Le Parlement roumain a adopté une motion de censure contre le gouvernement d’Ilie Bolojan, premier ministre libéral soutenu depuis juin 2025 par une coalition pro-européenne. Le texte a recueilli 281 voix, alors que 233 étaient nécessaires, dans un Parlement de 464 sièges. La motion avait été déposée par le Parti social-démocrate, le PSD, avec l’Alliance pour l’unité des Roumains, l’AUR, une formation nationaliste classée à l’extrême droite.
Une motion adoptée après la rupture du PSD
Le vote intervient quinze jours après la sortie du PSD de la coalition gouvernementale. Le parti social-démocrate contestait les mesures d’austérité engagées par Ilie Bolojan pour réduire le déficit public roumain, présenté comme le plus élevé de l’Union européenne.
Le PSD dispose d’environ 130 sièges et reste la principale force parlementaire issue des élections de décembre 2024. Il a ensuite déposé une motion de censure avec l’AUR. Le texte a été signé par 254 parlementaires avant son examen.
Après le vote, le chef du PSD, Sorin Grindeanu, a déclaré qu’il serait « approprié » qu’Ilie Bolojan quitte ses fonctions. Il estime que ce départ permettrait la formation rapide d’un nouveau gouvernement. Le PSD affirme toutefois ne pas avoir conclu d’accord politique avec l’AUR pour la période suivant la motion.
« Les formulations opposent le vote de censure à la question encore ouverte de la future coalition gouvernementale. »
Ilie Bolojan défend ses réformes budgétaires
Avant le vote, Ilie Bolojan a défendu sa politique devant le Parlement. Le premier ministre a qualifié la motion de censure de « mensongère » et « cynique ». Il a déclaré avoir choisi de faire ce qu’il jugeait « urgent et nécessaire » pour le pays.
Son gouvernement avait été formé en juin 2025, après plusieurs semaines de négociations. Il reposait sur l’appui de quatre partis pro-européens, dont le PSD. Cette nomination avait mis fin à une précédente période de blocage politique, ouverte après l’annulation de l’élection présidentielle de novembre 2024.
Cette présidentielle avait été annulée sur fond de soupçons d’ingérence russe dans la campagne. La Roumanie occupe une position stratégique au sein de l’OTAN, à proximité de l’Ukraine, où la guerre se poursuit depuis 2022.
Un vote commun qui modifie les équilibres parlementaires
L’adoption de la motion place l’AUR au centre de la séquence politique. Cette formation était jusque-là tenue à distance des coalitions gouvernementales, mais son vote a été déterminant dans la chute du cabinet Bolojan.
Le dirigeant de l’AUR, George Simion, a réagi en affirmant que le vote marquait la fin de dix mois de gouvernement pro-européen. La formation est donnée à 37 % d’opinions favorables dans certains sondages cités dans les éléments disponibles, au-dessus du PSD.
Plusieurs partis de centre droit ont critiqué le vote commun du PSD avec l’AUR. Une trentaine d’ONG ont demandé au Parti des socialistes européens d’exclure le PSD si cette alliance était maintenue. Le PSD affirme qu’il n’existe pas d’accord durable avec l’extrême droite, mais seulement un objectif commun sur la motion de censure.
Un contexte économique sous surveillance européenne
La chute du gouvernement intervient alors que la Roumanie fait l’objet d’une procédure européenne de déficit excessif, un mécanisme de surveillance budgétaire de l’Union européenne, depuis 2020. Le déficit public a atteint 7,9 % du PIB au quatrième trimestre 2025, selon les données reprises dans les articles disponibles.
Le gouvernement Bolojan avait engagé des mesures de réduction des dépenses pour répondre à cette situation budgétaire. Le PSD et l’AUR ont accusé cette politique d’aggraver les difficultés sociales. Le premier ministre a présenté ces mesures comme nécessaires. Selon lui, elles devaient éviter une dégradation plus forte des comptes publics.
Depuis la rupture de la coalition, les conditions financières du pays se sont tendues. Les taux d’intérêt des emprunts roumains ont augmenté, tandis que le leu roumain s’est déprécié face à l’euro, qui a atteint un niveau record de 5,19 lei.
Des négociations attendues pour former un nouveau gouvernement
Après le vote de censure, Ilie Bolojan peut rester en fonction jusqu’à la prestation de serment d’un nouveau gouvernement, mais avec des pouvoirs limités aux affaires courantes. La prochaine étape institutionnelle porte sur la désignation d’un nouveau premier ministre et la formation d’une majorité parlementaire.
Le président Nicusor Dan a indiqué que les discussions politiques seraient difficiles, tout en affirmant que la Roumanie devait rester sur une ligne pro-occidentale. Plusieurs scénarios restent ouverts, dont une recomposition autour des mêmes partis pro-européens, mais sans Ilie Bolojan à la tête du gouvernement.
À ce stade, le vote de la motion est établi, tout comme le soutien commun du PSD et de l’AUR à cette censure. La composition du prochain cabinet, la place éventuelle du PSD dans une nouvelle coalition et la réponse aux engagements budgétaires européens restent encore à préciser.