Le Parti socialiste a présenté à Paris une première version de son projet pour 2027, conçu comme un texte de référence pour le « socialisme du XXIe siècle ». Le document, coordonné par l’eurodéputée Chloé Ridel, compte 144 pages et rassemble, selon les présentations, une centaine de mesures détaillées ou près de 600 à 800 propositions. Il doit encore être amendé par les militants pendant plusieurs semaines, avant un vote annoncé avant l’été. À ce stade, il ne désigne aucun candidat à l’élection présidentielle.
Un socle programmatique autour des salaires, des retraites et de la fiscalité
Le texte présenté met en avant une série d’orientations sociales, fiscales et écologiques. Parmi les mesures les plus souvent citées figurent une hausse du smic à 1 690 euros net, le retour de l’âge légal de départ à la retraite à 62 ans, la création d’un impôt sur les grandes successions et l’adoption d’une taxe de 2 % sur le patrimoine des fortunes supérieures à 100 millions d’euros, souvent désignée comme « taxe Zucman ».
Le projet prévoit aussi le maintien d’un système de retraite par répartition, avec 43 annuités de cotisation, modulables selon la pénibilité ou les carrières hachées. Sur le plan économique, il évoque un plan de prises de participation minoritaires ou de nationalisations en dernier recours dans certaines filières jugées stratégiques, notamment la sidérurgie, l’énergie et la chimie.
D’autres propositions portent sur le logement, les transports, l’école, le grand âge et l’immigration. Le texte défend notamment une régularisation par le travail pour les étrangers disposant d’un contrat depuis au moins six mois, ainsi qu’un objectif de mix énergétique entièrement décarboné à l’horizon 2050.
« Le vocabulaire varie entre “projet”, “socle”, “ébauche” ou “premières lignes”, signe qu’il s’agit encore d’un texte en construction. »
La notion de liberté et la “démarchandisation” au cœur de la présentation
La direction socialiste a présenté ce document comme une tentative de redéfinition doctrinale. La notion de liberté y occupe une place centrale. Chloé Ridel a défendu un texte destiné à « nous identifier sur le long terme ». Dans cette présentation, la liberté est associée à l’existence de règles communes, de services publics et d’une puissance publique forte.
Autre notion mise en avant dans les prises de parole de responsables socialistes : la “démarchandisation”. Boris Vallaud l’emploie pour désigner le retrait de certains biens, besoins vitaux ou services de la logique marchande. Cette idée apparaît comme l’un des marqueurs conceptuels les plus visibles du moment, au même titre que la volonté affichée de dépasser la social-démocratie classique.
Le document associe ainsi transformation sociale, réforme démocratique, politiques de redistribution, planification écologique et réindustrialisation. Les mesures présentées ne sont toutefois pas chiffrées à ce stade.
Un texte présenté sans candidat, dans un contexte de tensions internes
La présentation du projet intervient alors que le Parti socialiste n’a pas encore tranché la question de son incarnation pour 2027. Cette absence de candidat désigné apparaît dans une grande partie des récits, tout comme le désaccord interne sur la méthode.
Le texte a été porté par la direction emmenée par Olivier Faure, mais son calendrier a été contesté par plusieurs opposants internes. Certains ont critiqué une présentation à la presse avant la consultation des militants. D’autres défendent la nécessité de désigner rapidement un candidat socialiste, là où la direction souhaite aussi soumettre au vote des adhérents la participation éventuelle à une primaire avec d’autres formations de gauche et écologistes.
Le projet n’engage donc pas encore un candidat précis. Il sert d’abord de base doctrinale et programmatique, dans un parti où les débats sur la ligne et sur l’incarnation restent ouverts.
Un projet à stabiliser avant l’épreuve de l’incarnation
Le Parti socialiste dispose désormais d’un document de travail structuré, avec des orientations sociales, fiscales, écologiques et institutionnelles déjà rendues publiques. Le texte reste cependant dans une phase intermédiaire : il n’est pas encore définitivement adopté, il n’est pas chiffré à ce stade et il ne tranche pas la question du candidat chargé de le porter en 2027.
Jusqu’où les militants modifieront-ils l’équilibre du texte avant son vote ? Et ce projet commun pourra-t-il rester la base du parti si la question du candidat ou celle d’une primaire ravive les divisions internes ?