L’activité industrielle européenne se trouve au cœur d’une séquence marquée par plusieurs annonces et prises de position institutionnelles. Elles portent sur la concurrence internationale, la sécurisation des chaînes d’approvisionnement, les choix d’investissement et les outils de régulation commerciale mobilisables par l’Union européenne. Les secteurs concernés vont des semi-conducteurs aux batteries, de la défense à l’automobile, dans un contexte de recomposition des équilibres industriels mondiaux.
Droits de douane et instruments de protection commerciale
Le Haut-Commissariat à la stratégie et au plan, rattaché à Matignon, a publié un rapport appelant à la mise en place d’un droit de douane européen global de 30 % sur les produits chinois. L’organisme estime que les dispositifs existants, notamment les droits anti-dumping ciblés, ne permettent pas de compenser l’écart de coûts observé dans des secteurs comme l’automobile ou la machine-outil. Cette proposition vise à nourrir une discussion au niveau de l’Union européenne, compétente en matière de politique commerciale commune.
La question se pose alors que le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières, destiné à taxer certaines importations selon leur contenu carbone, entre progressivement en application. Plusieurs industriels européens ont exprimé leurs inquiétudes face à un projet de modification du dispositif, jugé susceptible d’en réduire la portée économique.
« Les instruments se multiplient, mais les écarts de coûts restent, eux, bien visibles. »
Chaînes de valeur stratégiques et dépendances technologiques
Les semi-conducteurs occupent une place centrale dans cette séquence. Des dirigeants du secteur ont rappelé que les États-Unis demeurent dépendants de technologies européennes, notamment des machines de lithographie produites par le groupe néerlandais ASML. Dans le même temps, les autorités taïwanaises ont affirmé qu’un transfert massif de la production de semi-conducteurs vers les États-Unis n’était ni envisagé ni techniquement réaliste, en dépit des incitations américaines.
Ces dépendances croisées mettent en lumière la concentration géographique de certaines capacités industrielles clés. Elles interviennent alors que la durée de vie économique des puces, en particulier celles dédiées à l’intelligence artificielle, tend à se réduire, entraînant des besoins d’investissement plus fréquents pour les entreprises utilisatrices.
Batteries, automobile et arbitrages industriels
Le secteur des batteries illustre les difficultés rencontrées par plusieurs projets européens. À Dunkerque, la construction d’une usine de batteries solides portée par la société taïwanaise ProLogium accuse des retards. Par ailleurs, la coentreprise ACC, associant Stellantis, Mercedes-Benz et TotalEnergies, a renoncé à ses projets d’extension en Allemagne et en Italie, concentrant désormais son activité sur son site français.
Dans l’automobile, Renault a annoncé le rachat de la totalité de Flexis, entreprise spécialisée dans les utilitaires électriques, initialement créée avec Volvo et CMA CGM. Cette décision vise à internaliser le développement industriel dans un contexte de concurrence accrue, alors que les exportations chinoises de véhicules progressent rapidement sur certains marchés émergents, comme le Brésil.
« Les annonces industrielles s’enchaînent, mais les calendriers, eux, s’étirent. »
Défense, souveraineté et coopérations fragiles
La question de la souveraineté industrielle se pose avec une acuité particulière dans le secteur de la défense. Le groupe Thales a annoncé un plan de recrutement de plus de 9 000 personnes dans le monde, dont 3 300 en France, afin d’accompagner la croissance de ses activités. Dans le même temps, la cession de l’équipementier français LMB à un groupe américain a suscité des interrogations, l’État indiquant avoir obtenu des garanties sur la continuité des approvisionnements, notamment par la constitution de stocks de sécurité.
Les tensions apparaissent également dans les coopérations européennes. En Allemagne, des responsables industriels ont évoqué la possibilité de développer un avion de combat national en dehors du programme SCAF, conduit avec la France et l’Espagne, en raison de désaccords persistants sur la gouvernance industrielle du projet.
Métaux stratégiques et accords commerciaux
L’accès aux matières premières critiques constitue un autre volet de la séquence. La conférence Mining Indaba, organisée en Afrique du Sud, s’ouvre dans un contexte de forte demande mondiale en métaux stratégiques, essentiels aux technologies de transition énergétique et numérique. Les pays africains, détenteurs de ressources importantes, font l’objet d’intérêts croissants de la part des acteurs internationaux.
Sur le plan commercial, l’Union européenne a conclu avec l’Inde un accord de libre-échange dont le contenu détaillé et le calendrier de mise en œuvre restent partiellement indéfinis. Cet accord s’inscrit dans une stratégie de diversification des partenariats, alors que les flux commerciaux mondiaux demeurent affectés par des tensions géopolitiques et des sanctions, comme l’illustrent les évolutions récentes des exportations de pétrole russe vers l’Asie.
À ce stade, aucune décision européenne n’a été prise concernant l’instauration de droits de douane globaux, et les ajustements du CBAM demeurent en discussion. Les projets industriels en cours poursuivent leur développement selon des calendriers variables, tandis que les coopérations internationales continuent d’évoluer.
Dans quelle mesure l’Union européenne parviendra-t-elle à articuler protection commerciale, coopération internationale et attractivité industrielle ? Les dépendances identifiées dans les secteurs stratégiques pourront-elles être réduites sans remettre en cause les équilibres économiques existants ?