Boris Vallaud, président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale, a annoncé vendredi 8 mai son départ de la direction du Parti socialiste (PS), accompagné de l’ensemble de son courant. Dans une lettre adressée à Olivier Faure, premier secrétaire du PS, le sénateur Alexandre Ouizille, mandataire du courant de Boris Vallaud, dénonce une « collégialité bâclée », une « brutalisation du fonctionnement » des instances du parti et une « stratégie d’isolement et d’enlisement ». Ce départ concerne 24 membres, dont 21 secrétaires nationaux, soit environ un tiers de la direction du PS.
Un désaccord stratégique sur la présidentielle 2027
Les tensions entre Boris Vallaud et Olivier Faure remontent à plusieurs mois et portent principalement sur la stratégie à adopter pour l’élection présidentielle de 2027. Olivier Faure défend l’organisation d’une primaire de la gauche, incluant notamment les écologistes, pour désigner un candidat commun. Boris Vallaud, en revanche, plaide pour une désignation interne d’un candidat socialiste, suivie d’une coalition plus large avec des figures comme Raphaël Glucksmann (Place publique) ou Yannick Jadot (Europe Écologie-Les Verts).
« L’accord politique avec notre texte d’orientation qui a permis ton élection comme premier secrétaire impliquait par nature notre association étroite aux discussions stratégiques », écrit Alexandre Ouizille dans la lettre. Il accuse Olivier Faure de « décider seul » et de « tenir à distance » ceux qui l’avaient soutenu lors du dernier congrès du PS, en 2025. Boris Vallaud, arrivé troisième à ce congrès, avait alors choisi de se rallier à Olivier Faure, lui permettant de conserver la tête du parti face à Nicolas Mayer-Rossignol, maire de Rouen.
« Les formulations oscillent entre “désaccord stratégique” et “crise de gouvernance” pour décrire la même décision. »
Un fonctionnement interne contesté
La lettre de départ met en cause la méthode de gouvernance d’Olivier Faure, reprochant notamment le refus de réunir régulièrement les instances du parti et de soumettre au vote des militants la stratégie pour la présidentielle avant l’été. « Le plus souvent désormais, tu décides seul. Le plus souvent en dehors des instances, de plus en plus rarement réunies », écrit Alexandre Ouizille. La direction du PS a, de son côté, promis un vote sur le projet du parti d’ici juin, sans préciser les modalités de désignation du candidat.
Olivier Faure reste premier secrétaire du PS, mais son courant se retrouve désormais minoritaire au sein de la direction. Le départ de Boris Vallaud et de ses soutiens intervient à un an de l’élection présidentielle, dans un contexte où le PS cherche à se repositionner face à La France insoumise (LFI) et aux écologistes.
Des ambitions présidentielles en toile de fond ?
Certains observateurs prêtent à Boris Vallaud des ambitions pour la présidentielle de 2027. L’ancien bras droit de François Hollande à l’Élysée a récemment publié un livre sur « la démarchandisation » de la société, un thème qu’il présente comme central pour la reconquête de l’électorat de gauche. Dans un entretien accordé à BFMTV, il a affirmé ne « jamais avoir pensé rejoindre » Emmanuel Macron, tout en critiquant vivement la politique du président sortant.
Olivier Faure, de son côté, a participé mardi 5 mai à un meeting du « Front populaire 2027 », une initiative visant à promouvoir une candidature commune de la gauche. Ce positionnement est vivement contesté par Boris Vallaud, qui estime que la primaire serait un « échec » pour la gauche et affaiblirait le PS.
Un PS fragilisé à un an de la présidentielle
Le départ de Boris Vallaud et de son courant laisse le Parti socialiste dans une situation délicate à moins d’un an de l’élection présidentielle. Olivier Faure conserve la direction du parti, mais son autorité est affaiblie par la perte de sa majorité interne. Les prochaines semaines seront cruciales pour déterminer si le PS parviendra à surmonter ses divisions ou si celles-ci s’aggraveront, notamment autour de la question de la candidature à la présidentielle.
La publication du projet du parti et les modalités de désignation du candidat, attendues d’ici juin, devraient apporter des éclaircissements sur la capacité du PS à se rassembler. En l’état, les tensions entre les différentes sensibilités du parti restent vives, et la stratégie pour 2027 n’est pas encore tranchée.