Cette semaine, les États-Unis ont annoncé avoir frappé plus de 80 cibles iraniennes, puis 90 autres. L’Iran a revendiqué des attaques contre des installations américaines au Koweït, à Bahreïn et, selon ses déclarations, au Qatar. Le Yak et Fokon en ont discuté cette semaine. Voici un extrait de leur échange :
J’ai une question très simple.
À quel moment un cessez-le-feu cesse-t-il vraiment d’exister ?
Quand le président américain dit à la télévision : « C’est terminé » ?
Je tente.
C’est une réponse recevable.
Donald Trump a effectivement déclaré cette semaine que la trêve conclue à la mi-juin avec l’Iran était terminée.
Puis les États-Unis ont repris les frappes.
Ce qui donne quand même une définition assez concrète du mot « terminé ».
L’armée américaine a annoncé avoir visé plus de 80 cibles dans une première opération, puis 90 autres.
Washington affirme avoir répondu à des attaques iraniennes contre des navires commerciaux dans le détroit d’Ormuz.
Et l’Iran dit que ce sont les États-Unis qui ont violé l’accord.
Donc chacun explique qu’il ne fait que répondre.
C’est classique dans une escalade.
Chaque camp présente son action comme une réaction nécessaire, jamais comme le début d’un nouveau cycle.
Oui, personne ne commence jamais une guerre.
Tout le monde « répond fermement » à quelqu’un qui répondait déjà fermement.
La formule est ironique, mais le mécanisme est bien celui-là.
Sans système de vérification accepté par les deux camps, chaque incident peut devenir le prétexte d’une nouvelle frappe.
Attends.
Il y avait quoi exactement dans ce cessez-le-feu ?
Les dossiers évoquent un protocole conclu autour du 17 juin, qui avait notamment permis la réouverture du détroit d’Ormuz et un allègement de certaines sanctions américaines sur le pétrole iranien.
Mais les deux camps n’en donnent visiblement pas la même lecture.
Donc ils avaient signé un accord dont ils ne partageaient déjà pas complètement le mode d’emploi.
Très prometteur.
Les cessez-le-feu sont souvent imparfaits.
Ils peuvent malgré tout réduire les combats, laisser passer l’aide ou ouvrir un espace diplomatique.
Oui, je sais.
Mais là, l’espace diplomatique a rapidement été remplacé par des missiles.
Les États-Unis disent avoir visé des systèmes antiaériens, des sites de missiles, des unités navales et des infrastructures militaires sur le littoral iranien.
Téhéran affirme de son côté que des infrastructures civiles ont aussi été touchées.
Et là, on entre dans la partie où chaque camp montre ses images et demande qu’on le croie.
Qu’est-ce qu’on peut vérifier ?
On peut vérifier les opérations revendiquées par les États-Unis et les alertes signalées dans plusieurs pays du Golfe.
Pour les dégâts précis et les bilans humains en Iran, les informations viennent surtout des autorités iraniennes.
Elles ont annoncé combien de victimes ?
Les bilans ont évolué.
Les autorités iraniennes ont d’abord parlé de 14 morts et 78 blessés, puis d’autres chiffres ont évoqué 17 morts et 93 blessés.
Donc il faut les donner, mais rappeler qui les donne.
Sinon on transforme une communication de guerre en vérité indépendante.
Exactement.
Même prudence pour certaines attaques revendiquées par l’Iran.
Téhéran a dit avoir visé des bases américaines au Koweït, à Bahreïn et au Qatar.
Là, on n’est plus vraiment dans un tête-à-tête entre deux pays.
Non.
Le conflit touche directement plusieurs États du Golfe qui accueillent des installations américaines.
Pour les habitants de Manama ou du Koweït, ça veut dire des sirènes, des interceptions et la possibilité qu’un missile tombe au mauvais endroit.
Ce n’est pas exactement une nuance géopolitique.
Et plus le nombre de pays concernés augmente, plus le risque d’accident ou de mauvaise interprétation grandit.
Une victime américaine, un missile non intercepté ou un dégât majeur peuvent provoquer une réponse encore plus forte.
Tu viens de décrire une machine où chaque bouton rend le suivant plus facile à pousser.
C’est une bonne manière de le résumer.
Et au centre de cette machine, il y a toujours le détroit d’Ormuz.
On va devoir l’expliquer sans faire un cours de géographie de quarante minutes.
Je vais faire un effort.
C’est un passage maritime étroit par lequel transitent habituellement environ 20 % du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondial, selon les informations reprises cette semaine.
Donc quand ça se bloque là-bas, ça peut finir sur la facture d’un automobiliste ou d’une entreprise ici.
Voilà, tu vois, tu sais parler normalement.
Je prends ça comme un encouragement.
Une crise dans le détroit peut augmenter les coûts du transport, de l’énergie et de nombreux produits, même très loin de la zone de combat.
Ce qui explique pourquoi tout le monde parle de « liberté de navigation ».
Même ceux qui sont en train de bombarder autour.
Washington dit vouloir sécuriser la circulation des navires.
L’Iran affirme que le détroit ne rouvrira que selon ses propres conditions et accuse les États-Unis d’utiliser la force pour imposer leur contrôle.
Donc chacun protège la navigation à sa façon.
L’un en frappant les côtes, l’autre en menaçant le passage. C’est rassurant.
Pas vraiment.
Mais cela montre que le désaccord ne porte pas uniquement sur quelques frappes. Il touche aussi au contrôle régional, aux sanctions, au pétrole et au rapport de force avec les États-Unis.
Et au milieu de tout ça, Donald Trump dit que négocier avec les Iraniens est une perte de temps.
Puis il laisse ses émissaires continuer à discuter.
Ce n’est pas forcément contradictoire sur le plan diplomatique.
Un dirigeant peut durcir son discours public tout en maintenant des contacts indirects.
Ah, le fameux langage diplomatique.
« Je ne vous parle plus, mais mon conseiller attend votre appel. »
C’est à peu près cela.
Le Qatar, le Pakistan et l’ONU ont appelé à la désescalade. Cela signifie qu’il existe encore des intermédiaires.
Mais plus les frappes continuent, plus chaque camp doit prouver qu’il n’a pas reculé.
Et là, même une petite concession peut être présentée comme une humiliation.
C’est l’un des principaux dangers.
Les dirigeants peuvent encore avoir intérêt à négocier, tout en ayant de plus en plus de mal à l’assumer publiquement.
Donc la porte n’est pas fermée.
Elle est juste coincée derrière plusieurs missiles, des sanctions et beaucoup d’ego.
Formulation peu diplomatique.
Mais difficile à contester.
Je vais l’encadrer.
C’est rare.
N’exagère pas.
La question reste surtout de savoir si les discussions peuvent reprendre avant qu’un nouvel incident ne rende l’escalade beaucoup plus difficile à arrêter.
Parce qu’un cessez-le-feu peut être réparé après une violation.
Mais après dix violations, des morts et plusieurs pays visés, ce n’est plus vraiment une réparation. C’est une reconstruction complète.
Oui.
Et elle suppose que les deux camps acceptent au minimum de revenir à une définition commune de ce qu’ils promettent de ne plus faire.
Ce qui, vu la semaine, est déjà un programme assez ambitieux.
La trêve de juin n’a pas résisté aux accusations croisées, aux attaques contre la navigation et au retour des frappes américaines et iraniennes.
Les canaux diplomatiques ne semblent pas totalement fermés. Mais ils coexistent désormais avec des opérations militaires qui impliquent plusieurs pays du Golfe, fragilisent la circulation dans le détroit d’Ormuz et rendent chaque recul politiquement plus difficile.
La question n’est donc plus seulement de savoir si les discussions vont reprendre, mais si elles peuvent encore avancer plus vite que les représailles.
Très bon dimanche à toutes et à tous, et à la semaine prochaine pour de nouvelles médianalyses.