FÉMINISME AMÉRICAIN
Gloria Steinem, figure historique du féminisme américain, est morte à 92 ans
La journaliste et essayiste s’est éteinte mercredi 2 septembre à New York. Fondatrice de Ms. et militante des droits des femmes, elle a contribué à faire du féminisme une force politique et médiatique aux États-Unis.
77 sources · 53 médias · 4 min
Gloria Steinem est morte mercredi 2 septembre à New York, à l’âge de 92 ans. Sa fondation a annoncé son décès le lendemain, précisant qu’elle s’était éteinte paisiblement à son domicile, entourée de proches, sans communiquer la cause de sa mort. Elle saluait une vie consacrée à l’égalité « jusqu’à la toute fin ».
Journaliste, essayiste et militante, Gloria Steinem avait contribué à faire du féminisme une force politique et médiatique aux États-Unis. Elle avait fondé dans les années 1970 le magazine Ms., créé le National Women’s Political Caucus et organisé la première conférence nationale des femmes à Houston. Pendant plus de cinq décennies, elle avait défendu les droits civils et reproductifs, l’égalité professionnelle ainsi que les droits des femmes et des minorités.
De Playboy au déclic de 1969, les débuts féministes de Gloria Steinem
Gloria Steinem s’était d’abord imposée comme journaliste, au début des années 1960, dans une société où de nombreuses Américaines devaient encore obtenir l’autorisation de leur mari pour ouvrir un compte bancaire. En 1963, elle s’était fait connaître en travaillant incognito parmi les serveuses d’un club Playboy de Hugh Hefner. Son reportage décrivait leurs conditions de travail et le sexisme auquel elles étaient confrontées.
Son engagement féministe s’était ensuite renforcé après la couverture, en 1969, d’une réunion où des femmes racontaient leur expérience de l’avortement. Steinem avait alors relié ces témoignages à sa propre histoire : elle avait subi une interruption volontaire de grossesse à Londres en 1957, à une époque où l’avortement était encore illégal, et n’en avait jamais parlé. Elle racontera plus tard que cette réunion lui avait permis de donner un sens à cette expérience.
Peu à peu, l’écriture avait laissé davantage de place à la prise de parole et à l’organisation militante. Steinem expliquait toutefois que les discours lui faisaient peur lorsqu’elle était jeune et qu’elle se préoccupait beaucoup du regard des autres.
Avec Ms. et ses voyages, Steinem a porté le féminisme des médias au terrain
Dans les années 1970, Gloria Steinem avait fondé Ms., un magazine féministe d’avant-garde dont le nom jouait sur les appellations « Miss » et « Mrs ». Elle avait également fondé le National Women’s Political Caucus et le Women’s Media Center, tout en organisant la première conférence nationale des femmes à Houston.
Son influence s’était aussi exercée au fil de déplacements incessants. Elle avait sillonné les États-Unis et le monde pour prendre la parole dans des conférences, des universités et des manifestations. Elle ne conduisait pas, mais voyageait en taxi et en avion ; elle expliquait que les échanges avec les chauffeurs et les hôtesses de l’air lui permettaient de prendre le pouls du pays. Son autobiographie, publiée sous le titre Ma vie sur la route, reprenait cette dimension nomade de son parcours.
Un cancer du sein à la fin des années 1980, puis l’âge, n’avaient pas interrompu cette activité. En 2022, après l’abandon par la Cour suprême de l’arrêt Roe v. Wade, elle avait continué à appeler les Américaines à se mobiliser pour le droit à l’avortement.
Son parcours lie la création de médias à la mobilisation de terrain : Ms. rendait les inégalités visibles, tandis que ses voyages transformaient cette visibilité en échanges et en engagement politique.
Les hommages à Steinem rappellent aussi les débats sur son héritage
Après l’annonce de sa mort, Barack Obama avait décrit Gloria Steinem comme une personnalité « hors du commun ». Hillary Clinton l’avait présentée comme l’une des architectes de l’égalité entre les femmes, tandis que Nancy Pelosi avait salué une militante qui avait inspiré des générations de femmes à prendre conscience de leur pouvoir. Devant son appartement new-yorkais, un bouquet de fleurs avait été déposé et une jeune Américaine était venue rendre hommage à la vie qu’elle avait consacrée à ses combats.
Cette mémoire largement célébrée n’effaçait pas les critiques adressées à Steinem. Certaines jeunes militantes la considéraient comme représentative d’un féminisme d’un autre temps. Son soutien, en 1998, à Bill Clinton alors qu’il était accusé de harcèlement sexuel avait été contesté. En 2016, elle avait aussi suscité des réactions après avoir expliqué que certaines jeunes femmes soutenaient Bernie Sanders parce que « les garçons sont avec lui », avant de s’excuser.
Steinem était néanmoins restée engagée jusqu’à un âge avancé. Elle continuait à intervenir dans les universités et disait en 2019 que le rôle des personnes âgées était de garder l’espoir, parce qu’elles se souvenaient de périodes où la situation était pire.
Médianalyse du Yak
La couverture observée se personnalise fortement autour de trois images : la journaliste infiltrée chez Playboy, la cofondatrice de Ms. et la militante infatigable sillonnant les États-Unis. Le mot « icône » domine, souvent accompagné de termes qui rappellent son activité concrète : journaliste, organisatrice, écrivaine et défenseure des droits reproductifs.
Les hommages et les récits biographiques occupent l’essentiel de l’espace, tandis que les critiques de son positionnement politique restent plus secondaires. Certaines publications réintroduisent toutefois ces controverses, notamment son soutien à Bill Clinton et sa remarque de 2016 sur les électrices de Bernie Sanders. Deux cadrages coexistent ainsi : celui d’une pionnière dont les combats ont ouvert la voie à plusieurs générations, et celui d’une figure historique dont l’héritage est relu à la lumière des débats internes au féminisme.
Article généré par le Yak