Un corps a été découvert jeudi 4 juin dans une exploitation agricole près de Puycasquier, à une quinzaine de kilomètres de Fleurance (Gers), où Lyhanna, 11 ans, a disparu le 29 mai. Le procureur d’Agen, Olivier Naboulet, a indiqué que la dépouille était « porteuse de vêtements similaires » à ceux portés par la collégienne au moment de sa disparition. Une autopsie doit confirmer son identité dans les prochaines heures.
Un suspect mis en examen et placé en détention provisoire
Jérôme Barella, 41 ans, père de deux enfants et connaissance de la famille de Lyhanna, a été mis en examen lundi pour « enlèvement et séquestration de mineure de moins de 15 ans ». Placé en détention provisoire, il n’a fait aucune déclaration depuis son interpellation. Selon les éléments de l’enquête, Lyhanna a été vue pour la dernière fois montant dans son véhicule vendredi 29 mai vers 15 heures. L’alerte n’a été lancée qu’à 18 heures.
Les recherches, mobilisant près de 170 gendarmes, des cavaliers bénévoles et des plongeurs, se sont poursuivies toute la semaine dans une zone rurale et boisée. Des opérations de porte-à-porte et des inspections de points d’eau ont été menées sans résultat jusqu’à la découverte du corps jeudi après-midi.
« Le même lieu est présenté comme un silo agricole isolé et comme un site où le suspect a travaillé, sans que ces deux éléments soient toujours reliés dans les déclarations. »
Plusieurs plaintes pour violences sexuelles non traitées
Les antécédents judiciaires de Jérôme Barella ont suscité de vives critiques. Selon la procureure d’Auch, Clémence Meyer, il avait fait l’objet d’au moins cinq procédures pour violences sexuelles sur mineures depuis 2017. Parmi elles, une plainte pour viol déposée en août 2025 par la mère d’une fillette de 10 ans, qui dénonçait des agressions commises entre septembre 2024 et mai 2025. Aucun témoin ni le suspect n’avaient été entendus dans cette affaire neuf mois après son dépôt.
« Une enquête avait été ouverte pour des faits de viol sur mineure de moins de 15 ans remontant à 2020, mais la procédure avait été classée en mai 2024, faute d’éléments suffisants », a précisé la procureure. Une nouvelle plainte pour viol sur mineur a été déposée mercredi matin, sans plus de détails.
Le maire de Fleurance, Grégory Bobbato, a dénoncé un « dysfonctionnement profond » dans le traitement de ces plaintes. « Doit-on attendre des preuves caractérisées pour protéger nos enfants ? », a-t-il interrogé, estimant que « la souffrance des victimes et des familles » avait été négligée.
Une enquête administrative ouverte sur les dysfonctionnements
Face à ces révélations, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, et le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, ont annoncé l’ouverture d’une enquête administrative pour identifier d’éventuels dysfonctionnements. « Nous sommes tous terrifiés par ce dysfonctionnement », a déclaré Gérald Darmanin, qualifiant la situation de « tout à fait inacceptable ».
La porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, a partagé « l’indignation des Français » et plaidé pour une augmentation des moyens de la justice. « Nous avons massivement augmenté les moyens de la justice depuis neuf ans, mais il faudra aller au-delà », a-t-elle affirmé.
Plusieurs associations, dont Innocence en danger et France Victimes, ont réclamé un « Grenelle national sur les crimes commis contre les mineurs », soulignant le manque de moyens alloués à la protection des enfants victimes de violences.
Une autopsie pour confirmer l’identité du corps
L’autopsie, prévue dans les prochaines heures, doit permettre d’identifier formellement le corps et de déterminer les causes de la mort. Les prélèvements d’ADN, d’empreintes et d’indices sur les lieux de la découverte sont en cours pour éclairer l’enquête menée par la section de recherche de Toulouse.
La famille de Lyhanna, représentée par son avocat, a exprimé « le plus grand effroi » et appelé au « recueillement et au deuil ». « La Justice devra faire son œuvre en toute sérénité », a-t-elle ajouté.
Les habitants de Fleurance, sous le choc, ont réagi avec colère et tristesse. « C’est horrible pour les parents, un drame qui aurait peut-être pu être évité », a témoigné une riveraine. Les associations et les élus locaux demandent désormais des réponses sur les défaillances du système judiciaire.
Les résultats de l’autopsie et les conclusions de l’enquête administrative devraient apporter des précisions sur les circonstances de la mort de Lyhanna et sur les éventuels manquements dans le suivi des plaintes visant le suspect.