La cour d’assises des mineurs des Pyrénées-Atlantiques a condamné l’ancien élève d’Agnès Lassalle à quinze ans de réclusion criminelle. Il était jugé pour avoir mortellement poignardé sa professeure d’espagnol, le 22 février 2023, au collège-lycée privé Saint-Thomas-d’Aquin de Saint-Jean-de-Luz. Il avait 16 ans au moment des faits et est aujourd’hui âgé de 19 ans. Le procès s’est tenu à huis clos à Pau, en raison de sa minorité au moment du crime.
La peine prononcée est inférieure à celle demandée par l’avocate générale, qui avait requis seize ans de réclusion criminelle. La cour a retenu l’altération du discernement de l’accusé au moment des faits. Elle a toutefois estimé que cette peine était adaptée à la « gravité incontestable » des faits, commis en classe contre une enseignante.
Un verdict après quatre jours d’audience à huis clos
Le procès s’est déroulé devant la cour d’assises des mineurs des Pyrénées-Atlantiques. Les débats ont porté sur les faits, le déroulement de l’attaque et l’état psychique de l’accusé. Le verdict a été rendu après plusieurs heures de délibéré.
Agnès Lassalle, 53 ans, enseignait l’espagnol dans l’établissement privé Saint-Thomas-d’Aquin. Le 22 février 2023, elle a été frappée au niveau du cœur avec un couteau de cuisine. L’élève avait apporté l’arme dans son sac. Selon les éléments rapportés, il s’était levé à la fin du cours, avait verrouillé la porte de la salle, puis porté le coup mortel.
La cour a déclaré l’accusé coupable d’assassinat. La qualification retenue implique une préméditation. L’accusation avait notamment relevé que le couteau avait été pris la veille chez son père, enveloppé puis transporté jusqu’au lycée.
« Les formulations retenues alternent entre “meurtre”, “assassinat” et “enseignante tuée”, selon l’accent mis sur la qualification judiciaire ou le fait initial. »
Le discernement au centre du procès
La responsabilité pénale de l’accusé a occupé une place centrale dans les débats. Plusieurs expertises psychiatriques ont livré des conclusions différentes. L’une a écarté tout trouble ayant aboli ou altéré son discernement. Une autre a évoqué une altération légère. Un dernier rapport, remis en novembre 2024, a conclu à une abolition au moment des faits.
La cour a finalement retenu une altération du discernement, et non une abolition. Cette distinction a déterminé la possibilité de condamner l’accusé. En cas d’abolition du discernement, il aurait pu être déclaré pénalement irresponsable et ne pas être condamné à une peine.
L’accusé était suivi pour une dépression grave et sous traitement après une tentative de suicide en novembre 2022. Il avait notamment expliqué qu’une « petite voix » l’aurait incité à « faire le mal ». Cette déclaration a été discutée dans le cadre de l’examen psychiatrique et de l’appréciation de sa responsabilité.
Une peine assortie d’un suivi socio-judiciaire
La peine de quinze ans de réclusion criminelle est assortie d’un suivi socio-judiciaire de dix ans. Ce suivi comprend notamment une injonction de soins. La cour a également relevé une « prise de conscience modérée » de l’accusé et un risque de récidive jugé encore présent.
L’avocate générale avait requis seize ans de réclusion criminelle. Elle avait aussi demandé que la peine soit accompagnée d’un suivi socio-judiciaire. La cour a donc retenu une peine légèrement inférieure aux réquisitions, tout en maintenant ce cadre de suivi après la détention.
L’accusé, d’abord incarcéré dans un établissement pour mineurs, est détenu depuis janvier 2025 au centre pénitentiaire de Mont-de-Marsan. Son avocat, Me Thierry Sagardoytho, a indiqué que son client ne ferait pas appel. « La justice est passée », a-t-il déclaré après le verdict.
Les proches d’Agnès Lassalle face à la décision
Le procès a aussi accordé une place aux proches d’Agnès Lassalle. Son compagnon, Stéphane Voirin, avait rendu hommage à l’enseignante lors de ses obsèques en dansant près de son cercueil. Cette image avait marqué l’après-drame.
Après le verdict, Stéphane Voirin s’est dit « apaisé ». Il a également évoqué les parents de l’accusé. « On est tous parents et ça va être très dur pour eux aussi », a-t-il déclaré.
Avant le verdict, il avait déjà exprimé une volonté de compréhension. « Je me sens parent aussi, c’est important de le dire, et en recherche de solutions pour qu’un jour, tout ça s’arrête », avait-il indiqué à l’issue des audiences.
« Le traitement public du procès relie le verdict à deux registres précis : la peine prononcée et l’état psychiatrique de l’accusé. »
Une affaire inscrite dans le cadre scolaire
Le meurtre d’Agnès Lassalle avait provoqué une minute de silence dans les établissements scolaires du pays. Le fait qu’une enseignante ait été tuée en plein cours a donné à l’affaire une dimension scolaire et institutionnelle spécifique.
La cour a évoqué le préjudice subi par les proches, mais aussi par la communauté éducative. Le verdict rappelle que les faits se sont produits devant d’autres élèves, dans une salle de classe, pendant le temps scolaire.
Ce contexte explique la présence répétée de références à l’établissement, au métier d’Agnès Lassalle et à la communauté éducative. Le procès n’a toutefois porté que sur la responsabilité pénale de l’ancien élève et sur la peine applicable.
Une décision judiciaire encore encadrée par le suivi
Le verdict fixe la peine prononcée contre l’ancien élève d’Agnès Lassalle, tout en maintenant un cadre de suivi après l’incarcération. La cour a retenu la culpabilité de l’accusé, l’altération de son discernement et la nécessité d’un suivi socio-judiciaire. L’absence d’appel annoncée par la défense pourrait clore la phase judiciaire principale.
Plusieurs éléments relèvent désormais de l’exécution de la peine. Comment le suivi psychiatrique de l’accusé sera-t-il organisé pendant et après sa détention ? Quel rôle jouera le suivi socio-judiciaire de dix ans dans l’évaluation de son parcours après la peine ?