POLITIQUE MIGRATOIRE AMÉRICAINE
Washington a expulsé plus de 25 000 personnes vers des pays tiers
Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, les États-Unis ont transféré au moins 25 447 personnes vers 28 pays qui n’étaient pas les leurs, dans le cadre d’accords conclus avec des dizaines d’États. Au moins 410 millions de dollars ont été provisionnés pour soutenir ces opérations.
40 sources · 22 médias · 5 min
Depuis janvier 2025, l’administration Trump a expulsé au moins 25 447 personnes vers 28 pays tiers, selon le décompte arrêté au 31 août 2026 par une enquête internationale coordonnée par Forbidden Stories. Ces personnes n’ont pas été renvoyées vers leur pays d’origine, mais vers des États avec lesquels elles n’avaient souvent aucun lien. Le Mexique en a accueilli environ 20 000 ; d’autres transferts ont concerné l’Afrique, l’Amérique latine et le Pacifique.
Pour organiser ces départs, Washington a négocié des accords avec une trentaine de pays, jusqu’à 35 selon les éléments de l’enquête. Le dispositif a été piloté en grande partie par le Bureau de la Remigration, créé en mai 2025 au sein du Département d’État. Au moins 410 millions de dollars ont été provisionnés pour les pays d’accueil et des agences de l’ONU. La politique est contestée devant les tribunaux : une cour d’appel fédérale américaine a jugé les expulsions vers des pays tiers illégales, estimant qu’elles violaient les garanties de procédure. L’administration dispose encore d’un délai pour faire appel.
Le Bureau de la Remigration a négocié les accords avec les pays tiers
Créé en mai 2025, le Bureau de la Remigration a mené l’essentiel des négociations et des paiements destinés à rendre possibles les expulsions vers des pays tiers. Le dispositif repose sur des accords conclus avec des États d’Amérique latine, d’Afrique et du Pacifique, ainsi que sur l’intervention d’agences internationales.
Les clauses ne sont pas identiques d’un pays à l’autre : elles peuvent préciser les nationalités acceptées ou le passé judiciaire des personnes transférées. Selon l’enquête, 49 des 54 pays africains ont été approchés par Washington. Le système permet ainsi d’éloigner des personnes que les États-Unis ne pouvaient pas toujours renvoyer directement dans leur pays d’origine.
410 millions de dollars ont été provisionnés pour les pays d’accueil et l’ONU
Les expulsions vers des pays tiers ont été accompagnées d’un financement américain d’au moins 410 millions de dollars. Les documents internes cités dans l’enquête attribuent 81 millions de dollars aux gouvernements signataires, 178 millions à l’Organisation internationale pour les migrations et 123 millions au Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés.
Les accords prévoient parfois des paiements directs. À Palau, un archipel de moins de 18 000 habitants, Washington s’est engagé à verser 7,5 millions de dollars pour l’accueil de 75 ressortissants de pays tiers ; trois personnes y avaient été envoyées au moment de l’enquête. En Eswatini, 32 personnes étaient arrivées depuis juillet 2025 dans le cadre d’un accord de cinq millions de dollars, qui pouvait en prévoir jusqu’à 160.
Le HCR a déclaré ne pas être partie aux accords et utiliser les fonds américains pour renforcer les systèmes d’asile. L’OIM a indiqué accepter cet argent pour améliorer la situation des migrants concernés, sans que cela constitue une approbation des expulsions.
Le dispositif ne repose pas seulement sur des expulsions : il associe une administration dédiée, des accords diplomatiques et des paiements. Les 410 millions de dollars provisionnés donnent une dimension contractuelle à une politique dont les conséquences se prolongent dans des pays où les personnes transférées n’ont parfois ni statut ni attaches.
Au Cameroun, des expulsées restent sans statut ni attaches
Des centaines de personnes expulsées ont été envoyées en Afrique, dans au moins douze pays ayant conclu des accords avec les États-Unis. Au Cameroun, plusieurs migrantes africaines persécutées dans leur pays d’origine et sans attaches locales ont été accueillies dans un centre de Yaoundé après leur arrivée des États-Unis.
Un protocole d’entente entre Washington et Yaoundé a été signé en décembre. Le premier avion transportant des expulsés a atterri au Cameroun le 14 janvier. D’autres personnes ont été envoyées en Eswatini, notamment des Vietnamiens, en République démocratique du Congo, notamment des Colombiens, ou au Ghana, notamment des Guinéens.
Les situations diffèrent selon les pays : certaines personnes sont emprisonnées sans décision de justice, d’autres restent bloquées sans statut clairement établi. Dans plusieurs cas, le pays tiers sert aussi d’étape avant un renvoi vers le pays d’origine.
Une cour d’appel américaine juge illégales les expulsions vers des pays tiers
Une cour d’appel fédérale américaine a jugé illégale la politique d’expulsion vers des pays tiers, estimant à l’unanimité qu’elle violait le droit à une procédure régulière. La décision porte sur le principe même de transferts vers des pays qui ne sont pas ceux des personnes expulsées.
Le gouvernement dispose de 90 jours pour faire appel. La question juridique rejoint les situations décrites sur le terrain : des personnes ont été envoyées dans un pays inconnu, parfois détenues sans accès à un avocat, ou maintenues dans un vide juridique sans statut clairement défini.
Médianalyse du Yak
Dans la couverture observée, le chiffre de plus de 25 000 expulsions domine nettement. Il est souvent associé à l’idée d’accords secrets et à l’envoi de personnes vers des pays inconnus. Les récits consacrés aux parcours individuels — une Iranienne envoyée en Afrique, des migrantes accueillies au Cameroun ou des détenus transférés au Salvador — donnent une visibilité concrète à la politique.
La mécanique financière et administrative apparaît davantage dans les enquêtes approfondies que dans les reprises généralistes. Le Bureau de la Remigration, la répartition des 410 millions de dollars et les contrats avec les États d’accueil restent moins visibles que le bilan humain. Deux cadrages coexistent : celui d’une expulsion de masse et celui d’un système international organisé par des accords, des sous-traitants et des financements.
Le traitement médiatique se déplace enfin du décompte vers la légalité. Les publications consacrées aux parcours et aux conditions d’arrivée insistent sur le vide juridique, tandis que la décision d’une cour d’appel américaine replace la séquence dans le débat sur les garanties de procédure.
Article généré par le Yak
LES SOURCES22 médias · 40 sources
Le Monde 1 article
Libération 1 article
Le Parisien 1 article
Le Nouvel Obs 1 article
La Croix 6 articles
- Forbidden Stories : en Europe, la « tentation » ICE se fait de plus en plus pressante
- Forbidden Stories : face aux sous-traitants de l’ICE, la souveraineté européenne en question
- La Croix participe à l’enquête mondiale de Forbidden Stories sur les expulsions de masse de l’administration Trump
- Forbidden Stories : pourquoi « La Croix » a participé à la grande enquête sur ICE et les expulsions de masse
- Forbidden Stories : le destin chamboulé d’un immigré poursuivi par ICE et la Maison-Blanche
- Forbidden Stories : révélations sur les contrats de l’administration Trump avec des pays tiers pour expulser en masse
HuffPost France 1 article
Franceinfo 1 article
France 24 8 articles
- Expulsions au Cameroun : les naufragées de la politique migratoire de Trump
- Deportation Project : Ce que révèle l'enquête au Cameroun
- Enquête : des contrats opaque entre l'ICE et l'Afrique
- Expulsions vers des pays tiers : l'ampleur de la politique de l’administration Trump en chiffres
- ICE, Trump et l'Afrique : accords secrets, vies sacrifiées
- Deportation Project : enquête sur les expulsions de masse vers l'Afrique de l'administration Trump
- Sans passeports ni repères : au Cameroun, les naufragées de la politique migratoire de Trump
- L'histoire de Rabbiatu Kuyateh, arrêtée, détenue et expulsée des États-Unis
Euronews FR 1 article
TV5MONDE 2 articles
Nice-Matin 1 article
RFI 4 articles
- Entre Trump et Bukele, l'accord secret qui fait disparaître les migrants
- Forbidden Stories: une enquête révèle la mécanique mise en place par les États-Unis pour expulser en masse
- Migrants expulsés vers l'Afrique: plongée dans la mécanique de l’administration Trump
- Les naufragés de la machine à expulser de Donald Trump