La diffusion de plus de trois millions de documents liés à Jeffrey Epstein par le ministère américain de la Justice a relancé l’affaire à l’échelle internationale. Ces archives comprennent des pièces issues de procédures et d’éléments saisis dans le cadre d’enquêtes américaines. En France, le nom du diplomate Fabrice Aidan apparaît à plusieurs reprises dans ces fichiers. Le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a annoncé avoir saisi la justice afin de « signaler les faits présumés ». La porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, a indiqué en sortie de Conseil des ministres que l’exécutif « encourage les femmes qui auraient été victimes à parler et à se tourner vers la justice ».
La saisine évoquée par Jean-Noël Barrot consiste à transmettre des éléments au parquet compétent afin qu’il examine l’opportunité d’ouvrir une enquête. En parallèle, Ebba Karlsson, ex-mannequin suédoise, a déposé plainte à Paris pour « viol et trafic d’êtres humains » contre Daniel Siad, présenté comme un recruteur présumé pour Epstein.
« Les dossiers traversent l’Atlantique plus vite que les procédures. »
Fabrice Aidan, cité 211 fois selon certains décomptes, est présenté comme ayant échangé des courriels directs avec Jeffrey Epstein. Son avocate indique qu’il « conteste l’entièreté des accusations » et qu’il se tient à la disposition de la justice. Dans un autre registre, le nom de Jack Lang apparaît à plusieurs centaines de reprises dans les fichiers publiés. Des documents mentionnant son nom ont été retirés du site du ministère américain. Les autorités invoquent des impératifs de confidentialité et de protection des victimes.
À Strasbourg, le Conseil de l’Europe a levé l’immunité de son ancien secrétaire général, le Norvégien Thorbjørn Jagland, visé dans son pays par une enquête pour « corruption aggravée » en lien avec ses relations passées avec Epstein. La levée d’immunité permet aux autorités nationales d’engager des poursuites sans obstacle lié à la fonction exercée.
Au Royaume-Uni, la police examine l’opportunité d’ouvrir une enquête formelle visant Andrew Mountbatten-Windsor. Le Crown Prosecution Service, autorité chargée des poursuites pénales en Angleterre et au pays de Galles, indique être en contact étroit avec les forces de police. Aux États-Unis, la ministre de la Justice Pam Bondi a été interrogée devant la commission judiciaire de la Chambre des représentants sur la gestion des documents. Des élus démocrates lui reprochent des caviardages et une divulgation partielle des noms. Des parlementaires républicains évoquent également des manquements dans la communication complète des fichiers.
La publication de ces archives a alimenté un débat sur la transparence et la méthode. Certains soulignent la difficulté d’exploiter un volume massif de données brutes. D’autres insistent sur la nécessité d’enquêtes judiciaires formelles avant toute conclusion publique. Des contenus audiovisuels, notamment des vidéos extraites du domicile d’Epstein en Floride, ont été versés aux fichiers rendus publics.
« Quand les noms s’accumulent, les auditions se multiplient. »
En France, la perspective d’une commission d’enquête parlementaire a été évoquée. Gabriel Attal s’est dit non opposé à une telle initiative, tandis que Yaël Braun-Pivet a exprimé des réserves, invoquant le principe de séparation des pouvoirs. Ce principe interdit au Parlement d’interférer dans des procédures judiciaires en cours.
Des procédures à géométrie variable
La situation reste évolutive. Des enquêtes judiciaires sont évoquées dans plusieurs pays, sans qu’aucune mise en examen formelle ne soit annoncée à ce stade concernant les responsables politiques cités. Les autorités américaines continuent de publier ou de retirer certains documents pour des motifs liés à la protection des victimes.
À ce stade, plusieurs éléments sont établis : la publication massive d’archives, la mise en cause de personnalités nommées, des saisines judiciaires et des auditions parlementaires en cours.
Les investigations nationales aboutiront-elles à des poursuites formelles ? La gestion des documents publiés permettra-t-elle d’identifier clairement d’éventuelles responsabilités pénales ?