Spirit Airlines a annoncé l’annulation de tous ses vols et le début d’un « arrêt progressif » de ses activités, avec effet immédiat. La compagnie américaine à bas coûts, en difficulté financière depuis plusieurs mois, avait déjà déposé son bilan à deux reprises en 2025 et n’a pas obtenu les financements nécessaires pour poursuivre son activité.
Une compagnie pionnière du low-cost américain
Lancée en 1992, Spirit Airlines faisait partie des premières compagnies à bas coûts du marché américain. Connue pour ses avions jaunes et son modèle tarifaire fondé sur des prix d’appel bas, elle occupait une place importante sur certaines lignes intérieures aux États-Unis.
Selon des données du ministère américain des Transports, Spirit a transporté 28 millions de passagers entre février 2025 et janvier 2026. Elle était présentée comme la neuvième compagnie américaine en nombre de passagers.
Son arrêt concerne plusieurs milliers de salariés. Les décomptes varient selon les périmètres retenus : la compagnie employait un peu plus de 11 000 personnes en 2024, tandis que certaines estimations évoquent plus de 16 000 ou près de 17 000 emplois directs et indirects concernés.
Spirit Airlines avait demandé à ses clients de ne pas se rendre à l’aéroport. La compagnie a indiqué que les billets déjà achetés seraient remboursés.
L’échec d’une restructuration avec les créanciers
Spirit était engagée dans une procédure de restructuration. Elle avait annoncé le 24 février un accord avec ses créanciers et disait alors espérer sortir de la faillite d’ici l’été.
Cette trajectoire n’a pas abouti. Selon le communiqué de la compagnie, le maintien de l’activité aurait nécessité plusieurs centaines de millions de dollars de liquidités supplémentaires. Le PDG de Spirit, Dave Davis, a indiqué que l’entreprise n’avait pas pu obtenir ces fonds.
L’administration Trump avait envisagé un plan de sauvetage public. Le projet évoqué prévoyait un renflouement de 500 millions de dollars en échange de titres convertibles en actions, susceptibles de donner ensuite accès au capital de l’entreprise. Il aurait pu donner à l’État fédéral une participation importante au capital de Spirit.
Selon plusieurs éléments rapportés, certains détenteurs d’obligations ont rejeté ce scénario. Le ministre américain des Transports, Sean Duffy, a affirmé que le président Donald Trump avait cherché une solution pour sauver la compagnie. Il a toutefois souligné que la décision dépendait aussi des créanciers.
« Les formulations associent l’arrêt de Spirit à la faillite financière, au choc énergétique et à l’échec du sauvetage public. »
La hausse du kérosène comme facteur immédiat
La hausse du prix du carburant apparaît comme le facteur immédiat qui a aggravé la situation de Spirit Airlines. Plusieurs éléments indiquent que le prix du kérosène a plus que doublé depuis le début du conflit au Moyen-Orient à la fin février.
Cette hausse a pesé sur une compagnie déjà fragilisée. Le modèle low-cost repose sur des marges réduites, des volumes élevés et une maîtrise stricte des coûts. Une augmentation rapide du carburant réduit directement la capacité à maintenir des billets à bas prix. Elle complique aussi la couverture des dépenses d’exploitation.
Dave Davis a expliqué que l’envolée du kérosène n’avait laissé « d’autre choix » à Spirit que d’engager un arrêt progressif et ordonné de la société. Pour plusieurs experts cités, le carburant a accéléré une crise plus ancienne plutôt qu’il ne l’a créée seul.
Le blocage antérieur du projet de rachat par JetBlue revient également dans le contexte du dossier. L’administration Biden avait empêché en 2024 le rachat de Spirit par JetBlue, estimant que l’opération posait un problème de concurrence. Cet élément est évoqué par des responsables de l’administration Trump. L’arrêt annoncé en mai 2026 découle toutefois directement de l’échec de la restructuration et du manque de liquidités.
Des compagnies mobilisées pour les passagers et les équipages
Après l’annonce de Spirit, plusieurs compagnies américaines ont mis en place des dispositifs d’urgence. American Airlines, United Airlines, Southwest, Avelo, Frontier Airlines et JetBlue Airways ont annoncé des tarifs préférentiels ou des vols renforcés. Certaines ont aussi prévu des mesures d’assistance sur des lignes également desservies par Spirit.
JetBlue a notamment augmenté ses vols depuis Fort Lauderdale, en Floride, l’un des points importants du réseau de Spirit. Certaines compagnies ont aussi annoncé des dispositifs destinés à aider les équipages bloqués à rentrer chez eux.
L’Association des stewards et hôtesses de l’air, qui représente environ 5 000 salariés de Spirit, a indiqué être en contact avec d’autres compagnies pour soutenir les personnels concernés. Le syndicat a affirmé que les membres d’équipage en service recevraient un hébergement ou un vol de retour.
Sean Duffy a assuré que les détenteurs de billets Spirit seraient intégralement remboursés, les fonds nécessaires ayant été mis en réserve. Cette garantie concerne les clients touchés par l’annulation immédiate des vols.
Un signal pour le marché américain du low-cost
L’arrêt de Spirit intervient dans un secteur aérien américain déjà soumis à la hausse des coûts, à la pression concurrentielle et à l’évolution des attentes des passagers. Le cas de Spirit concentre plusieurs fragilités du modèle à bas coûts. Il combine exposition au prix du carburant, marges étroites, dépendance au remplissage des avions et difficulté à absorber les chocs financiers.
Des experts cités estiment toutefois que la faillite de Spirit ne signifie pas nécessairement une série immédiate d’autres défaillances. Richard Aboulafia, directeur de la société AeroDynamic, affirme ne pas être inquiet pour l’ensemble du secteur aérien « pour l’instant », tout en qualifiant le modèle de Spirit de fragile depuis plusieurs années.
Bradley Akubuiro, de la société BPI, estime que le carburant a porté le coup final à une entreprise déjà en situation difficile. Il souligne que l’impact pourrait surtout se voir à long terme, car Spirit exerçait une pression à la baisse sur les tarifs aux États-Unis.
« Le sujet est aussi présenté comme un test pour le low-cost, mais l’arrêt immédiat de Spirit reste l’objet central. »
Des remboursements et des reclassements encore à organiser
La mise en œuvre concrète de l’arrêt progressif reste à préciser. Les remboursements des billets, le traitement des passagers bloqués et le retour des équipages doivent être organisés avec les compagnies concurrentes et les autorités américaines.
La situation des salariés demeure également ouverte. Les dispositifs d’embauche ou de rapatriement annoncés par d’autres compagnies ne couvrent pas encore l’ensemble des personnels concernés. Le périmètre exact des emplois touchés varie aussi selon les estimations.
L’évolution du marché américain du low-cost dépendra aussi du niveau durable du prix du carburant. Spirit occupait une place spécifique dans la pression sur les tarifs. Sa disparition pourrait modifier certaines lignes intérieures, sans que l’ampleur de cet effet soit encore établie.