Les prix des carburants ont poursuivi leur hausse en France. En parallèle, une partie du réseau de distribution a connu des ruptures d’approvisionnement. Le sans-plomb 95-E10 a été présenté comme proche de 2 euros le litre. Le gazole a, lui, été annoncé au-delà de 2,23 euros dans plusieurs relevés nationaux. Dans le même temps, le gouvernement a indiqué qu’environ 18 % des stations-service manquaient d’au moins un carburant, quand d’autres acteurs du secteur ont évoqué un quart du réseau. L’exécutif a maintenu qu’il n’y avait pas de risque de pénurie généralisée et a confirmé l’annonce de nouvelles aides ciblées pour certaines professions exposées.
Des prix en hausse et des chiffres qui varient selon les acteurs
La hausse des prix s’inscrit dans un contexte de tensions internationales sur l’énergie, avec des effets immédiats sur le pétrole brut, le raffinage, la logistique et les prix à la pompe. Plusieurs relevés font état d’une progression continue du gazole et de l’essence au retour du week-end de Pâques. Dans certains territoires, des stations ont été décrites comme saturées, parfois vidées en quelques heures après ravitaillement.
Maud Bregeon, ministre déléguée à l’Énergie et porte-parole du gouvernement, a déclaré : « Il y a environ 18 % des stations dans lesquelles il manque au moins un carburant. » Olivier Gantois, président de l’Union française des industries pétrolières, a pour sa part affirmé que les stations seraient réapprovisionnées rapidement. Plusieurs titres ont aussi repris le chiffre d’une station sur quatre en rupture d’au moins un produit.
« Les chiffres de rupture oscillent entre 18 % et 25 % selon qu’ils proviennent du gouvernement ou des représentants du secteur. »
Le gouvernement a attribué ces difficultés à des problèmes logistiques et de transport, aggravés par l’afflux de clients vers les stations les moins chères. D’autres descriptions insistent sur le comportement des automobilistes. Certains reportages évoquent des stations prises d’assaut après l’annonce de prix plafonnés ou de tarifs plus faibles que ceux du voisinage.
TotalEnergies prolonge son plafonnement, avec un diesel relevé
TotalEnergies a prolongé en avril son dispositif de plafonnement dans son réseau de 3 300 stations. Le prix de l’essence reste limité à 1,99 euro par litre, tandis que le plafond du gazole a été relevé à 2,25 euros, contre 2,09 euros auparavant. Cette décision prolonge partiellement le bouclier commercial du groupe, dans un contexte où ses stations concentrent une large part des tensions d’approvisionnement relevées ces derniers jours.
Plusieurs descriptions de terrain signalent que les stations du groupe figurent parmi les plus fréquentées et les plus vite asséchées lorsque les écarts de prix se creusent. Dans certains départements, les cartes locales des ruptures et des stations les moins chères ont été mises en avant pour aider les automobilistes à repérer les points de vente encore alimentés.
Des analyses détaillent aussi la composition du prix d’un litre de carburant. Elles distinguent le coût du pétrole brut, les dépenses de raffinage et de distribution, ainsi que la fiscalité, présentée comme un levier majeur dans le prix final payé par les ménages.
L’exécutif écarte le blocage général et mise sur des aides ciblées
Face à la hausse, le gouvernement a réaffirmé qu’il n’y aurait « pas d’aide universelle » ni de « blocage des prix ». Maud Bregeon a aussi déclaré : « L’État ne profite jamais d’une crise pétrolière. » La ligne retenue consiste à réserver les prochains soutiens à des professions désignées comme particulièrement exposées, notamment les aides à domicile, les agriculteurs et d’autres travailleurs dépendants de leur véhicule.
Un premier outil a déjà été annoncé pour les petites entreprises, sous la forme d’un « prêt flash carburant ». Mais cette réponse a suscité des critiques immédiates. Plusieurs organisations syndicales, reçues à Bercy, ont indiqué être reparties sans annonce nouvelle. Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, a demandé un prix maximum de 1,70 euro le litre. Mathilde Panot a proposé une « réquisition » en cas de pénurie et défendu le blocage des prix. Marine Le Pen, tout en dénonçant l’absence de baisse de TVA sur l’énergie, a écarté l’hypothèse d’une censure du gouvernement sur ce seul sujet.
« Les formulations officielles parlent d’“aides ciblées” et de “coups de pouce”, tandis que d’autres acteurs réclament un “blocage des prix” ou une baisse de TVA. »
Parallèlement, le gouvernement a rouvert un autre chantier de pouvoir d’achat : l’extension des titres-restaurant utilisables le dimanche et en grande surface. Cette mesure a été présentée comme distincte du prix à la pompe, mais plusieurs acteurs de la restauration y ont vu une réponse indirecte à la hausse des dépenses contraintes.
Pêcheurs, artisans et soignants en première ligne
Les professions très dépendantes du carburant occupent une place centrale dans cette séquence. Les pêcheurs corses ont bloqué les principaux ports de l’île. D’autres mobilisations ont été signalées au Havre et à Nantes. Les pêcheurs disent travailler à perte et dénoncent des aides promises mais jugées insuffisantes, ou déjà dépassées par la hausse actuelle.
Dans les territoires ruraux, des agriculteurs, des artisans et des soignants décrivent des coûts qui progressent plus vite que leur capacité d’ajustement. Une infirmière libérale a chiffré à 20 euros la hausse de son plein entre décembre et mars. Des agriculteurs et des artisans évoquent la possibilité du chômage partiel si les prix se maintiennent à ce niveau. Les gérants de stations indépendantes soulignent aussi des variations de tarif plusieurs fois dans la journée, qui compliquent la fixation des prix et nourrissent l’incompréhension des clients.
Le sujet a également une dimension logistique plus large. Des tensions sur l’approvisionnement en carburant maritime ont été signalées. D’autres acteurs s’interrogent sur l’effet combiné de la hausse des carburants et d’une offre ferroviaire réduite dans certaines régions.
Les stocks, les profits et les marges de manœuvre
Plusieurs éléments périphériques ont nourri la compréhension du cadre. La France dispose de stocks stratégiques de pétrole présentés comme pouvant couvrir environ une centaine de jours d’importations. Ce point a servi à distinguer les ruptures ponctuelles en station d’un scénario de manque national immédiat.
D’autres publications se sont concentrées sur les marges de manœuvre publiques et privées. Certaines évoquent les superprofits des groupes pétroliers et les circuits fiscaux internationaux. D’autres insistent sur les contraintes budgétaires de l’exécutif, qui écarte une mesure générale au moment où il dit ne pas pouvoir assumer un nouveau choc de dépenses publiques.
Le débat dépasse ainsi la seule question du plein d’essence. Il porte aussi sur la répartition du coût entre l’État, les distributeurs, les grands groupes énergétiques et les consommateurs finaux, alors que l’exécutif tente de contenir à la fois la facture et l’impression de ne plus maîtriser la situation.
Des annonces attendues, mais plusieurs points restent sans réponse
À ce stade, les prix continuent de progresser, une partie des stations reste en tension, TotalEnergies maintient un plafonnement partiel, les syndicats n’ont pas obtenu de mesure nouvelle et l’exécutif campe sur une réponse ciblée. Les mobilisations des pêcheurs, les inquiétudes des professions dépendantes du carburant et les écarts entre chiffres gouvernementaux et sectoriels maintiennent le sujet ouvert.
Les aides promises pour les professions exposées seront-elles annoncées à un niveau jugé suffisant par les secteurs concernés ? Et les tensions observées dans les stations relèvent-elles d’un déséquilibre logistique ponctuel ou d’un épisode appelé à durer au-delà des prochains ravitaillements ?