Groenland : un cadre d’accord OTAN–États-Unis évoqué par Donald Trump, entre réactions prudentes et incertitudes persistantes

L’annonce par Donald Trump d’un « cadre d’un futur accord » sur le Groenland, présenté comme négocié avec l’OTAN, a suscité des réactions immédiates au Danemark, au Groenland et au sein de l’Union européenne, dans un contexte stratégique arctique déjà sensible.

La séquence s’est ouverte le 21 janvier lors du Forum économique mondial de Davos, lorsque le président américain a déclaré avoir convenu avec le secrétaire général de l’Alliance atlantique d’un cadre de discussions concernant le Groenland. Cette déclaration est intervenue après plusieurs jours de tensions liées à des propos antérieurs évoquant une possible annexion du territoire arctique par les États-Unis. Le Groenland est un territoire autonome rattaché au royaume du Danemark, doté depuis 2009 d’un large autogouvernement, tandis que la défense et la politique étrangère relèvent toujours de Copenhague.

Le cadre institutionnel apparaît ainsi double. Le Groenland relève du royaume danois, État membre de l’Union européenne et de l’OTAN, tandis que l’île elle-même se situe dans une zone arctique stratégique. Les États-Unis y disposent déjà d’installations militaires, notamment la base de Pituffik (anciennement Thulé), intégrée de longue date au dispositif de surveillance et de défense nord-américain et allié.

Une annonce américaine aux contours flous

Les propos présidentiels font état d’un « cadre » sans publication de document ni précision sur son contenu juridique. Le terme renvoie habituellement à une déclaration d’intention ou à des principes généraux destinés à orienter de futures discussions, sans valeur contraignante immédiate. Aucune ratification, ni par les autorités danoises ni par celles du Groenland, n’a été évoquée à ce stade.

Dans ce contexte, les autorités groenlandaises ont rappelé que seules les institutions locales sont habilitées à conclure des accords concernant le territoire. Le Premier ministre groenlandais a indiqué ne pas avoir connaissance du contenu précis des discussions annoncées, soulignant l’absence de consultation formelle.

« L’évocation d’un accord sans texte public ni validation locale met en lumière le décalage entre annonces politiques et cadres juridiques existants. »

Réactions du Danemark et rappel des principes de souveraineté

À Copenhague, les déclarations américaines ont été accueillies avec un mélange de soulagement et de vigilance. Le renoncement explicite à l’usage de la force a été relevé, mais la question de la souveraineté demeure centrale. Les autorités danoises ont affirmé que tout arrangement concernant le Groenland ne pouvait remettre en cause l’intégrité territoriale du royaume.

Le débat porte notamment sur l’hypothèse d’un élargissement des droits américains sur certaines bases militaires ou zones stratégiques. Une telle évolution supposerait des accords bilatéraux précis, formalisés et conformes au droit international, ainsi qu’aux cadres existants de l’Alliance atlantique.

L’Union européenne face à un enjeu arctique élargi

À Bruxelles, la séquence a été évoquée lors d’un Conseil européen extraordinaire. Les chefs d’État et de gouvernement ont exprimé leur soutien au Danemark, tout en insistant sur la nécessité de préserver l’unité européenne. L’Arctique est identifié par l’Union comme une zone d’intérêt stratégique croissant, en raison des routes maritimes émergentes, des ressources naturelles et des enjeux environnementaux liés au changement climatique.

Les responsables européens ont rappelé que toute évolution sécuritaire dans la région devait s’inscrire dans le respect du droit international et des équilibres existants au sein de l’OTAN et entre alliés.

« La situation arctique cristallise des enjeux de sécurité, de ressources et de gouvernance, où chaque annonce résonne au-delà de son périmètre immédiat. »

Des zones d’ombre persistantes sur le contenu et la portée

À ce stade, la séquence fait apparaître un décalage entre l’ampleur des annonces publiques et la réalité des mécanismes décisionnels. Les contours exacts du cadre évoqué, son statut juridique et les acteurs effectivement impliqués demeurent indéterminés. Les réactions prudentes du Danemark, du Groenland et de l’Union européenne traduisent une volonté de stabilisation, sans clarification immédiate.

La question demeure de savoir quelle forme concrète pourraient prendre d’éventuelles négociations formelles et dans quelle mesure elles intégreraient les autorités groenlandaises dans le processus décisionnel. Un autre point reste ouvert : comment s’articuleraient, à terme, les intérêts sécuritaires américains, les prérogatives danoises et les positions européennes dans un Arctique de plus en plus convoité ?

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