Israël a mené le 8 avril une série de frappes massives sur le Liban, quelques heures après l’annonce d’une trêve de deux semaines entre les États-Unis et l’Iran. L’armée israélienne a indiqué que ce cessez-le-feu ne concernait pas le Liban et a présenté cette séquence comme « la plus grande vague de frappes coordonnées » depuis le début de la guerre. Les bombardements ont visé Beyrouth, le sud du pays et la plaine de la Bekaa. Selon les bilans relayés au fil de la journée par les autorités et les services de secours libanais, le nombre de morts et de blessés a fortement évolué, jusqu’à atteindre au moins 254 morts et plus d’un millier de blessés dans les versions les plus récentes.
Une trêve annoncée avec l’Iran, mais rejetée pour le Liban
La suspension des hostilités conclue entre Washington et Téhéran portait sur deux semaines et devait ouvrir une phase de négociations, avec en arrière-plan la réouverture du détroit d’Ormuz. Dès l’annonce de cet accord, les autorités israéliennes ont toutefois précisé qu’il ne s’appliquait pas au Liban.
Cette position a été réaffirmée par le gouvernement israélien et par le porte-parole de l’armée en langue arabe, Avichay Adraee. « Le cessez-le-feu ne s’applique pas » au Liban, a-t-il déclaré, tout en diffusant de nouveaux ordres d’évacuation pour certaines zones du sud libanais. Dans le même temps, d’autres responsables ont indiqué que « la bataille continue » contre le Hezbollah.
« Les formulations oscillent entre “cessez-le-feu non applicable”, “bataille continue” et “front libanais exclu” pour désigner la même position israélienne. »
Beyrouth, le sud et la Bekaa touchés dans la même journée
Les frappes ont touché plusieurs zones libanaises au cours de la journée. Beyrouth a été visée, y compris en soirée dans un quartier résidentiel de Tallet el-Khayat. Le sud du Liban a également subi des bombardements répétés, tandis que la plaine de la Bekaa figure parmi les zones mentionnées dans plusieurs bilans.
L’armée israélienne a parlé d’une centaine d’objectifs liés au Hezbollah. Certaines présentations évoquent « la plus grande frappe coordonnée » depuis la fin février, d’autres « la plus grande vague » depuis le début de la guerre ou depuis un mois. Les bombardements se sont produits alors que plusieurs sources indiquaient une baisse, voire une suspension, des attaques du Hezbollah à ce moment de la journée.
Des témoignages rapportés depuis Beyrouth font état d’une attaque menée sans avertissement préalable dans certains secteurs de la capitale. D’autres récits insistent, au contraire, sur les ordres d’évacuation diffusés avant certaines frappes dans le sud du pays.
Des bilans humains qui s’alourdissent au fil des heures
Les chiffres rapportés ont fortement varié selon le moment de publication. Des bilans intermédiaires ont fait état de 80 morts, puis de 89 morts et 722 blessés, avant de monter à 182 morts et 890 blessés. Les versions les plus tardives parlent d’au moins 254 morts et 1 165 blessés.
Ces écarts s’expliquent par l’évolution des bilans provisoires communiqués au cours de la journée. Plusieurs sources attribuent ces chiffres au ministère libanais de la santé, à la Défense civile libanaise ou à l’Agence nationale d’information libanaise. Certaines précisent aussi que des membres du personnel médical figurent parmi les morts.
« Les bilans passent de “dizaines de morts” à 254 morts selon l’heure de publication et l’état d’actualisation des sources officielles libanaises. »
Les autorités libanaises dénoncent un « nouveau massacre »
Au Liban, le président Joseph Aoun a qualifié les attaques israéliennes de « barbares » et a dénoncé « un nouveau massacre ». Les autorités libanaises ont mis en avant l’ampleur des frappes et leur extension géographique, tandis que les services de secours intervenaient sur plusieurs sites.
L’ONU a également été citée comme dénonçant des tueries d’une ampleur « épouvantable ». Dans les témoignages recueillis à Beyrouth, un habitant affirme : « C’est le pire de la mort qui s’abat sur nous. » D’autres récits parlent d’un pays « plongé dans la terreur » ou d’une journée parmi les plus violentes depuis l’ouverture de ce front.
Paris réclame que le Liban soit inclus dans l’accord
La France a pris position sur le périmètre de la trêve. Emmanuel Macron a déclaré que l’accord conclu avec l’Iran devait être « pleinement respecté », « y compris au Liban ». Sébastien Lecornu a tenu une ligne similaire en affirmant que ce cessez-le-feu devait « concerner le Liban ».
Cette demande française apparaît aussi dans plusieurs formulations diplomatiques appelant à inclure le Liban dans la suspension des hostilités. L’Espagne est également mentionnée parmi les pays allant dans ce sens. À l’inverse, la position israélienne reste qu’aucune suspension des frappes n’a été acceptée sur ce front.
Une séquence qui rejaillit sur la trêve irano-américaine
La poursuite des frappes au Liban a rapidement été présentée comme un facteur de fragilisation de la trêve conclue avec l’Iran. Certains responsables iraniens ont menacé de répliquer. Dès le lendemain, le Hezbollah a affirmé avoir lancé des roquettes sur Israël en réaction à une « violation du cessez-le-feu ».
Le Pakistan, cité comme médiateur entre Washington et Téhéran, est lui aussi mentionné dans certaines versions contradictoires sur le périmètre de la trêve. Tandis qu’Israël soutient que le Liban en est exclu, d’autres responsables ont laissé entendre que la suspension devait s’appliquer plus largement. Cette divergence sur le champ exact de l’accord nourrit les tensions apparues dès les premières heures suivant son annonce.
Le périmètre de l’accord reste contesté
À ce stade, les faits établis sont la poursuite des frappes israéliennes au Liban le 8 avril, l’affirmation israélienne selon laquelle la trêve avec l’Iran ne couvre pas ce territoire, et les demandes françaises d’élargir l’accord au front libanais. Les bombardements ont provoqué une hausse continue du bilan humain au fil de la journée et ont ravivé la question de l’articulation entre le front iranien et le front libanais.
Le texte exact ou les garanties précises de l’accord de cessez-le-feu permettent-ils de trancher clairement la question du Liban ? Les médiateurs et les parties impliquées préciseront-ils publiquement si ce front devait, ou non, être inclus dans la suspension des hostilités ?