Un déploiement en réponse à la crise
Depuis le 28 février, le détroit d’Ormuz est de facto fermé à la navigation commerciale en raison du conflit opposant l’Iran aux États-Unis et à Israël. Cette situation a provoqué une flambée des prix du pétrole et perturbé les chaînes d’approvisionnement mondiales. En réponse, Washington a lancé lundi 5 mai l’opération Projet Liberté, une mission d’escorte de navires bloqués dans le golfe Persique. Cette initiative a cependant été suspendue dès le lendemain par le président américain Donald Trump, qui a évoqué des « progrès considérables » dans les négociations avec Téhéran.
La France, aux côtés du Royaume-Uni, coordonne depuis plusieurs semaines une coalition de plus de 40 pays pour établir une mission « neutre » de sécurisation du détroit. « Le franchissement du canal de Suez par le Charles-de-Gaulle envoie le signal que non seulement nous sommes prêts à sécuriser le détroit d’Ormuz, mais que nous en sommes aussi capables », a déclaré un conseiller de l’Élysée. Cette mission, distincte des opérations militaires américaines, se veut « défensive » et « à distance des belligérants ».
« Les récits alternent entre “blocage”, “escorte” et “négociations” pour décrire la même séquence, sans toujours préciser si les navires concernés sont civils ou militaires. »
Une attaque contre un navire français
Mardi 5 mai, un porte-conteneurs affrété par l’armateur français CMA CGM, le San Antonio, a été touché par un projectile dans le détroit d’Ormuz. Le navire, battant pavillon maltais et transportant un équipage philippin, a subi des dommages et plusieurs membres d’équipage ont été blessés. L’origine de l’attaque n’a pas été officiellement confirmée, mais des sources américaines évoquent un tir iranien.
Emmanuel Macron a réagi en condamnant « les frappes injustifiées contre plusieurs navires » lors d’un entretien avec le président iranien Massoud Pezeshkian. « Ce n’est en aucun cas la France qui a été visée », a précisé la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, soulignant que le navire n’était pas sous pavillon français. L’Élysée a également rappelé que la France maintenait l’ordre de ne pas tenter de traverser le détroit dans les conditions actuelles.
Des négociations en suspens
Les États-Unis et l’Iran semblent engagés dans des discussions indirectes, avec le Pakistan comme médiateur. Donald Trump a déclaré mercredi que des « progrès considérables » avaient été accomplis et qu’un accord était « très possible ». Il a toutefois maintenu la menace d’une reprise des bombardements en cas d’échec des négociations. « Si l’Iran ne conclut pas d’accord, les bombardements commenceront avec une intensité bien plus forte qu’avant », a-t-il averti.
De son côté, Téhéran a annoncé la création d’une « autorité du détroit du golfe Persique » pour réglementer le passage des navires. Les gardiens de la révolution iranienne ont également promis un « passage stable » dans le détroit une fois les « menaces américaines neutralisées ».
« La suspension de l’opération américaine Projet Liberté est présentée comme une pause diplomatique, mais le blocus des ports iraniens reste en vigueur. »
Un contexte économique tendu
La fermeture du détroit d’Ormuz a des répercussions majeures sur l’économie mondiale. Environ 20 % du pétrole brut transite par ce passage, et son blocage a entraîné une hausse des prix du carburant en Europe. En France, les prix de l’essence ont atteint des niveaux records depuis le début du conflit. Les industriels, notamment dans le secteur de la plasturgie, subissent également des pénuries de matières premières et une flambée des coûts.
La Chine, très dépendante du pétrole iranien, a échangé avec des représentants iraniens à Pékin pour tenter de trouver une issue à la crise. Pékin a défendu le « droit légitime » de l’Iran au nucléaire civil, tout en appelant à une désescalade.
Prochaines étapes
La situation dans le détroit d’Ormuz reste incertaine. Les négociations entre Washington et Téhéran se poursuivent, mais aucun accord définitif n’a encore été annoncé. La publication du contenu exact des discussions et la levée éventuelle du blocus américain seront déterminantes pour la reprise du trafic maritime. En parallèle, la coalition franco-britannique continue de planifier sa mission, dont le déclenchement dépendra des évolutions diplomatiques et militaires dans la région.
La suite dépendra également des réactions des autres acteurs régionaux, notamment des Émirats arabes unis, qui ont quitté l’OPEP fin avril, et de la Chine, dont l’influence économique pourrait peser sur les décisions iraniennes.