La Conférence de Munich sur la sécurité, forum annuel réunissant chefs d’État, ministres et responsables militaires, s’est tenue en présence de Marco Rubio, secrétaire d’État des États-Unis. Devant les participants, il a affirmé que les États-Unis et l’Europe étaient « faits pour être ensemble » et qu’une Europe capable d’assurer sa propre défense renforçait la sécurité collective. Il a appelé à une « restauration » de l’ordre mondial et à une alliance transatlantique « revigorée », dans un contexte marqué par des tensions récurrentes sur le partage des charges au sein de l’OTAN, organisation militaire fondée en 1949 pour assurer la défense collective de ses membres.
Marco Rubio a insisté sur la nécessité pour les États européens d’investir davantage dans leurs capacités militaires. Cette question renvoie à l’objectif fixé au sein de l’OTAN de consacrer au moins 2 % du produit intérieur brut à la défense. Il a également évoqué la nécessité de réformer certaines institutions internationales, estimant que l’ordre mondial issu de l’après-guerre « n’existe plus ».
« Quand l’ordre mondial change, les pourcentages du PIB restent les mêmes. »
Paris et Berlin exposent deux trajectoires pour la défense
Emmanuel Macron a, de son côté, appelé les Européens à affirmer une capacité stratégique propre. Il a évoqué la nécessité pour le continent de se projeter comme un acteur autonome dans un environnement international transformé. Cette position s’inscrit dans la doctrine française de « souveraineté européenne », qui vise à renforcer les capacités communes en matière industrielle, militaire et énergétique.
Le chancelier allemand Friedrich Merz a réaffirmé son attachement à la relation transatlantique, tout en reconnaissant que l’environnement stratégique évoluait. Berlin privilégie un renforcement des capacités nationales, en complément du cadre de l’OTAN. L’Allemagne a engagé ces dernières années un effort budgétaire significatif pour moderniser ses forces armées, à la suite d’un fonds spécial adopté après l’invasion de l’Ukraine par la Russie.
Ces orientations distinctes renvoient à des traditions stratégiques différentes. La France dispose d’une force de dissuasion nucléaire autonome et d’une doctrine d’intervention extérieure ancienne. L’Allemagne, marquée par son histoire, a longtemps limité son engagement militaire avant d’accroître progressivement ses capacités.
« Autonomie stratégique ou ancrage atlantique : les discours varient, la salle reste la même. »
Un ton conciliant, des lignes inchangées
Le discours de Marco Rubio a été présenté comme plus conciliant que certaines interventions américaines lors de précédentes éditions. Il a affirmé ne pas vouloir d’alliés « faibles », considérant que la solidité européenne renforçait la puissance collective. Dans le même temps, il a appelé les Européens à s’aligner sur certaines priorités américaines, notamment en matière de défense et de sécurité.
Plusieurs interventions ont souligné que, malgré la volonté affichée de coopération, la relation transatlantique traverse une phase d’ajustement. Les divergences portent notamment sur l’ampleur de l’autonomie stratégique européenne, sur la répartition des dépenses militaires et sur la place des institutions multilatérales.
En marge de la conférence, environ 200 000 manifestants se sont rassemblés à Munich contre les autorités iraniennes, selon la police locale. La présence de Reza Pahlavi, fils du dernier chah d’Iran, a donné une dimension supplémentaire à ces mobilisations, distinctes des débats institutionnels tenus à l’intérieur du forum.
Des orientations encore à préciser
À ce stade, la conférence a permis l’expression publique de positions américaines, françaises et allemandes sur la sécurité européenne et la relation transatlantique. Les objectifs de renforcement des capacités militaires sont réaffirmés, tandis que les modalités concrètes d’articulation entre autonomie européenne et cadre de l’OTAN demeurent ouvertes.
Comment ces orientations se traduiront-elles dans les décisions budgétaires et industrielles à venir ? Les États européens convergeront-ils vers une stratégie commune ou maintiendront-ils des approches différenciées ?