ART CONTEMPORAIN JAPONAIS
Yayoi Kusama, la « reine des pois », est morte à 97 ans
L’artiste japonaise s’est éteinte le 14 août dans un hôpital de Tokyo, a annoncé sa société jeudi 27 août. Des pois aux « Infinity Mirror Rooms », elle laisse une œuvre nourrie par ses hallucinations et devenue un phénomène mondial.
82 sources · 54 médias · 6 min
Rappel des faits
Yayoi Kusama est morte le 14 août 2026 dans un hôpital de Tokyo, à l’âge de 97 ans. Sa société l’a annoncé jeudi 27 août, en précisant que l’artiste avait continué à peindre jusqu’à ses derniers jours.
Surnommée la « reine des pois », elle était devenue l’une des figures les plus connues et les plus cotées de l’art contemporain. Ses peintures répétitives, ses sculptures de citrouilles, ses installations couvertes de motifs et ses « Infinity Mirror Rooms » ont attiré des foules dans les musées du monde entier. Pois, filets, miroirs, couleurs vives et formes répétées composaient un univers visuel immédiatement reconnaissable.
Née en 1929 dans une famille aisée, Kusama a commencé à produire des œuvres dès l’âge de 10 ans. Elle expliquait que les visions et hallucinations apparues pendant son enfance avaient nourri ses premiers dessins. Elle en a tiré une méthode fondée sur la répétition et la prolifération, qu’elle appelait l’« auto-anéantissement ».
Après des études d’art au Japon, elle s’installe aux États-Unis à la fin des années 1950. À New York, elle se fait connaître dans les années 1960 par de grandes peintures, des performances et des « happenings » mêlant corps et pois. En 1966, elle participe à la Biennale de Venise sans y être invitée ni autorisée, en présentant « Narcissus Garden », une œuvre composée de 1 500 boules miroitantes.
De retour au Japon dans les années 1970, Yayoi Kusama choisit de vivre dans un hôpital psychiatrique de Tokyo à partir de 1977. Elle y dispose d’un atelier et continue de travailler avec son équipe, installée de l’autre côté de la rue. La maladie mentale et les traumatismes occupent une place importante dans les récits consacrés à son œuvre, mais ses pois ont dépassé cette histoire personnelle pour devenir une signature internationale.
Les hommages ont rapidement circulé au Japon et à l’étranger. Des médias nippons ont remis en avant ses archives, tandis que des admirateurs lui rendaient hommage dans les musées, sur les réseaux sociaux et jusque dans les centres commerciaux. Tim Cook, le patron d’Apple, a salué une « véritable visionnaire » dont l’imagination avait rendu le monde de l’art « plus lumineux et plus vibrant ».
Les hallucinations d’enfance de Kusama sont devenues des pois et des salles sans fin
Les motifs qui ont rendu Yayoi Kusama célèbre ne relevaient pas seulement d’un choix décoratif. L’artiste racontait que des visions apparues pendant son enfance lui faisaient voir des formes se répandre sur les plafonds, les fenêtres, les piliers et son propre corps. Ses premiers dessins de pois et de filets sont nés de cette expérience.
Kusama a ensuite étendu la répétition à la peinture, à la sculpture, à la performance, à la fiction et à la poésie. Elle parlait d’« auto-anéantissement » pour décrire une pratique où les formes prolifèrent jusqu’à dissoudre les limites entre le corps, l’espace et l’environnement.
Ses « Infinity Mirror Rooms » ont donné une forme immersive à cette recherche. Les visiteurs y découvrent des espaces de miroirs, de lumières et de motifs répétés qui donnent l’impression d’une profondeur sans fin. Ses citrouilles à pois et ses installations ont attiré des foules considérables, et certaines œuvres se sont vendues pour plusieurs millions de dollars.
En 1966, Kusama installe 1 500 boules miroitantes à la Biennale de Venise
Dans les années 1960, Yayoi Kusama s’impose sur la scène avant-gardiste new-yorkaise avec des peintures de grand format, des sculptures et des performances provocatrices. Certaines associent peinture corporelle et pois ; l’une de ses premières performances la montre allongée sur un trottoir au milieu de formes phalliques recouvertes de ces motifs.
En 1966, elle se rend à la Biennale de Venise sans invitation ni autorisation. Elle y déverse 1 500 boules miroitantes devant le pavillon italien pour présenter « Narcissus Garden ». Confrontée aux discriminations liées à son origine et à son statut de femme, l’artiste japonaise développe alors une œuvre qui attire l’attention par ses dimensions, sa répétition et son caractère transgressif.
Elle lance également une ligne de vêtements et fonde une « Église de l’auto-anéantissement », dont elle se proclame la « Grande Prêtresse des pois ». Ses performances, ses écrits et ses œuvres visuelles ont contribué à faire d’elle une précurseure souvent rapprochée d’Andy Warhol et de Keith Haring.
De sa boutique new-yorkaise à Louis Vuitton, les pois de Kusama deviennent une marque mondiale
Yayoi Kusama avait compris très tôt que son apparence pouvait prolonger son œuvre. Elle ouvre sa propre boutique de vêtements à New York en 1969 et adopte un style reconnaissable : perruque rouge vif, tenues audacieuses et motifs à pois.
La mode devient ensuite un terrain de collaboration avec les grandes marques. En 2012, Marc Jacobs invite l’artiste à investir Louis Vuitton. Le partenariat donne naissance à l’une des collaborations les plus connues entre une maison de mode et une artiste contemporaine. Une seconde collaboration avec la marque contribue encore à diffuser ses motifs au-delà des musées et des galeries.
Cette circulation entre art, vêtements, objets et image publique accompagne la transformation de Kusama en marque mondiale. Ses pois restent liés à une histoire de création obsessionnelle, mais ils sont aussi devenus un signe immédiatement identifiable dans la culture populaire et le marché de l’art.
Le succès planétaire des pois n’a pas effacé leur origine : chez Kusama, un motif devenu commercial reste lié à une expérience intime et douloureuse.
Au Japon, les hommages à Kusama réunissent plusieurs générations de visiteurs
L’annonce de la mort de Yayoi Kusama a suscité des hommages au Japon, où ses œuvres continuent d’attirer des visiteurs de tous les âges. Dans le musée consacré à l’artiste à l’ouest de Tokyo, une visiteuse venue avec sa fille de 10 ans expliquait vouloir lui montrer les pois emblématiques de Kusama et son usage des couleurs. Elle saluait aussi, en tant que femme, une personne « persévérante ».
Les médias japonais ont ressorti des archives et présenté Kusama comme une avant-gardiste connue dans le monde entier. Les hommages se sont aussi multipliés sur les réseaux sociaux et dans des lieux commerciaux, signe de la place occupée par son image au-delà du seul public de l’art contemporain.
À Hong Kong, des responsables culturels, des artistes et des admirateurs ont également exprimé leur tristesse. Les pois, les citrouilles et les salles de miroirs ont rendu l’art contemporain accessible à des millions de visiteurs.
Article généré par le Yak
Médianalyse
L’œil de Fokon
Dans les titres observés, la formule « reine des pois » domine nettement. Présente dans la presse française, anglophone et européenne, elle résume Kusama par son motif le plus reconnaissable. Les titres reprennent aussi souvent les « Infinity Mirror Rooms », les citrouilles et l’âge de 97 ans. Cette entrée rend l’artiste identifiable en une ligne, mais laisse davantage de côté la performance, la fiction, la poésie et les sculptures phalliques.
Les résumés donnent plus de place à la genèse de l’œuvre. Ils évoquent les hallucinations apparues pendant l’enfance, la maladie mentale, l’hospitalisation volontaire à Tokyo et la notion d’« auto-anéantissement », des éléments moins visibles dans les titres. Un lecteur qui s’en tient aux manchettes découvre donc surtout une icône colorée et populaire ; les résumés ajoutent l’histoire d’un combat psychique et d’un travail poursuivi pendant des décennies.
Les titres et résumés ne mettent pas tous les mêmes éléments au premier plan. Les médias généralistes privilégient l’annonce du décès et les motifs emblématiques ; les sujets consacrés aux œuvres détaillent les salles immersives, les citrouilles et les performances ; les publications tournées vers la mode insistent sur la boutique new-yorkaise et les collaborations avec Louis Vuitton. Les médias japonais et les publications consacrées aux hommages accordent davantage de place aux visiteurs de plusieurs générations.
LES SOURCES54 médias · 82 sources
Le Monde 2 articles
Le Figaro 1 article
Libération 5 articles
- Mort de Yayoi Kusama, une vision hors norme
- Mort de Yayoi Kusama : au Japon, des hommages multimédias et multigénérationnels
- Yayoi Kusama, une influence sous toutes les coutures
- EN IMAGES - Yayoi Kusama, de l’avant-garde new-yorkaise à la reconnaissance planétaire
- Mort à 97 ans de Yayoi Kusama, princesse de l’art aux petits pois
Le Parisien 1 article
Le Nouvel Obs 1 article
L’Humanité 1 article
La Croix 1 article
HuffPost France 1 article
20 Minutes 1 article
Franceinfo 2 articles
France 24 3 articles
Euronews FR 2 articles
TV5MONDE 2 articles
Le Progrès 1 article
Le Dauphiné Libéré 1 article
L’Indépendant 1 article
Midi Libre 1 article
Le Républicain Lorrain 1 article
Vosges Matin 1 article
JSL 1 article
Courrier International 1 article
RFI 1 article
Le Temps 1 article
La Libre 2 articles
RTS 1 article
Radio-Canada 1 article
BBC News 2 articles
The Guardian 1 article
The New York Times 3 articles
The Washington Post 1 article
NPR 1 article
CBC News 2 articles
The Globe and Mail 1 article
Al Jazeera English 1 article
South China Morning Post 1 article
Folha de S.Paulo 2 articles
Daily Maverick 2 articles
El País 1 article
La Vanguardia 6 articles
- Yayoi Kusama o el arte de fundirse con el infinito
- Yayoi y Vuitton, el match perfecto
- Yayoi Kusama, la artista favorita del mundo
- Los años secretos y salvajes de Yayoi Kusama en Holanda (y con lunares incluidos)
- Muere Yayoi Kusama, la paracaidista de los topos
- Muere a los 97 años Yayoi Kusama, la pionera artista de vanguardia