L’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé a annoncé, le 4 mai, des sanctions financières contre Novo Nordisk France et Eli Lilly France. L’autorité leur reproche des campagnes sur l’obésité susceptibles de promouvoir indirectement des traitements anti-obésité soumis à prescription médicale obligatoire.
Des campagnes jugées trop incitatives
Les sanctions visent des communications diffusées auprès du grand public autour de l’obésité, de la perte de poids et de la consultation médicale. Selon l’ANSM, ces messages pouvaient conduire des patients à solliciter certains traitements médicamenteux, alors que la publicité directe ou indirecte pour des médicaments soumis à prescription est interdite auprès du public.
Novo Nordisk France est sanctionné pour des campagnes associées à Saxenda et Wegovy, deux traitements de la famille des analogues du GLP-1. Eli Lilly France est sanctionné pour une campagne autour de Mounjaro, autre médicament de cette classe thérapeutique.
Ces traitements, d’abord développés dans le diabète, sont aussi utilisés dans la prise en charge de l’obésité, selon des indications encadrées. Leur forte exposition publique a accompagné une demande accrue, mais aussi des inquiétudes sur les usages détournés, notamment à des fins de perte de poids esthétique.
L’ANSM estime que les campagnes concernées étaient de nature à “induire le public en erreur” et à présenter le recours médicamenteux comme une réponse centrale à l’obésité.
Près de 2 millions d’euros d’amendes
La sanction la plus élevée concerne Novo Nordisk France. L’agence lui inflige une sanction globale de plus de 1,78 million d’euros : un million d’euros pour Saxenda, soit le montant maximal prévu par les textes, et 783 838 euros pour Wegovy.
Eli Lilly France écope d’une sanction de 108 766 euros pour sa campagne de sensibilisation liée à Mounjaro.
Au total, les deux laboratoires sont donc sanctionnés à hauteur de près de 2 millions d’euros. L’ANSM précise que les médicaments concernés ne sont pas remboursés par l’Assurance maladie dans ce cadre. Ils restent soumis à prescription médicale obligatoire.
« Les communications sont présentées comme des campagnes de sensibilisation, mais l’autorité sanitaire les rattache à la promotion indirecte de traitements précis. »
Des traitements très médiatisés et strictement encadrés
Les analogues du GLP-1 occupent une place croissante dans la prise en charge de l’obésité. Leur efficacité dans la réduction du poids a contribué à leur médiatisation, en France comme à l’international.
Cette visibilité s’accompagne d’un encadrement sanitaire. L’ANSM rappelle que ces médicaments ne doivent être utilisés que dans des situations médicales définies. L’agence met aussi en garde contre les achats sur Internet, les produits contrefaits et les usages hors indication.
La décision intervient dans un contexte où la communication autour de l’obésité se situe à la frontière entre information de santé publique, sensibilisation médicale et promotion commerciale. L’autorité sanitaire considère que cette frontière a été franchie dans les campagnes sanctionnées.
Des laboratoires qui contestent ou prennent acte
Novo Nordisk France conteste la position de l’ANSM. Le laboratoire affirme que ses campagnes relevaient de la prévention et de la sensibilisation. Il indique examiner les voies de recours possibles contre la décision.
Eli Lilly France prend acte de la sanction. Le laboratoire estime que sa campagne de sensibilisation intitulée “L’obésité, c’est un truc de malades” respectait le cadre applicable aux communications relatives à la santé humaine.
Les deux entreprises adoptent donc des positions publiques distinctes face à la décision. Novo Nordisk annonce une contestation possible, tandis qu’Eli Lilly reconnaît la décision sans présenter, à ce stade, de recours public.
Un encadrement publicitaire désormais rappelé
À ce stade, les sanctions de l’ANSM sont prononcées, mais les suites procédurales ne sont pas entièrement arrêtées. Novo Nordisk France indique examiner les voies de recours possibles, tandis qu’Eli Lilly France n’a pas annoncé de contestation équivalente.
Les faits établis portent sur les montants des sanctions, les campagnes visées et la qualification retenue par l’agence : une promotion indirecte de médicaments soumis à prescription. Les positions des laboratoires restent distinctes, entre contestation de l’analyse de l’ANSM et prise d’acte de la décision.
La suite dépendra d’éventuels recours, mais aussi de la manière dont les laboratoires adapteront leurs communications sur l’obésité. Selon l’ANSM, l’information sur une pathologie ne doit pas orienter le public vers un traitement soumis à prescription.