Élisabeth Borne quitte la direction de Renaissance en désaccord avec la ligne d’Attal

L’ancienne Première ministre annonce son retrait du Conseil national et du bureau exécutif du parti présidentiel, invoquant des divergences avec la stratégie portée par Gabriel Attal, tout en restant adhérente.

Élisabeth Borne quitte la direction de Renaissance en désaccord avec la ligne d’Attal

Image générée par Fokon


Élisabeth Borne a annoncé, mercredi 6 mai 2026, son retrait de la direction du parti Renaissance, qu’elle présidait jusqu’alors. Dans une déclaration sur France Inter, l’ancienne Première ministre a justifié sa décision par un désaccord avec la ligne politique actuelle du mouvement, dirigé par Gabriel Attal. « Je ne me retrouve pas complètement dans la ligne, qui n’est pas forcément débattue au sein de Renaissance », a-t-elle déclaré. Elle précise quitter la présidence du Conseil national et se mettre en retrait du bureau exécutif, tout en restant adhérente du parti.

Un départ motivé par des divergences de fond et de méthode

Élisabeth Borne, députée de la 6ᵉ circonscription du Calvados, a détaillé ses points de désaccord lors de son intervention radiophonique. Elle a notamment cité le « respect du droit international, du Conseil constitutionnel et de la Constitution » comme des principes qu’elle estime insuffisamment pris en compte. Parmi les mesures contestées figure l’interdiction du voile pour les mineures de moins de 15 ans, une proposition portée par Renaissance et à laquelle elle s’était opposée.

« Les formulations oscillent entre “désaccord de fond” et “critique de méthode” pour décrire les motifs du retrait. »

La méthode de gouvernance du parti est également au cœur des tensions. Dans un entretien accordé à La Tribune Dimanche en 2025, Élisabeth Borne avait qualifié Renaissance de « l’agence de com’ de Gabriel Attal », une formule reprise par plusieurs médias. Elle a réitéré cette critique mercredi, évoquant un « pouvoir solitaire et un peu vertical » qu’elle rejette. Dans son livre Réveillons-nous !, publié jeudi 7 mai, elle défend une réforme des institutions, incluant un retour au septennat non renouvelable et la présidence du Conseil des ministres par le Premier ministre, et non par le chef de l’État.

Un contexte de préparation à la présidentielle 2027

Ce retrait intervient dans un contexte de préparation à l’élection présidentielle de 2027, où Gabriel Attal apparaît comme l’un des favoris pour représenter le camp présidentiel. Le bureau exécutif de Renaissance a récemment validé un rapport recommandant la candidature de l’actuel secrétaire général, une décision qui doit être entérinée lors du Conseil national du 12 mai. Élisabeth Borne, qui avait envisagé de briguer la tête du parti en août 2024, avait finalement renoncé en échange de la présidence du Conseil national, un poste qu’elle quitte donc aujourd’hui.

Son absence lors du discours de clôture du meeting d’Arras en septembre 2025, ainsi que sa non-participation au bureau exécutif du 5 mai 2026, avaient déjà marqué une prise de distance. « Elle aurait pu utiliser le Conseil national pour faire travailler des gens et venir challenger Gabriel avec des propositions de fond, elle ne l’a jamais fait », relève une source proche de Gabriel Attal, citée par TV5MONDE.

Bâtissons ensemble, une structure pour « rassembler au-delà des partis »

Élisabeth Borne a indiqué se consacrer désormais à Bâtissons ensemble, une structure qu’elle a créée et qui vise à « rassembler au-delà des partis ». Dans un entretien au Parisien, elle a précisé ne pas vouloir créer « le parti des mécontents », tout en affirmant que sa démarche n’était « pas du tout » tournée vers une candidature à la présidentielle de 2027. « Je suis attachée aux militants et aux valeurs qu’on a portées en 2017, mais je ne souhaite pas participer aux instances », a-t-elle ajouté.

Cette initiative s’inscrit dans une volonté affichée de promouvoir un débat plus large sur les réformes institutionnelles et sociales. Parmi ses propositions figurent également une révision de la procédure de dissolution de l’Assemblée nationale, qu’elle juge trop dépendante de « l’intuition d’un président après deux coups de téléphone ».

Des réactions contrastées au sein de Renaissance

Les réactions à ce départ ont été mesurées au sein du parti. Si certains cadres minimisent l’impact de cette décision, d’autres y voient le symptôme de tensions internes. François Patriat, président du groupe Renaissance au Sénat, a ainsi déclaré à Public Sénat : « Déclarer sa candidature aujourd’hui et figer les choses ne me paraît pas être le bon principe. » Une prise de position qui reflète les divisions sur la stratégie à adopter pour 2027.

Gabriel Attal, quant à lui, n’a pas réagi publiquement à l’annonce d’Élisabeth Borne. Le secrétaire général de Renaissance a multiplié ces derniers mois les déplacements et les prises de parole, dans une dynamique visant à s’imposer comme le candidat naturel du camp présidentiel. Son approche, centrée sur des thèmes régaliens comme la sécurité ou l’immigration, a suscité des réserves au sein même de son parti, où certains lui reprochent une ligne jugée trop droitière.

Un retrait qui interroge l’unité du camp présidentiel

À un an de l’élection présidentielle, le départ d’Élisabeth Borne de la direction de Renaissance souligne les fractures au sein du mouvement. Si son retrait ne remet pas en cause son appartenance au parti, il acte une divergence durable avec la stratégie portée par Gabriel Attal. Les prochains jours seront marqués par la publication de son livre, qui devrait préciser ses propositions institutionnelles, et par le Conseil national du 12 mai, où sera tranchée la question de la désignation du candidat pour 2027.

La suite dépendra également de la capacité de Renaissance à concilier les différentes sensibilités en son sein, alors que les débats sur la ligne politique et la méthode de gouvernance restent vifs. Pour Élisabeth Borne, l’enjeu sera désormais de donner une visibilité à Bâtissons ensemble, sans pour autant apparaître comme une figure de division au sein du camp macroniste.


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