RENTRÉE LITTÉRAIRE
Thélyson Orélien rattrapé par des accusations de plagiat au Canada
Le succès de C’était ça ou mourir, prix du roman Fnac et en lice pour plusieurs récompenses, a commencé par une accusation d’usage de l’intelligence artificielle lancée sur X à partir d’un détecteur. L’auteur conteste et affirme vouloir démontrer qu’il a écrit le livre lui-même. Des textes publiés au Canada il y a plus de dix ans sont désormais mis en cause.
68 sources · 39 médias · 6 min
Thélyson Orélien, écrivain canado-haïtien de 38 ans, est au centre d’une controverse autour de son roman C’était ça ou mourir, l’un des succès de la rentrée littéraire. Publié chez Grasset, le livre a reçu le prix du roman Fnac et figurait dans les sélections de plusieurs prix, dont le Goncourt. Un compte X nommé « Balance ton Claude » l’a accusé d’avoir fait écrire une grande partie du roman par une intelligence artificielle après avoir soumis des extraits au logiciel Pangram.
L’auteur rejette ces accusations et affirme travailler avec ses éditeurs à la constitution d’un dossier destiné à prouver qu’il a écrit le livre lui-même. La fiabilité des détecteurs d’IA est devenue un point central de la controverse : des tests réalisés avec plusieurs outils ont donné des résultats divergents, et le dirigeant de Pangram a rappelé que son logiciel ne devait « jamais être l’arbitre final » d’une enquête.
La polémique s’est ensuite étendue à des textes publiés par Orélien au Canada il y a plus de dix ans. Une chronique, une nouvelle et d’autres écrits sont accusés de reprendre des passages d’articles ou d’ouvrages antérieurs. Ces allégations ont entraîné des conséquences éditoriales au Canada, tandis que le livre continue d’être vendu et présenté en France. Les deux volets restent distincts : l’un porte sur un soupçon d’usage de l’IA, l’autre sur des accusations de plagiat concernant des textes identifiables.
L’accusation contre le roman repose sur un détecteur aux résultats contradictoires
L’accusation contre C’était ça ou mourir est partie d’un compte X qui se présentait d’abord comme anonyme et collectif. « Balance ton Claude » affirmait que le roman avait été « presque intégralement » écrit par une intelligence artificielle, après l’analyse de plusieurs passages par Pangram. Le compte disait vouloir dénoncer les promoteurs de ce qu’il appelle l’« IA Slop ».
L’identité de la personne derrière ce compte a ensuite été attribuée par plusieurs publications à Samuel Fitoussi, écrivain et chroniqueur au Figaro. Cette révélation a déplacé une partie de l’attention vers l’origine de l’accusation, sans trancher la question de l’écriture du roman.
Les performances des détecteurs sont au cœur de la controverse. Un test réalisé sur huit outils a produit des conclusions partagées : deux ont jugé les extraits très probablement générés par une IA, trois ont conclu à l’inverse et les trois autres ont évalué la probabilité entre 7 % et 59 %. Pangram est présenté comme l’un des outils les plus avancés, mais son propre dirigeant a rappelé qu’il devait servir de point de départ à une enquête, et non de verdict.
Le détecteur a déclenché la séquence médiatique sans pouvoir, à lui seul, établir l’origine du texte : ses résultats ont ouvert l’enquête, mais les divergences entre outils empêchent d’en faire une conclusion.
Une chronique et plusieurs textes anciens sont accusés de reprendre des passages existants
La seconde séquence de l’affaire concerne des écrits antérieurs de Thélyson Orélien. Le quotidien québécois La Presse affirme qu’une chronique publiée en 2013 était, dans sa quasi-totalité, une traduction légèrement remaniée d’un article paru quelques jours plus tôt dans le journal philippin The Philippine Star.
Radio-Canada et La Presse évoquent aussi d’autres textes publiés dans le HuffPost Québec ou sur des blogs. Une nouvelle récompensée par le groupe audiovisuel public dans les années 2010 contiendrait notamment des phrases tirées du livre Le Matin des magiciens, de Louis Pauwels et Jacques Bergier, paru en 1960. Au moins quatre autres textes sont cités dans les accusations relayées au Canada.
Ces faits sont distincts du soupçon visant le roman. Ils ont toutefois élargi la polémique, passée d’une contestation sur l’usage d’un outil d’IA à des allégations portant sur des textes identifiables et publiés plusieurs années auparavant. L’éditeur adjoint de La Presse, François Cardinal, a qualifié cette situation de « tromperie » « décevante et inexcusable ».
Le Boréal suspend sa promotion, tandis que le roman reste mis en avant en France
Les conséquences éditoriales ne sont pas uniformes. Au Canada, les éditions du Boréal ont annoncé la suspension de la promotion du livre et déclaré ne pouvoir, à ce stade, ni confirmer ni infirmer les allégations visant l’auteur. La maison a indiqué prendre au sérieux les accusations liées à l’IA et vouloir faire la lumière avec l’écrivain.
Au Québec, Thélyson Orélien a été exclu du Salon du livre de l’Estrie, dont il devait être l’invité d’honneur en octobre. En France, son roman est resté mis en avant dans un magasin Fnac proche de la gare Saint-Lazare. L’enseigne a rappelé que le livre avait été choisi par un jury de 800 lecteurs et soutenu par un large public depuis sa sortie. Les vendeurs cités dans la couverture n’y ont pas observé de changement du comportement des clients.
La controverse a aussi atteint les prix littéraires. La sélection de l’auteur pour le Goncourt a été interrogée, alors que le président du jury, Philippe Claudel, a réagi aux accusations anonymes. Les décisions prises par les éditeurs et les organisateurs ne suivent donc pas une ligne unique : certaines structures suspendent leur soutien promotionnel ou retirent une invitation, tandis que le livre continue d’être vendu et présenté en France.
Despentes, Laferrière et Mbougar Sarr défendent Orélien, d’autres plaident pour une IA transparente
Plusieurs écrivains ont pris publiquement la défense de Thélyson Orélien. Virginie Despentes a déclaré qu’il n’avait pas à se justifier de son éventuel usage de l’IA et a critiqué les systèmes qui s’approprient le travail des auteurs. Dany Laferrière a décrit Orélien comme une « vraie promesse d’écrivain » et estimé que le roman devait d’abord être lu et défendu. Mohamed Mbougar Sarr a appelé à la retenue face aux « emballements médiatiques aux allures de guillotine expéditive ».
D’autres auteurs ne défendent pas nécessairement l’écrivain, mais refusent que l’affaire règle à elle seule la question de l’écriture assistée par une machine. Sébastien Bailly revendique la possibilité pour un auteur d’utiliser l’IA en toute transparence. Il estime que les écrivains ne devraient pas être enfermés dans le choix entre l’innocent et le tricheur. Antoine Buéno soutient pour sa part que la polémique traduit le refus d’admettre qu’une IA puisse être créative ou participer à la production d’un texte.
Dans les librairies, les réactions décrites sont partagées entre curiosité, scepticisme et défense du livre. Certains lecteurs se sont intéressés au roman précisément à cause de la polémique, tandis que des libraires continuent de soutenir son auteur. Le débat porte ainsi sur la responsabilité d’un écrivain face à ses textes et sur la possibilité de reconnaître une création réalisée avec l’aide d’une IA.
Médianalyse du Yak
La couverture s’est fortement personnalisée autour de Thélyson Orélien, du compte « Balance ton Claude » et des formules de défense de Virginie Despentes ou de l’auteur lui-même. Le fonctionnement des détecteurs, pourtant décisif pour comprendre l’accusation initiale, arrive souvent dans un second temps.
Le traitement s’est déplacé au fil de la séquence : le soupçon d’usage de l’IA a d’abord dominé, puis les allégations de plagiat ont apporté des exemples textuels plus concrets. En parallèle, une autre ligne de couverture s’est développée autour de la définition de l’écriture et de la place de la machine, avec des cadrages différents entre défense de l’auteur, critique du procès public et interrogation sur les règles de l’édition.
Article généré par le Yak
LES SOURCES39 médias · 68 sources
Le Monde 2 articles
Le Figaro 3 articles
- Thélyson Orélien, soupçonné d’avoir utilisé l’IA pour écrire son roman, exclu d'un Salon du livre au Québec
- « Certains l’achètent avec un autre regard, pour se faire un avis » : libraires et lecteurs percutés par la polémique Thélyson Orélien
- Pour Virginie Despentes, le romancier Thélyson Orélien n’a pas « à se justifier » de son éventuel usage de l’IA
Libération 2 articles
Le Parisien 4 articles
- Accusé d’avoir utilisé l’IA pour son livre, l’écrivain Thélyson Orélien dénonce une « volonté » de le « faire taire »
- Accusé d’avoir utilisé l’IA pour son livre, l’écrivain Thélyson Orélien désormais visé par des accusations de plagiat
- « Pangram, va te faire foutre » : Virginie Despentes défend Thélyson Orélien, accusé d’avoir utilisé l’IA pour son roman
- « Un électrochoc » : IA, plagiat… Comment les accusations visant Thélyson Orélien ont chamboulé la rentrée littéraire
Le Nouvel Obs 5 articles
- « J’éprouve une compassion profonde pour Thélyson Orélien », par Mohamed Mbougar Sarr
- Après le soupçon du recours à l’IA, Thélyson Orélien visé par des allégations de plagiat au Canada et en France
- « La délation anonyme m’irrite » : Philippe Claudel, président du Goncourt, réagit aux accusations contre Thélyson Orélien
- Qui se cache derrière « Balance ton Claude », le compte qui accuse Thélyson Orélien d’avoir utilisé l’IA ?
- Affaire Thélyson Orélien : trois remarques personnelles sur l’usage de l’IA en littérature
L’Express 2 articles
L’Humanité 1 article
Valeurs Actuelles 1 article
La Croix 1 article
Atlantico 2 articles
HuffPost France 3 articles
20 Minutes 3 articles
- « L’idée d’un livre écrit par l’IA me dégoûte »… L’affaire Thélyson Orélien vue depuis les librairies
- « Le déni des derniers soutiens du livre d’Orélien est regrettable », estime le compte X « Balance ton Claude »
- Avant d’être accusé d’utiliser l’IA, Thélyson Orélien visé par des allégations de plagiat au Canada
Franceinfo 3 articles
- Le romancier Thélyson Orélien, accusé d'avoir utilisé l'IA, dénonce une "volonté" de le "faire taire"
- L'écrivain Thélyson Orélien, accusé d'avoir utilisé l'IA pour son roman "C'était ça ou mourir", est également soupçonné de plagiat pour d'autres textes
- "C'est un jeu du chat et de la souris" : les détecteurs de textes écrits par IA, comme Pangram, sont-ils vraiment fiables ?
BFMTV 1 article
TV5MONDE 1 article
Ouest-France 1 article
La Dépêche du Midi 1 article
Le Progrès 1 article
Le Dauphiné Libéré 1 article
Nice-Matin 2 articles
- « Il ne devrait jamais être l’arbitre final » : au cœur de la polémique visant Thélyson Orélien, comment fonctionne le détecteur de textes générés par IA Pangram et est-il fiable ?
- « Inédit en France » : le romancier Thélyson Orélien accusé d’avoir écrit son livre avec l’IA, des allégations de plagiat visant d’autres de ses publications… on vous résume l’affaire
L’Est Républicain 1 article
L’Indépendant 1 article
Midi Libre 3 articles
- Un roman écrit par IA ? Ce que valent vraiment les détecteurs de contenus d’intelligence artificielle
- "Cette tromperie est décevante et inexcusable" : après les allégations sur l’IA et son livre, Thélyson Orélien accusé de plagiat au Canada
- À Montpellier, l’écrivain canado-haïtien Thélyson Orélien affronte la polémique sur l’IA en mode communication de crise
La Provence 1 article
La Montagne 1 article
Le Républicain Lorrain 1 article
Vosges Matin 1 article
JSL 1 article
Le Bien Public 1 article
La 1ère 1 article
Courrier International 3 articles
RFI 1 article
Le Temps 1 article
La Libre 2 articles
La Dernière Heure 3 articles
- Thélyson Orélien accusé d’avoir écrit son livre avec l’IA : voici qui a dénoncé l’écrivain
- Après les accusations concernant l'utilisation de l'IA, Thélyson Orélien est désormais soupçonné de plagiat
- Phénomène de la rentrée littéraire, "C’était ça ou mourir" de Thélyson Orélien fait aujourd'hui polémique: voici ce que nous avons pensé du livre