulignent au contraire une volonté d’éviter un enlisement. « Les États-Unis s’en souviendront », a écrit Donald Trump à propos du différend avec la France sur les survols aériens.
Autour du détroit d’Ormuz, la pression reste centrale. Un projet iranien de péage pour les navires y transitant a été approuvé en commission parlementaire. Dans le même temps, deux porte-conteneurs chinois ont franchi le détroit, tandis que plusieurs analyses décrivent une quasi-paralysie du trafic, avec des ports engorgés, des routes maritimes rallongées et une hausse du coût du transport. Des titres parlent de « blocage », d’autres de « quasi-fermeture » ou de « crise du détroit », sans employer toujours le même degré d’intensité.
Le Liban, nouveau front durable
Au Liban, la phase militaire s’est encore durcie. Dans le sud du pays, quatre soldats israéliens ont été tués lors d’un incident lié aux combats avec le Hezbollah. Parallèlement, plusieurs Casques bleus de la Force intérimaire des Nations unies au Liban ont été tués ou blessés, dont des soldats indonésiens, et des soldats français ont été visés dans plusieurs incidents dénoncés par Paris.
La France a saisi le Conseil de sécurité de l’ONU. Antonio Guterres a condamné les incidents touchant la Finul. Cette force est chargée de surveiller la cessation des hostilités et d’accompagner la stabilisation du sud du Liban. Plusieurs responsables libanais ont dénoncé une atteinte à leur souveraineté. Tom Fletcher, responsable humanitaire de l’ONU, a évoqué le risque de voir apparaître un nouveau « territoire occupé » au Liban.
Le ministre israélien de la défense, Israël Katz, a déclaré que « toutes les maisons des villages adjacents à la frontière seront démolies » et que les habitants déplacés du sud du Liban ne pourraient pas regagner leurs habitations. Plusieurs récits indiquent que l’armée israélienne entend conserver une présence durable jusqu’au fleuve Litani, y compris en cas d’accord entre Washington et Téhéran.
« Les titres oscillent entre “occupation”, “zone prise” et “nouveau territoire occupé” pour décrire l’évolution israélienne au Sud-Liban. »
Une crise diplomatique qui atteint la France
La France se retrouve directement exposée à cette phase du conflit. Donald Trump a accusé Paris d’empêcher des survols d’avions américains chargés de matériel militaire pour Israël. Le gouvernement français a contesté cette présentation, en expliquant qu’il n’existait pas d’interdiction générale de survol et que certaines autorisations relevaient d’examens au cas par cas.
Cette querelle a franchi une nouvelle étape avec l’annonce israélienne de mettre fin à ses achats militaires en France. Une porte-parole du ministère israélien de la défense a justifié cette décision par une politique française jugée hostile. Cette annonce s’ajoute aux tensions déjà ouvertes autour de la Finul, où Paris dénonce des actes « inacceptables » contre ses soldats.
Le déplacement d’Emmanuel Macron au Japon puis en Corée du Sud s’inscrit dans ce contexte. Prévu de longue date, ce déplacement a été largement rattrapé par la guerre. Les échanges avec Tokyo et Séoul portent notamment sur la sécurité énergétique, les effets du blocage d’Ormuz et la nécessité de coordonner les réponses entre alliés. À Bruxelles, plusieurs responsables appellent à réduire la dépendance pétrolière et à accentuer les politiques de sobriété énergétique.
Prix, carburants, inflation : les effets déjà visibles
Les effets économiques du conflit sont déjà mesurables. En France, l’inflation a accéléré en mars à 1,7 % sur un an, dans un contexte de flambée des carburants. Le gazole a atteint en moyenne un niveau inédit depuis 1985. Aux États-Unis, le gallon d’essence a dépassé les 4 dollars pour la première fois depuis 2022.
Dans le monde arabe, l’ONU estime le coût économique du conflit à 186 milliards de dollars, soit environ 6 % du produit intérieur brut régional. « Nous espérons que les combats cesseront demain car chaque jour de retard a des répercussions négatives », a déclaré un responsable de l’ONU à propos de cette estimation.
Les conséquences s’étendent aussi au commerce mondial. Des pénuries ou des menaces de pénuries sont évoquées en Afrique et en Asie. Des distributeurs de carburants, des transporteurs routiers, des pêcheurs et des voyagistes font état d’une activité fragilisée par la hausse des prix, l’incertitude et les changements de routes d’approvisionnement. TotalEnergies a annoncé maintenir un plafond de 2 euros à la pompe dans ses stations françaises, dans un contexte où le groupe est accusé par plusieurs acteurs de bénéficier de la situation.
Transport aérien, mer Rouge et nouveaux acteurs régionaux
Le transport aérien figure parmi les secteurs les plus rapidement touchés. La fermeture ou la complexification de plusieurs couloirs régionaux, la hausse du kérosène et l’arrêt des grands hubs du Golfe pour certaines liaisons bouleversent les plans de voyage. Des acteurs du tourisme disent constater une préférence accrue pour les vols directs et les destinations perçues comme plus sûres.
En mer Rouge, les Houthis ont commencé à entrer plus directement dans cette phase du conflit, avec des tirs de missiles contre Israël. Leur implication reste encore limitée au regard des scénarios redoutés sur Bab el-Mandeb, détroit stratégique entre la mer Rouge et le golfe d’Aden, mais elle élargit encore le champ du conflit maritime.
Sur le plan diplomatique, un premier cycle de pourparlers a réuni le Pakistan, l’Égypte, l’Arabie saoudite et la Turquie. Aucune mesure concrète n’en est sortie à ce stade, mais cette initiative fait apparaître de nouveaux intermédiaires potentiels dans les discussions autour d’un cessez-le-feu. Dans le même temps, la Russie est présentée comme un bénéficiaire indirect de la crise énergétique, avec une reprise de certaines commandes d’hydrocarbures par des pays asiatiques.
« Selon les récits, Donald Trump est présenté tour à tour comme prêt à escalader, prêt à se retirer ou devenu difficile à suivre. »
Des fronts ouverts, des décisions encore non tranchées
À ce stade, plusieurs lignes de fracture demeurent simultanément ouvertes : la poursuite des frappes entre l’Iran et ses adversaires, la perspective d’une présence israélienne prolongée dans le sud du Liban, l’exposition directe de la Finul, les désaccords entre alliés occidentaux sur le soutien militaire à Israël, et la diffusion des effets économiques du conflit bien au-delà de la région. Les routes énergétiques et logistiques restent fragiles, tandis que les initiatives diplomatiques n’ont encore produit aucun engagement concret de désescalade.
La pression militaire américaine sur l’Iran vise-t-elle avant tout une négociation rapide ou prépare-t-elle un nouveau changement d’échelle ? Et le sud du Liban est-il appelé à devenir un théâtre durablement dissocié des discussions entre Washington et Téhéran ?