ONU ET PROCHE-ORIENT
À l’ONU, l’erreur de Macron sur le Hamas déclenche la riposte israélienne
Pour sa dernière intervention à la tribune des Nations unies, Emmanuel Macron a dénoncé la situation à Gaza et les violences en Cisjordanie, tout en défendant la solution à deux États. Une affirmation erronée sur l’activité du Hamas en Cisjordanie a aussitôt permis à Israël de contester son discours.
57 sources · 41 médias · 5 min
Emmanuel Macron a consacré une large partie de son dernier discours à l’Assemblée générale de l’ONU, le 22 septembre 2026, à la guerre à Gaza et à la situation en Cisjordanie. Il a dénoncé à Gaza un « spectacle qui nous fait honte à tous », critiqué les violences commises contre les Palestiniens en Cisjordanie et appelé à ne pas renoncer à une solution à deux États, présentée comme la condition de la sécurité d’Israël et de son peuple.
Le président français a inscrit cette prise de position dans un plaidoyer plus large pour le multilatéralisme et le droit international. Face à Donald Trump, dont il contestait les déclarations sur les progrès diplomatiques à Gaza, il a dénoncé le retour de la « loi de la jungle » et appelé à ne rien céder à la division du monde.
Une phrase sur le Hamas a toutefois fragilisé le message. Emmanuel Macron a affirmé que le mouvement n’avait « jamais sévi en Cisjordanie ». Cette formulation est factuellement erronée : si le Hamas n’y gouverne pas, il y dispose de réseaux clandestins et y a mené des attaques. Le bureau de Benyamin Netanyahou a aussitôt rejeté ces propos, qualifiés d’« absurdité grotesque ».
Macron oppose à Trump son plaidoyer pour l’ONU et le droit international
Le discours de Macron ne portait pas uniquement sur Israël et les territoires palestiniens. Pour sa dernière prise de parole à la tribune de l’ONU, le président français a défendu l’organisation internationale face au retour des « empires », de « l’impérialisme » et de la « force sans règle ni retenue ».
Quelques heures après l’intervention de Donald Trump, Emmanuel Macron a rejeté l’idée que la diplomatie américaine ait déjà produit la paix à Gaza. Il a notamment souligné qu’aucun corridor humanitaire n’avait été rouvert, alors que Washington présentait ses efforts comme une réussite. Le président français a également évoqué l’Ukraine, la réforme de l’ONU, la fracture entre le Nord et le Sud ainsi que l’intelligence artificielle.
Deux récits se sont ainsi opposés à la tribune des Nations unies : celui d’un succès diplomatique déjà revendiqué par Donald Trump et celui d’un ordre international que Macron juge affaibli.
Macron confond absence de contrôle du Hamas et absence d’activité en Cisjordanie
La phrase sur le Hamas a rapidement déplacé le centre de gravité du discours. En affirmant que le mouvement n’avait jamais « sévi » en Cisjordanie, Emmanuel Macron a confondu l’absence de contrôle territorial avec l’absence d’activité. Le Hamas ne gouverne pas la Cisjordanie, où siège l’Autorité palestinienne, mais il y conserve des réseaux clandestins et y a préparé ou mené des attaques.
Cette erreur n’annule pas le point politique défendu par le président français : la présence du Hamas ne justifie pas, à elle seule, la colonisation israélienne ni les violences visant les Palestiniens en Cisjordanie. Mais elle a permis à ses adversaires de contester sa connaissance de la situation et de détourner le débat de Gaza et des agissements des colons.
Une mise au point rapportée par la presse israélienne indique que Macron voulait dire que le Hamas ne gouvernait pas la Cisjordanie. Elle ne corrige pas la formulation prononcée à la tribune de l’ONU.
La même phrase a produit deux effets opposés : elle a fourni à Israël une contestation factuelle immédiate, tout en laissant intacte la question soulevée par Macron sur les violences et la colonisation en Cisjordanie. La polémique a déplacé le débat sans trancher le désaccord de fond.
Netanyahou invoque la mort d’un colon israélien contre Macron
Le bureau de Benyamin Netanyahou a réagi immédiatement au discours en dénonçant l’« absurdité grotesque » des propos d’Emmanuel Macron. Le Premier ministre israélien a affirmé que des membres du Hamas menaient régulièrement des attaques contre des Juifs en Cisjordanie et a reproché au président français d’ignorer le sang israélien.
Sa riposte s’est appuyée sur la mort récente d’un colon israélien tué par balle en Cisjordanie. L’homme, père de six enfants, possédait aussi la nationalité française. L’armée israélienne a déclaré avoir arrêté le tireur dans un hôpital, tandis que le bureau de Netanyahou a présenté cette affaire comme un contre-exemple direct aux propos de Macron.
L’ambassadeur américain en Israël, Mike Huckabee, a également jugé le discours français « déconnecté de la réalité ». La réaction israélienne intervient dans des relations déjà très dégradées avec Emmanuel Macron, notamment depuis l’initiative française en faveur de la reconnaissance d’un État palestinien à l’ONU l’année précédente.
En France, la gauche accuse Macron d’incohérence sur Israël
La prise de position présidentielle a aussi suscité des critiques en France, notamment à gauche. Des responsables insoumis et socialistes ont dénoncé l’« hypocrisie » du discours sur la Cisjordanie en faisant référence à l’autorisation donnée, selon franceinfo, à Benyamin Netanyahou de survoler l’espace aérien français.
Le reproche porte sur l’écart entre la condamnation publique des violences commises par Israël et certains gestes diplomatiques ou protocolaires attribués à l’exécutif français. À droite, Louis Aliot, vice-président du Rassemblement national, a estimé que Macron condamnait Israël sans parler suffisamment du Hamas et a jugé son animosité envers l’État hébreu « assez suspecte ».
Le discours a donc été contesté sur deux fronts : en Israël et au RN pour la place accordée aux responsabilités du Hamas, à gauche pour la cohérence entre la parole présidentielle et la conduite diplomatique française.
Médianalyse du Yak
Dans la couverture observée, la bourde sur le Hamas et la riposte de Netanyahou dominent nettement le discours lui-même. Les formules « absurdité grotesque » et « spectacle qui nous fait honte » rendent la séquence immédiatement lisible comme une confrontation personnelle, tandis que les volets institutionnels — réforme de l’ONU, multilatéralisme, fracture Nord-Sud ou intelligence artificielle — restent davantage en retrait.
Deux cadrages coexistent. Une partie des publications présente Macron comme le défenseur de l’ONU et du droit international face à Trump et à Israël ; une autre réduit la séquence à son erreur sur le Hamas et à la colère israélienne. Les médias de service public et plusieurs titres généralistes développent davantage le contenu global du discours, alors que de nombreux titres se concentrent sur la riposte de Netanyahou.
La couverture française personnalise fortement la crise autour du duel Macron-Netanyahou. Cette focalisation donne une place importante aux déclarations et aux formules de confrontation, alors que la question de fond — la coexistence entre la dénonciation de Gaza et de la colonisation et le rappel des attaques du Hamas — apparaît surtout dans les articles de vérification et d’analyse.
Article généré par le Yak
LES SOURCES41 médias · 57 sources
Le Monde 1 article
Le Figaro 5 articles
- À l’ONU, la charge d’Emmanuel Macron contre Israël éclipsée par son erreur sur le Hamas
- Emmanuel Macron a-t-il raison de dire que le Hamas ne «sévit» pas en Cisjordanie ?
- «Tartuffe», «hypocrisie», «mauvais comédien»… La gauche dénonce l’«hypocrisie» des propos d’Emmanuel Macron sur la Cisjordanie
- Israël dénonce l’«absurdité grotesque» des propos d’Emmanuel Macron à l’ONU sur la Cisjordanie
- «Ne cédons pas à l’esprit de défaite» : retrouvez l’intégralité du discours d’Emmanuel Macron devant l’ONU
Libération 2 articles
Le Parisien 4 articles
- Gaza, Cisjordanie, Hamas : le dernier discours de Macron à l’ONU fait bondir Israël
- « L’absurdité grotesque des propos d’Emmanuel Macron est sidérante » : la colère Israël après le discours du président français
- « Plus mauvaises que jamais » : les relations entre Macron et Netanyahou ont-elles atteint un point de non-retour ?
- À l’ONU, Macron fustige le retour de « la loi de la jungle » : « Le cœur des Nations unies a cessé de battre »
Le Nouvel Obs 2 articles
Le Point 1 article
L’Express 1 article
HuffPost France 1 article
20 Minutes 1 article
Franceinfo 3 articles
- Gaza, Ukraine, IA... Devant l'Assemblée générale de l'ONU, Emmanuel Macron défend "l'intérêt commun" face au "retour de la loi de la jungle"
- "Le Hamas n'a jamais sévi en Cisjordanie" : polémique autour du discours d'Emmanuel Macron à l'ONU
- "Emmanuel Macron nourrit une animosité à l'égard d'Israël qui est assez suspecte", juge Louis Aliot, vice-président du RN, après le discours du président à l'ONU