La justice israélienne a prolongé de deux jours la détention de Thiago Avila, militant brésilien, et de Saif Abu Keshek, militant espagnol. Les deux hommes ont été arrêtés le 30 avril lors de l’interception d’une flottille en route vers la bande de Gaza. Détenus à Ashkelon, ils doivent être interrogés par les renseignements intérieurs israéliens pour des soupçons d’« affiliation à une organisation terroriste », selon les autorités israéliennes.
Deux détenus parmi plus de 170 participants arrêtés
La flottille, composée d’une vingtaine de bateaux, avait quitté Barcelone à la mi-avril. Selon ses organisateurs, elle visait à rejoindre la bande de Gaza et à contester le blocus israélien. L’accès à l’aide humanitaire reste fortement limité dans le territoire palestinien.
Quelque 175 à 176 militants, selon les décomptes cités, ont été arrêtés le 30 avril dans les eaux internationales au large de la Crète. La plupart ont ensuite été relâchés en Grèce, après un accord avec les autorités grecques. Thiago Avila et Saif Abu Keshek sont les seuls membres de la flottille maintenus en détention en Israël.
Les deux militants ont été présentés devant un tribunal à Ashkelon. Les autorités israéliennes demandaient une prolongation de quatre jours de leur détention. Le tribunal a décidé une prolongation de deux jours, selon Miriam Azem, représentante de l’ONG israélienne de défense des droits humains Adalah.
« Le sujet est formulé à la fois autour de l’interception maritime, de la détention des deux militants et des réactions diplomatiques. »
Des accusations israéliennes contestées par Madrid et Brasilia
Le ministère israélien des Affaires étrangères affirme que Saif Abu Keshek est lié à la Conférence palestinienne pour les Palestiniens à l’étranger, une organisation accusée par Israël et les États-Unis d’être affiliée au Hamas. Les autorités israéliennes affirment également que Thiago Avila travaille avec cette organisation et est soupçonné d’« activités illégales ».
L’Espagne a rejeté les accusations visant son ressortissant. Le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, a qualifié la détention de Saif Abu Keshek de « complètement illégale » et « inacceptable ». Il a aussi indiqué qu’Israël n’avait, selon lui, apporté aucun élément de preuve à l’appui de ses accusations.
Le ministère espagnol des Affaires étrangères a demandé la « libération immédiate » de Saif Abu Keshek. Le consul d’Espagne à Tel-Aviv a accompagné le militant espagnol lors de son audience, selon les éléments transmis par Madrid.
Le Brésil a également dénoncé l’arrestation de Thiago Avila. Les réactions de Brasilia et de Madrid ajoutent une dimension diplomatique à la procédure menée par la justice israélienne.
Des allégations de violences pendant l’arrestation
Les avocats de l’ONG Adalah ont pu rencontrer les deux militants dans leur prison de Shikma avant leur présentation au tribunal. Selon Miriam Azem, les deux hommes ont décrit une arrestation d’une « extrême brutalité ».
Thiago Avila a affirmé à ses avocats avoir été « traîné face contre terre » et battu au point de perdre connaissance à deux reprises. Il a également déclaré avoir été maintenu à l’isolement avec les yeux bandés depuis son arrivée en Israël, selon les propos rapportés par l’ONG.
D’autres témoignages évoquent des violences subies par des participants à la flottille lors de leur arrestation ou de leur détention temporaire. Ces éléments sont rapportés par des avocats, des militants ou des organisations de soutien. Israël affirme de son côté que l’interception a été menée pacifiquement.
Ces allégations de violences n’ont pas encore donné lieu à une procédure publique distincte dans les éléments disponibles. Elles s’ajoutent toutefois aux contestations diplomatiques et juridiques autour du lieu de l’arrestation, intervenue en eaux internationales.
« Les formulations distinguent les accusations israéliennes, les contestations diplomatiques et les récits de violences rapportés par les avocats. »
Une interception liée au blocus de Gaza
La flottille mondiale Sumud, du mot arabe signifiant « résilience », en était à une nouvelle tentative d’accès à la bande de Gaza. Une précédente opération, en 2025, avait déjà conduit à l’arrestation en mer de plusieurs centaines de militants, ensuite transférés en Israël puis expulsés.
La nouvelle interception a eu lieu à plusieurs centaines de kilomètres de Gaza, au large de la Crète. Cette distance est mentionnée dans les critiques formulées contre l’opération, qui contestent la compétence d’Israël pour procéder à ces arrestations dans cette zone.
Israël présente de son côté l’opération comme liée à sa politique de sécurité autour de Gaza et aux soupçons pesant sur deux militants. Les organisateurs de la flottille affirment que leur action avait un objectif humanitaire et politique : contester le blocus et attirer l’attention sur l’accès à l’aide.
La détention prolongée de Thiago Avila et Saif Abu Keshek intervient donc après la libération des autres participants. Parmi eux figurait notamment l’élue communiste française Raphaëlle Primet, revenue en France après avoir été relâchée.
Des mobilisations en Espagne et en Italie
La détention des deux militants a entraîné des mobilisations de soutien dans plusieurs pays. À Barcelone, un rassemblement a été organisé pour demander la libération de Saif Abu Keshek et de Thiago Avila.
En Italie, une manifestation s’est tenue devant le ministère des Affaires étrangères en soutien à la flottille humanitaire pour Gaza. Des militants ont annoncé leur intention de repartir, en affirmant vouloir être plus nombreux lors d’une prochaine tentative.
Ces mobilisations prolongent la dimension internationale de l’affaire, déjà suivie par l’Espagne, le Brésil, Israël et plusieurs organisations de défense des droits humains.
Une nouvelle audience attendue après la prolongation
La prolongation décidée par le tribunal d’Ashkelon fixe une nouvelle échéance judiciaire à court terme. Les deux militants doivent être interrogés par les renseignements israéliens avant que leur situation ne soit réexaminée.
Plusieurs points restent à établir publiquement : la nature précise des éléments invoqués par Israël contre Thiago Avila et Saif Abu Keshek, les suites données aux accusations de violences, et le calendrier d’une éventuelle libération ou expulsion.
L’affaire reste aussi ouverte sur le plan diplomatique. Madrid maintient sa demande de libération immédiate, tandis que Brasilia conteste l’arrestation de son ressortissant. Le traitement des deux détenus pèsera sur la suite immédiate de cette nouvelle séquence autour des flottilles pour Gaza.