Le roi Charles III a effectué une visite d’État aux États-Unis avec la reine Camilla. Elle a été marquée par une réception à la Maison-Blanche, un discours devant le Congrès américain et un déplacement au mémorial du 11-Septembre à New York. Cette séquence diplomatique intervient alors que les relations entre Washington et Londres restent marquées par plusieurs désaccords, notamment sur la guerre en Iran, l’Ukraine, l’OTAN et les équilibres commerciaux.
Un discours au Congrès centré sur les alliances
Charles III s’est exprimé devant le Congrès américain, un exercice rare pour un souverain britannique. Sa mère, Elizabeth II, l’avait fait en 1991. Le roi a rappelé l’importance de la relation entre les États-Unis et le Royaume-Uni, tout en soulignant que cette alliance ne pouvait pas seulement se fonder sur les réussites du passé.
Devant les élus américains, le souverain a appelé les États-Unis à rester engagés auprès de leurs alliés occidentaux. Il a évoqué les défis internationaux, en affirmant qu’ils étaient trop importants pour être affrontés par un seul pays. Il a également défendu l’État de droit, l’équilibre des pouvoirs et la protection de l’environnement.
Le roi a aussi abordé la guerre en Ukraine. Il a appelé à une « détermination sans faille » pour soutenir Kiev, alors que plusieurs capitales européennes s’inquiètent de l’évolution de l’engagement américain depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche.
Le discours a été largement applaudi dans l’hémicycle. Donald Trump n’était pas présent, mais plusieurs responsables américains assistaient à l’allocution, dont le vice-président JD Vance.
« La visite est présentée à la fois comme une célébration de l’alliance anglo-américaine et comme un rappel des engagements occidentaux. »
Une réception fastueuse à la Maison-Blanche
Donald Trump a accueilli Charles III et Camilla à la Maison-Blanche avec les honneurs réservés à une visite d’État. La cérémonie comprenait des militaires en tenue d’apparat, une fanfare, 21 coups de canon et un survol d’avions de combat.
Le président américain a salué la « relation spéciale » entre les deux pays. Il a déclaré que les États-Unis n’avaient pas « d’amis plus proches » que les Britanniques. Cette réception intervenait dans l’année du 250e anniversaire de la Déclaration d’indépendance américaine, par laquelle les colonies britanniques sont devenues les États-Unis.
Charles III et Donald Trump ont ensuite eu un entretien privé dans le Bureau ovale. Le président américain a décrit cette réunion comme « très bonne » et qualifié le souverain britannique de « personne fantastique ».
Le dîner d’État organisé à la Maison-Blanche a prolongé cette mise en scène diplomatique. Plus d’une centaine d’invités étaient présents, parmi lesquels des responsables politiques, des personnalités économiques et plusieurs juges de la Cour suprême.
Une boutade historique devenue centrale
Lors du dîner d’État, Charles III a répondu par l’humour à une formule utilisée par Donald Trump en janvier. Le président américain avait alors affirmé que, sans les États-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale, les Européens parleraient « allemand et un petit peu japonais ».
Le roi a évoqué les origines britanniques et françaises de plusieurs noms de lieux nord-américains. Il a ensuite lancé : « Vous avez récemment déclaré, M. le président, que sans les États-Unis, les pays européens parleraient l’allemand. Oserais-je dire que sans nous vous parleriez français. »
La formule a suscité des rires dans l’assistance et de nombreuses reprises. Elle renvoie à l’histoire coloniale de l’Amérique du Nord, marquée par la rivalité entre puissances européennes, notamment britannique et française.
Charles III a aussi fait référence à l’incendie de la Maison-Blanche par des soldats britanniques en 1814, en plaisantant sur les projets de réaménagement du bâtiment défendus par Donald Trump. Il a également offert au président américain une cloche provenant du HMS Trump, un sous-marin britannique mis en service en 1944.
Des désaccords persistants sur l’Iran et l’Ukraine
La visite intervient dans un contexte diplomatique moins consensuel que les cérémonies officielles. Donald Trump et le premier ministre britannique Keir Starmer sont en désaccord sur la guerre en Iran, menée par les États-Unis avec Israël. Washington reproche à Londres sa réticence à soutenir certaines opérations américaines.
Lors du dîner d’État, Donald Trump a affirmé avoir « vaincu militairement » l’Iran et répété que Téhéran ne devait pas se doter de l’arme nucléaire. Il a aussi déclaré que Charles III était « encore plus d’accord » avec lui qu’il ne l’était lui-même, selon les propos rapportés.
Le Royaume-Uni cherche également à préserver ses liens économiques avec les États-Unis. Donald Trump a laissé planer la possibilité d’un retrait américain d’un accord douanier conclu avec Londres. Cette menace intervient dans un contexte où le président américain utilise les tarifs douaniers comme outil de négociation commerciale.
L’Ukraine constitue un autre point d’attention. Le roi a explicitement appelé à défendre Kiev, tandis que les Européens suivent l’évolution de la position américaine sur le soutien militaire et diplomatique à l’Ukraine.
« Les références à l’Ukraine, à l’Iran et au commerce montrent que le cérémonial royal accompagne des dossiers diplomatiques concrets. »
Une étape new-yorkaise au mémorial du 11-Septembre
Après Washington, Charles III et la reine Camilla se sont rendus à New York. Le couple royal a participé à une cérémonie au mémorial du 11-Septembre, où il a déposé une gerbe en hommage aux victimes des attentats de 2001.
Les fleurs étaient accompagnées d’une note manuscrite du souverain exprimant sa « solidarité indéfectible avec le peuple américain ». Charles III avait déjà évoqué les attentats devant le Congrès, en rappelant que le Royaume-Uni s’était tenu aux côtés des États-Unis après cette attaque.
Le roi et la reine ont rencontré des secouristes, des familles de victimes et des représentants d’associations. La cérémonie a également donné lieu à une poignée de main avec le nouveau maire de New York, Zohran Mamdani.
L’étape new-yorkaise comprenait aussi des événements culturels et économiques. Charles III devait participer à une rencontre consacrée à la coopération entre entreprises britanniques et américaines. Camilla devait se rendre à la bibliothèque municipale de New York, notamment pour un événement autour de Winnie l’ourson.
Une relation spéciale encore en discussion
La visite de Charles III a permis de réaffirmer publiquement les liens entre le Royaume-Uni et les États-Unis. Les cérémonies officielles, le discours au Congrès et le passage à New York ont donné une forte visibilité à cette relation bilatérale.
Plusieurs sujets restent toutefois ouverts. La position britannique sur la guerre en Iran, l’avenir du soutien américain à l’Ukraine et les discussions commerciales entre Londres et Washington doivent encore être clarifiés dans les échanges gouvernementaux.
Le rôle exact de cette visite dans l’évolution de la relation entre Donald Trump et Keir Starmer reste aussi à mesurer. Le souverain britannique a porté un message d’alliance et de continuité, tandis que les décisions politiques appartiennent aux gouvernements des deux pays.