SÉCURITÉ ET INTELLIGENCE ARTIFICIELLE
Anthropic détaille les détournements de Claude pour des opérations de piratage
Dans un rapport consacré aux usages malveillants de son modèle, l’entreprise américaine décrit des attaques informatiques, des campagnes de surveillance visant des dissidents et des recherches liées aux armes. Elle appelle, comme OpenAI, à renforcer l’encadrement des systèmes les plus puissants.
60 sources · 44 médias · 5 min
Anthropic a publié un rapport de sécurité recensant plusieurs utilisations malveillantes de Claude, son assistant d’intelligence artificielle. L’entreprise affirme avoir interrompu des opérations de piratage, de surveillance et de propagande, ainsi que des tentatives liées à la conception d’armes et à des recherches biologiques sensibles.
Les opérations documentées concernaient notamment des acteurs situés en Chine, en Iran et en Afrique de l’Ouest. Elles visaient des dissidents, des minorités ethniques ou des organisations étrangères. Anthropic affirme que Claude a permis d’automatiser des tâches qui nécessitaient auparavant davantage de compétences techniques. L’entreprise dit avoir suspendu les comptes concernés et renforcé les garde-fous de ses modèles. Elle demande désormais, comme OpenAI, que les autorités américaines imposent des règles de sécurité contraignantes aux fournisseurs d’intelligence artificielle.
Un pirate francophone a ciblé 42 organisations liées à l’extrême droite française
Un pirate francophone a utilisé Claude pour automatiser une série d’attaques contre des organisations politiques et médiatiques liées à l’extrême droite française, d’après le rapport d’Anthropic. Au moins 42 structures ont été visées et 14 auraient été compromises.
Les données dérobées comprennent des informations sur les adhérents d’un parti politique dont le nom n’a pas été rendu public. Un institut de formation politique et plusieurs médias, dont le magazine Frontières, figurent également parmi les cibles. Claude aurait facilité différentes étapes des opérations, notamment leur préparation technique. Anthropic affirme avoir bloqué l’utilisation de son outil.
Claude a servi à surveiller des dissidents en Chine, en Iran et au Mali
Entre janvier et juillet, Anthropic a détecté et neutralisé plusieurs opérations de surveillance menées avec Claude. Elles ciblaient notamment des figures prodémocratie à Hong Kong, des communautés tibétaines et du Falun Gong en Asie, ainsi que des minorités et des opposants iraniens à l’étranger.
Dans un autre cas, un prestataire présenté comme travaillant pour les services de sécurité nationale du Mali a utilisé le modèle pour concevoir le logiciel d’une plateforme capable d’intercepter des appels, des SMS et des listes d’appels. Le compte a été suspendu, mais le système a continué à fonctionner avec l’aide d’autres modèles d’intelligence artificielle. Anthropic accuse également des acteurs liés à la Chine et à l’Iran d’avoir utilisé Claude pour identifier des personnes à partir de leurs comptes sur les réseaux sociaux.
La suspension d’un compte ne suffit donc pas toujours à arrêter une opération. Au Mali, l’infrastructure de surveillance a continué à fonctionner avec d’autres modèles après le blocage de Claude : le contrôle exercé par un fournisseur peut interrompre un accès sans démanteler l’outil déjà construit.
Au Yémen, Claude a contribué à des projets de roquettes et de missiles guidés
Une cellule située dans le nord du Yémen a utilisé Claude pour tenter de développer des armes téléguidées, selon Anthropic. Trois programmes portaient sur une roquette, un planeur hypersonique et un missile balistique dont la portée visée dépassait 2 000 kilomètres. L’entreprise n’a pas identifié les acteurs concernés, mais certains éléments ont conduit à évoquer les rebelles houthis.
Anthropic indique qu’un tir d’essai d’une roquette guidée a échoué et qu’elle ne dispose d’aucun élément établissant le déploiement d’un dispositif opérationnel. Les comptes concernés ont été suspendus et les activités signalées. Le rapport mentionne aussi des requêtes portant sur le chikungunya, une souche hautement pathogène de grippe aviaire, des virus comprenant la variole et le mpox, ainsi que des venins et d’autres toxines. Anthropic dit avoir bloqué ces usages, tout en précisant que l’intention des scientifiques concernés n’était pas établie.
Anthropic et OpenAI demandent des règles de sécurité obligatoires aux États-Unis
Après la publication du rapport, Anthropic a maintenu son appel à imposer des exigences de sécurité aux modèles les plus puissants. OpenAI a formulé une demande comparable, estimant que des engagements volontaires ne suffiraient pas à encadrer l’accélération des systèmes d’intelligence artificielle.
Les États-Unis ne disposent pas encore d’une loi fédérale générale encadrant ces modèles. Des élus démocrates et républicains réclament des contrôles renforcés, notamment des tests avant déploiement et des audits indépendants. En Californie, une loi a été adoptée pour définir les règles d’évaluation des produits d’IA par des auditeurs indépendants. Dans l’Union européenne, la Commission rappelle qu’elle dispose depuis août de nouveaux pouvoirs au titre de l’AI Act et demande aux fournisseurs de mieux contrôler leurs modèles avancés.
Anthropic accuse Moonshot et DeepSeek d’avoir détourné les requêtes de leurs clients
Anthropic accuse les entreprises chinoises Moonshot et DeepSeek d’avoir utilisé Claude pour répondre aux demandes de leurs propres utilisateurs, puis récupéré les résultats afin d’améliorer leurs modèles. Cette technique, appelée « distillation », consiste à s’appuyer sur les réponses d’un modèle concurrent pour entraîner un autre système.
Dans un cas, Moonshot aurait transmis près de 300 000 requêtes à Anthropic en dix jours grâce à un réseau de 5 380 comptes frauduleux, dont la plupart semblaient localisés à Singapour et au Japon. Certaines requêtes contenaient des informations sensibles. Anthropic affirme ignorer si les utilisateurs avaient été informés du transfert de leurs demandes vers un tiers. La Chine rejette les accusations de déformation des faits et affirme défendre un développement de l’intelligence artificielle « pour le bien ».
Médianalyse du Yak
La couverture observée met d’abord en avant les usages les plus spectaculaires du rapport : missiles, armes biologiques, espionnage et surveillance de dissidents. Les mécanismes plus techniques — automatisation des attaques, distillation des modèles ou exposition de données — restent davantage dans les développements.
Deux cadrages coexistent. Une partie de la couverture française entre dans la séquence par le piratage d’organisations d’extrême droite et de médias, tandis que les publications internationales privilégient les opérations attribuées à des acteurs étatiques ou liés à des États. L’attention se répartit ainsi entre sécurité intérieure, conflits internationaux et régulation des fournisseurs.
Le traitement passe progressivement du récit des détournements à celui de leur encadrement. Les appels d’Anthropic et d’OpenAI à des règles obligatoires, ainsi que les réactions de l’Union européenne et des élus américains, donnent une seconde dimension à la séquence : les entreprises qui alertent sur les usages de leurs modèles demandent aussi des contraintes publiques pour leur propre secteur.
Article généré par le Yak
LES SOURCES44 médias · 60 sources
Le Monde 2 articles
Le Figaro 4 articles
- Comment un hacker a utilisé Claude, l’IA d’Anthropic, pour pirater un parti politique et des médias
- «Il est grand temps que les fournisseurs d’IA mettent de l’ordre dans leurs affaires», affirme l'UE
- Espionnage, armes, escroqueries : Anthropic dit avoir stoppé des usages malveillants de son IA Claude
- Après Anthropic, OpenAI appelle à son tour à la mise en place de règles pour encadrer le développement de l’IA
Libération 1 article
Le Parisien 1 article
L’Humanité 1 article
La Croix 1 article
Franceinfo 1 article
BFMTV 3 articles
- "Il est grand temps que ces fournisseurs mettent de l'ordre dans leurs affaires": l'UE appelle les entreprises d'IA à garder leurs modèles avancés sous contrôle
- Anthropic rapporte que son IA Claude aurait été utilisée dans plusieurs pays, dont la Chine et l’Iran, pour entraîner d’autres intelligences artificielles, surveiller des minorités et tenter de concevoir des armes biologiques
- "La perspective d'un développement de l'IA accéléré par l'IA exige davantage que des engagements volontaires": après Anthropic, OpenAI réclame à son tour une loi de sécurité pour éviter que l’IA n’échappe au contrôle humain