La free party géante organisée à Cornusse, dans le Cher, s’est poursuivie pendant trois jours sur un champ de tir militaire de la direction générale de l’armement. Le rassemblement était non déclaré et interdit par arrêté préfectoral. La préfecture comptait encore au moins 17 000 personnes dimanche matin, tandis qu’un collectif de soutien aux free parties avançait jusqu’à 35 000 à 40 000 participants samedi soir.
Un terrain militaire signalé comme dangereux
Les autorités ont présenté le site comme particulièrement sensible en raison de la présence possible de munitions anciennes non explosées. Le champ de tir, utilisé depuis plus d’un siècle, comporte des zones interdites au public, y compris aux riverains.
Un premier obus a été découvert samedi en bordure du site, nécessitant l’intervention des forces de l’ordre et des démineurs de la DGA. Laurent Nuñez a ensuite indiqué qu’un second obus avait été retrouvé. Dès le début du rassemblement, la préfecture avait relayé des consignes de prudence. Les organisateurs les ont aussi reprises sur leurs réseaux sociaux : ne pas faire de feu, ne pas creuser et ne pas ramasser d’objets.
Malgré ces alertes, les autorités n’ont pas signalé d’incident majeur pendant les premières journées. Les bilans médicaux ont toutefois évolué au cours du week-end. Selon les derniers éléments communiqués dimanche, plusieurs dizaines de personnes ont été prises en charge, dont cinq en urgence absolue pour consommation de stupéfiants et vingt-huit en urgence relative, d’après Laurent Nuñez.
« Le même rassemblement est décrit à la fois par son ampleur, son caractère interdit et la dangerosité du terrain militaire. »
Un dispositif de contrôle autour du site
Environ 600 gendarmes ont été mobilisés autour du Teknival, répartis sur 14 points de contrôle. Les forces de l’ordre n’étaient pas installées au cœur du rassemblement, mais contrôlaient les accès et les sorties du site.
Les premiers bilans faisaient état de centaines de verbalisations : participation à un rassemblement interdit, détention de stupéfiants, infractions au Code de la route ou autres motifs. Dimanche soir, La Montagne rapportait un total de 2 425 procès-verbaux dressés et 57 armes saisies, selon les chiffres de la préfecture à 18 heures.
Laurent Nuñez a annoncé que les participants quittant le site seraient verbalisés. « Tous ceux qui sortent de ce rassemblement illégal seront verbalisés à double titre », a-t-il déclaré, en évoquant l’entrée sur un terrain militaire et la participation à un rassemblement interdit. Franceinfo a toutefois relevé que cette double verbalisation n’était pas appliquée dans tous les cas.
Les départs ont commencé dimanche dans la journée. La préfecture comptabilisait encore 11 000 festivaliers sur place en début de soirée, selon La Montagne. Des scènes étaient déjà démontées ou silencieuses, même si certains participants évoquaient une poursuite possible de l’événement au-delà du week-end.
Une revendication contre le durcissement législatif
Selon Tekno Anti Rep, collectif de soutien aux free parties présent sur place, le choix du terrain près de Bourges n’était pas seulement logistique. Les organisateurs auraient voulu protester contre la politique de l’État à l’égard des free parties et contre plusieurs textes visant à renforcer les sanctions.
Le rassemblement intervient alors que le projet de loi Ripost doit être discuté au Sénat à partir du 18 mai. Ce texte porte sur le renforcement de la réponse pénale contre les rassemblements non déclarés. Le gouvernement prévoit notamment de faire de l’organisation d’une rave party non déclarée un délit puni de deux ans de prison et de 30 000 euros d’amende. Le texte prévoit aussi la création d’un délit de participation.
Une proposition de loi distincte a déjà été adoptée à l’Assemblée nationale, mais pas encore examinée au Sénat. Elle prévoit de sanctionner toute contribution directe ou indirecte à la préparation, à la mise en place ou au bon déroulement d’une rave party non déclarée ou interdite. La peine mentionnée dans ce texte est de six mois d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende.
Laurent Nuñez a lié son déplacement dans le Cher à ce contexte parlementaire. « Ça ne fait que renforcer ma conviction de continuer à porter le projet de loi qui s’appelle Ripost », a-t-il déclaré après avoir visité le dispositif de sécurité et de secours.
Des élus et riverains préoccupés par les suites locales
Autour du site, les élus locaux ont surtout évoqué les conséquences pratiques du rassemblement : circulation, déchets, occupations de champs, nuisances et dégradations possibles. Des agriculteurs ont signalé des passages dans des parcelles cultivées. Le député Horizons Loïc Kervran a fait état de dégradations sur des biens et dans des champs.
Plusieurs maires ont également indiqué redouter l’état des lieux après le départ des participants. À Avord, où se trouve l’une des gares les plus proches, le maire Alain Blanchard a dit attendre de voir ce qui resterait après l’évacuation progressive du terrain.
Des participants ont de leur côté affirmé que des dispositifs de nettoyage avaient été mis en place, notamment une benne à ordures et des pauses pour le ramassage des déchets. Ces éléments ne permettent pas encore d’établir le bilan matériel définitif du rassemblement.
« La question des déchets et des dégâts est traitée à travers deux focales distinctes : l’attente des élus et les déclarations des participants. »
Un bilan final encore en cours d’établissement
La fin exacte du Teknival n’était pas entièrement arrêtée dimanche soir. Plusieurs départs avaient commencé, mais des participants indiquaient que l’arrêt du son dépendait encore des organisateurs. Les autorités poursuivaient les contrôles à la sortie du site.
Le bilan complet devra encore préciser le nombre final de participants, les procédures engagées et les infractions retenues. Il devra aussi établir l’état du terrain militaire et les éventuels dommages subis par les exploitants ou les communes voisines. La discussion parlementaire prévue autour de Ripost doit aussi confirmer le contenu final du durcissement annoncé par le gouvernement.