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CRISE À CEUTA

À Ceuta, le rôle du Maroc divise désormais la police espagnole

Plus de 70 000 personnes ont rejoint l’enclave espagnole les 30 et 31 juillet. Alors que plusieurs milliers y restent sans hébergement, un rapport attribué à la police espagnole décrit une attitude marocaine « permissive », une lecture contestée par sa hiérarchie et embarrassante pour Madrid.

63 sources · 26 médias · 6 min

Les 30 et 31 juillet, plus de 70 000 personnes sont entrées à Ceuta, à pied ou à la nage depuis le Maroc. L’afflux, qui a fait des dizaines de morts et de disparus, a rapidement dépassé les capacités de cette enclave espagnole de 18,5 km², peuplée d’environ 80 000 habitants. La plupart des migrants sont repartis dans les jours suivants, mais plusieurs milliers demeurent sur place : le gouvernement espagnol en compte environ 5 000, tandis que les autorités de Ceuta avancent au moins 10 000 personnes. Beaucoup dorment encore dans les rues ou sur les plages, dans l’attente d’un hébergement et de l’examen de leur situation.

La crise a pris une dimension politique et diplomatique après la transmission à la justice espagnole d’un rapport attribué au Centre national de l’immigration et des frontières. Le document évoque un déploiement marocain « sensiblement plus réduit que d’ordinaire » et une réponse « d’une totale permissivité » lors de l’afflux, jusqu’à mentionner des comportements compatibles avec une facilitation des entrées. Cette version contredit la position du gouvernement de Pedro Sánchez, qui a exonéré Rabat de toute responsabilité. Le ministre de l’Intérieur Fernando Grande-Marlaska a demandé des éclaircissements, tandis que le directeur de la police espagnole affirme qu’aucun rapport de ses services n’attribue l’assaut à un gouvernement, à un service ou à une personne.

Un rapport décrit une passivité marocaine allant jusqu’à la facilitation

Le document transmis à la justice espagnole décrit une arrivée en plusieurs vagues. Les enquêteurs du Centre national de l’immigration et des frontières relèvent une présence policière marocaine moins importante qu’à l’ordinaire et l’absence, le 30 juillet, de tentative sérieuse pour disperser les personnes massées près de la frontière. Des témoignages de migrants et des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux sont également invoqués pour décrire des agents qui auraient orienté certains groupes vers la mer, dans la zone de la jetée d’El Tarajal.

Le rapport mentionne aussi des hommes en civil qui auraient encouragé la foule à poursuivre sa progression vers l’Espagne, ainsi que des images de personnes présentées comme des agents marocains. La conclusion évoquée dans le dossier parle d’un « comportement de facilitation de l’immigration irrégulière ». Elle ne constitue toutefois pas une attribution officielle de la planification ou de l’exécution de l’opération : le directeur de la police espagnole affirme que les écrits de ses services n’accusent aucun gouvernement, service ou personne.

Cette divergence place Fernando Grande-Marlaska au centre de la controverse. Le ministre a écrit au directeur général de la police pour demander si ses services détenaient des informations impliquant le Maroc et depuis quand elles étaient connues. Le gouvernement doit désormais défendre sa position tout en clarifiant la nature exacte d’un document dont certains éléments contredisent la version officielle.

Le désaccord ne porte pas seulement sur ce qui s’est passé à la frontière, mais aussi sur le moment où Madrid en a été informé. Le gouvernement maintient qu’aucun service partenaire ne signalait d’implication marocaine, tandis qu’un document transmis à la justice décrit une passivité pouvant aller jusqu’à la facilitation. La controverse porte donc aussi sur la circulation de l’information au sein de l’État espagnol.

Le Yak

À Ceuta, des migrants sans abri se heurtent à la lassitude des habitants

Un mois après les arrivées massives, des campements subsistent sur les plages de Ceuta et des migrants parcourent la ville à la recherche de nourriture et de couvertures. Otman Ianaya, arrivé à la nage avec sa femme et leurs deux filles depuis Castillejos, dort dehors avec sa famille. Des bénévoles lui ont fourni des couvertures et une bâche, tandis que la Croix-Rouge distribue des repas sur la plage du Trampolín.

Le gouvernement espagnol prépare des centres d’hébergement pour accueillir les personnes encore présentes et examiner leur statut avant d’éventuels retours. La grande majorité des nouveaux arrivants sont marocains et considérés comme des migrants économiques, mais certains, comme un ressortissant des Comores qui dit être menacé dans son pays, demandent l’asile.

Dans la ville, la solidarité cohabite avec la peur et la lassitude. Nabil Abdeselam, habitant musulman de Ceuta, décrit l’afflux comme une « invasion », tout en donnant du pain aux migrants qu’il croise. Halima Ahmed, de l’association Luna Blanca, distribue chaque jour des centaines de repas et appelle à l’empathie, sans minimiser l’épuisement des habitants. Des caillassages, des rixes, des violences contre des patrouilles et des affrontements avec des manifestants réclamant l’expulsion ont également marqué les semaines suivantes.

À Ceuta et Madrid, les manifestations visent la gestion de Pedro Sánchez

Des dizaines de milliers de personnes ont manifesté en Espagne pour soutenir les habitants de Ceuta et réclamer le retour à la normale. Dans l’enclave, une mobilisation organisée le jour de la fête officielle du territoire a rassemblé environ 20 000 personnes selon la presse espagnole. Les participants ont demandé l’expulsion des migrants et dénoncé ce qu’ils considèrent comme l’abandon de la ville par le gouvernement central.

La contestation s’est étendue à de nombreuses communes. À Madrid, une concentration soutenue par le Parti populaire et Vox a réuni jusqu’à 50 000 personnes selon les estimations rapportées. Les deux formations ont accusé Pedro Sánchez d’avoir mal géré la crise, tandis que certains slogans ont directement visé le chef du gouvernement. Une autre mobilisation de l’extrême droite devant le Congrès s’est soldée par quatre interpellations et quatre policiers blessés.

Le gouvernement a annoncé une aide économique, un dispositif d’hébergement d’urgence et le soutien public de la monarchie aux habitants de Ceuta. Pedro Sánchez a reconnu que la réponse de l’État restait insuffisante pour une partie de la population. La perspective d’une visite du roi Felipe VI a toutefois suscité des réserves : une présence à Ceuta risquerait d’irriter Rabat, qui revendique l’enclave.

La procureure de Ceuta recense 23 agressions sexuelles depuis l’afflux

Vingt-trois agressions sexuelles, dont neuf visant des mineurs, ont été recensées à Ceuta depuis la fin juillet, selon la procureure Silvia Rojas. Magistrate dans l’enclave depuis 2020, elle parle d’une augmentation « exponentielle » et évoque presque un cas par jour depuis le début de la crise.

Ces faits sont survenus alors que des milliers de migrants vivaient encore dans des conditions précaires et que des affrontements opposaient la police à des manifestants réclamant leur expulsion. Le bilan communiqué par la procureure documente un volet judiciaire spécifique de la crise, sans établir à lui seul la responsabilité collective des personnes arrivées à Ceuta.

Médianalyse du Yak

Dans la couverture observée, l’attention se déplace rapidement du drame migratoire vers la question de la responsabilité. L’afflux de plus de 70 000 personnes constitue le choc initial, mais les formules les plus reprises portent ensuite sur la « permissivité » marocaine, le démenti de la police et la pression exercée sur Pedro Sánchez.

Deux cadrages coexistent. Les publications centrées sur Ceuta donnent une place importante à la lassitude des habitants, aux demandes de retour et à la défense de l’appartenance espagnole de l’enclave. D’autres récits s’attachent davantage aux migrants restés dans la rue, aux distributions de repas et aux demandes d’asile. Les agressions sexuelles et les affrontements renforcent, dans une partie de la couverture, un vocabulaire de tension et d’insécurité.

Article généré par le Yak

LES SOURCES26 médias · 63 sources

Le Monde 2 articles

Le Figaro 5 articles

Libération 1 article

Le Parisien 1 article

La Croix 1 article

20 Minutes 1 article

BFM 1 article

France 24 1 article

Euronews FR 1 article

TV5MONDE 2 articles

Courrier International 1 article

RFI 1 article

Le Temps 1 article

La Libre 2 articles

LaPresse 1 article

Agence Anadolu 1 article

BBC News 1 article

Financial Times 1 article

Al Jazeera English 1 article

El País 13 articles

La Vanguardia 19 articles

Público 1 article

Hospodářské noviny 1 article

Vanguardia 1 article

La Tercera 1 article

Le JDD 1 article

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