La justice portugaise a refusé d’extrader vers la France Cédric Prizzon, un ancien policier de 42 ans soupçonné d’avoir tué sa compagne, Angela Legobien, et son ex-compagne, Audrey Cavalié, fin mars. La cour d’appel de Coimbra a annoncé ce refus vendredi 8 mai, justifiant sa décision par le fait que les crimes présumés ont été commis « entièrement ou en partie sur le territoire national ». Prizzon, arrêté le 24 mars dans la région de Guarda avec ses deux enfants, est actuellement en détention provisoire au Portugal.
Une décision fondée sur le lieu des faits
La cour d’appel de Coimbra a motivé son refus en invoquant le principe de territorialité. Selon les juges, les meurtres présumés ayant eu lieu au Portugal, la justice portugaise est compétente pour juger l’affaire. Cette position s’appuie sur les règles du mandat d’arrêt européen (MAE), qui permet à un État membre de refuser l’exécution d’un MAE si les faits reprochés ont été commis sur son territoire. La France avait émis un mandat d’arrêt européen pour obtenir l’extradition de Prizzon, mais les autorités portugaises ont estimé que la procédure locale devait primer.
Les réactions des familles des victimes
Les proches des victimes ont réagi avec colère à cette décision. Me Fabien Arakélian, avocat de la famille d’Audrey Cavalié, a dénoncé un « ajout de violence à la violence » et demandé solennellement au ministre de l’Intérieur français, Gérald Darmanin, d’intervenir. La mère d’Angela Legobien avait également exprimé, la veille, son souhait de voir Prizzon jugé en France. Les familles des victimes craignent que la procédure portugaise ne retarde ou ne complique l’accès à la justice.
« Les formulations oscillent entre “refus d’extrader” et “compétence territoriale”, mais toutes soulignent le rejet du mandat d’arrêt européen par la justice portugaise. »
Une procédure judiciaire déjà engagée au Portugal
Prizzon est accusé par les autorités portugaises d’avoir tué les deux femmes, dont les corps ont été retrouvés dans un lieu isolé du district de Bragança. Une enquête est en cours au Portugal, et l’ancien policier reste en détention provisoire. La justice portugaise a indiqué qu’elle poursuivrait les investigations et organiserait un procès sur son territoire. En France, le parquet de Rodez avait ouvert une enquête pour enlèvement et séquestration avant la découverte des corps, mais cette procédure pourrait être abandonnée au profit de celle menée au Portugal.
Les suites possibles
La décision de la cour d’appel de Coimbra n’est pas définitive. La France pourrait contester ce refus devant les instances judiciaires portugaises ou européennes. Cependant, les chances de voir Prizzon extradé restent faibles, compte tenu de la motivation territoriale de la décision. Les familles des victimes pourraient également se constituer parties civiles dans le cadre du procès portugais, bien que cette option soit perçue comme moins favorable par leurs avocats.
Un procès au Portugal, mais des incertitudes persistent
La décision de la justice portugaise place désormais l’affaire sous la responsabilité des tribunaux locaux. Si Prizzon est jugé au Portugal, les familles des victimes devront s’adapter à un système judiciaire différent de celui de la France. Les avocats des proches des victimes ont déjà indiqué qu’ils étudiaient les recours possibles pour contester le refus d’extradition, mais aucune action concrète n’a encore été engagée.
La suite de l’affaire dépendra des développements de l’enquête portugaise et des éventuelles démarches diplomatiques ou judiciaires entreprises par la France. Les prochaines étapes pourraient inclure la confirmation des charges retenues contre Prizzon, la fixation d’une date de procès, ou encore des négociations entre les deux pays pour faciliter la participation des familles françaises à la procédure.