Le rapport de Charles Alloncle sur l’audiovisuel public a été publié par l’Assemblée nationale après près de six mois de travaux parlementaires. Le député de l’Union des droites pour la République (UDR) y décrit un secteur en crise financière, administrative et éditoriale. Il formule 69 recommandations portant sur les chaînes, les budgets, les règles de neutralité et la gouvernance. Le document, adopté de justesse une semaine avant sa publication, est contesté par plusieurs responsables politiques et par des dirigeants de l’audiovisuel public.
Un rapport centré sur la neutralité, le financement et le fonctionnement
La commission d’enquête portait sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public. Elle avait été lancée à la demande de l’UDR, dans la foulée de critiques visant certains journalistes de France Télévisions et Radio France.
Dans son rapport, Charles Alloncle estime que l’audiovisuel public ne répond plus suffisamment aux attentes des Français. Il évoque des problèmes de coûts, de contrôle, de conflits d’intérêts et de neutralité. Le texte concerne particulièrement France Télévisions, Radio France et France Médias Monde, qui regroupe notamment France 24 et RFI.
Le rapport propose un effort de plus d’un milliard d’euros d’économies sur environ quatre milliards d’euros de crédits publics destinés au secteur. Selon le rapporteur, ces économies passeraient par une réorganisation des offres, une réduction de certains budgets de programmes et une refonte des règles internes.
Des fusions de chaînes et des économies sur les programmes
Parmi les propositions les plus commentées figure la fusion de France 2 et France 5. Charles Alloncle présente cette mesure comme un moyen de créer une grande chaîne généraliste et de réduire les doublons. Le rapport recommande aussi la suppression de France 4 et de France TV Slash, ainsi que la fusion de franceinfo et France 24.
Le réseau local est également concerné. Le rapport propose un rapprochement entre les antennes de France 3 Régions et le réseau radio ICI, anciennement France Bleu. Ce chantier est présenté comme une source d’économies. Radio France conteste toutefois la lisibilité du calcul et souligne qu’une fusion peut aussi entraîner des coûts de transition.
Le texte prévoit aussi une baisse du budget consacré aux jeux télévisés et une réduction d’un tiers du budget des sports de France Télévisions. Le rapport ne remet pas en cause, à ce stade, la diffusion de grands événements comme les Jeux olympiques, le Tour de France ou Roland-Garros. Il vise certaines compétitions jugées moins prioritaires.
« Les formulations alternent entre réforme budgétaire, réorganisation du service public et réduction du périmètre audiovisuel. »
La neutralité et la gouvernance au cœur du désaccord
Charles Alloncle propose d’inscrire un engagement de neutralité et d’impartialité dans les contrats des salariés de l’audiovisuel public. Le rapport recommande aussi un devoir de réserve renforcé pour les figures les plus exposées à l’antenne. Cette proposition vise notamment les prises de position publiques de journalistes, animateurs ou producteurs associés au service public.
Le rapport suggère également de modifier la nomination des dirigeants. Il propose que les présidents de l’audiovisuel public soient nommés par le président de la République, après avis des commissions parlementaires compétentes et avis conforme de l’Arcom, le régulateur de l’audiovisuel et du numérique. Ce système ferait revenir l’exécutif dans une procédure de nomination qui avait été modifiée sous François Hollande.
Charles Alloncle défend ces propositions comme des mesures de clarification et de contrôle. Jérémie Patrier-Leitus, président Horizons de la commission d’enquête, conteste la méthode du rapporteur et a dénoncé son « hypermédiatisation ». Il appelle aussi à une réforme du fonctionnement des commissions d’enquête, en affirmant que les parlementaires ne sont « pas des procureurs ou des juges ».
Des critiques venues de France Télévisions et du gouvernement
La présidente de France Télévisions, Delphine Ernotte Cunci, a contesté le rapport. Elle affirme qu’il vise un « affaiblissement historique » de l’audiovisuel public. Elle dénonce un texte « à charge », construit selon elle sur des insinuations, des approximations et des contre-vérités. Elle estime aussi que la suppression ou la fusion de chaînes retirerait du paysage audiovisuel des milliers d’heures de programmes.
Sébastien Lecornu a également critiqué le document. Le Premier ministre parle d’une « occasion manquée » et juge que le rapport « passe à côté de l’essentiel ». Selon lui, le débat doit porter sur une vision d’avenir de l’audiovisuel public, au-delà de la seule question des coûts et de l’impartialité.
Charles Alloncle rejette l’idée d’un projet de privatisation. Sur franceinfo, il a déclaré qu’il y avait « des fusions de chaînes à réaliser », mais qu’il ne s’était « en aucun cas » positionné pour une privatisation. Cette ligne est toutefois contestée par Jérémie Patrier-Leitus, qui accuse le rapport de « préparer les esprits » à une privatisation de France Télévisions et Radio France.
« Le même rapport est présenté comme un chantier de réforme, une réduction budgétaire ou une étape vers la privatisation selon les acteurs cités. »
Une plainte et des erreurs de sourçage ajoutent à la controverse
La publication du rapport intervient aussi dans un contexte de contestation visant Charles Alloncle. Une plainte contre X a été déposée auprès du Parquet national financier pour prise illégale d’intérêts. Elle porte sur d’éventuelles influences exercées pendant les travaux de la commission. Charles Alloncle conteste être personnellement visé par cette procédure.
Un autre point a alimenté les critiques : la présence de citations attribuées à Condorcet et Cicéron, dont le sourçage a été contesté. Après vérification, Jérémie Patrier-Leitus a reconnu une erreur de sourçage. Ces références ont été remplacées par des citations de Tocqueville et Pierre Mendès France.
Ces éléments ne portent pas directement sur le contenu des recommandations, mais ils s’ajoutent aux tensions déjà visibles entre le président de la commission, son rapporteur, les dirigeants de l’audiovisuel public et plusieurs responsables politiques.
Un texte publié, des suites encore incertaines
Le rapport est désormais public, mais ses recommandations n’ont pas de valeur législative directe. Charles Alloncle souhaite en traduire une partie dans une proposition de loi, notamment sur les conflits d’intérêts. Une niche parlementaire de l’UDR, c’est-à-dire une journée réservée à l’examen de textes proposés par ce groupe, est évoquée pour la fin du mois de juin, sans que le contenu précis d’un texte soit encore stabilisé.
Les faits établis portent sur la publication du rapport, ses recommandations, les réactions des dirigeants concernés et les critiques formulées par plusieurs responsables politiques. Les accusations de partialité, d’influence ou de préparation à une privatisation relèvent de positions attribuées, contestées par Charles Alloncle.
La suite dépendra désormais du traitement parlementaire éventuel des recommandations, des positions du gouvernement et des réponses attendues de l’Arcom sur la neutralité de l’audiovisuel public.