Yaktu

MOBILISATION DANS LES LYCÉES

Les blocages de lycées s’étendent à plusieurs villes françaises

Appelés par l’Union syndicale lycéenne à rejoindre la mobilisation du 29 septembre, les élèves dénoncent le manque de professeurs et la dégradation de leurs conditions d’étude. La journée a aussi été marquée par des affrontements, des dégradations et plusieurs blessés, sur fond d’accusations croisées entre le gouvernement et La France insoumise.

244 sources · 51 médias · 7 min

Le mouvement de blocage des lycées, parti d’Île-de-France autour du manque d’enseignants, des classes surchargées et de conditions d’étude dégradées, s’est étendu mardi 29 septembre à de nombreuses villes françaises. L’Union syndicale lycéenne, qui avait appelé à faire converger la mobilisation des élèves avec celle des agents de la fonction publique, revendique environ 400 établissements bloqués. Le ministère de l’Éducation nationale en recensait 338 touchés par des actions ou des perturbations, dont 45 encore bloqués en fin de journée.

La journée a été marquée par des affrontements et des dégradations devant plusieurs établissements. Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a finalement annoncé 440 interpellations, principalement de mineurs, dont environ les deux tiers ont donné lieu à des gardes à vue pour des faits de dégradations ou de violences contre des agents. Les bilans de blessés ont également évolué : après un décompte intermédiaire faisant état de dix blessés, un autre bilan mentionnait 31 blessés parmi les élèves et les personnels. Le ministre de l’Éducation nationale Édouard Geffray a, de son côté, évoqué au moins dix personnels blessés.

Les revendications portent sur le remplacement des professeurs absents, la baisse des effectifs par classe, des emplois du temps moins lourds, l’entretien des établissements et des moyens supplémentaires. Mais les violences autour de certains lycées, la réponse policière et le soutien de plusieurs élus de La France insoumise ont rapidement déplacé une partie du débat sur le terrain politique.

Dans les lycées, classes surchargées et professeurs absents au cœur des revendications

Devant les lycées mobilisés, les élèves décrivent une dégradation concrète de leurs conditions d’étude. À Montrouge, deux lycéennes évoquent des classes auxquelles il faut ajouter des tables et des chaises, des cours six jours sur sept, l’absence d’infirmière scolaire et un professeur de français non remplacé. À Menton, des élèves citent un emploi du temps mal organisé, un professeur encore absent, un bâtiment difficile à chauffer et des équipements insuffisants.

Les revendications portent aussi sur les suppressions d’heures, les options et les spécialités, l’orientation via Parcoursup, les conditions matérielles et la charge de travail. À Saint-Denis, des élèves du lycée Paul-Éluard disent manquer de professeurs et de moyens. À Aubervilliers et à Montreuil, ils associent ces difficultés à un sentiment de relégation par rapport aux établissements de la capitale.

Partie de la région parisienne la semaine précédente, la mobilisation a gagné Lille, Lyon, Bordeaux, Grenoble, Nice, Montpellier, Strasbourg, Toulouse, la Normandie et plusieurs villes du Centre et de l’Est. L’Union syndicale lycéenne a appelé à reconduire les blocages jeudi et à être reçue par le ministère de l’Éducation nationale.

À Saint-Ouen-l’Aumône, un lycéen blessé au visage par un tir policier

La réponse des forces de l’ordre est devenue l’un des points les plus sensibles de la mobilisation après la blessure d’un lycéen de 14 ans lors d’un blocage à Saint-Ouen-l’Aumône, dans le Val-d’Oise. Une vidéo montre un adolescent projeté au sol par le tir d’un lanceur de grenades lacrymogènes. Les éléments disponibles font état de dents cassées et d’une hospitalisation.

Le parquet de Pontoise a ouvert une enquête et l’IGPN a été saisie. Des enseignants présents sur place se sont dits profondément choqués. Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, a qualifié l’épisode de violence policière et demandé des sanctions. Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a, lui, défendu une réponse « extrêmement proportionnée » des forces de l’ordre.

D’autres incidents ont été signalés à Saint-Denis, Lille, Reims, Lyon, Montpellier, dans les Alpes-Maritimes et dans plusieurs villes de province : jets de projectiles, tirs de gaz lacrymogène, feux de poubelles ou tirs de mortiers. À Aubervilliers, une proviseure a été légèrement blessée par un mortier d’artifice. Les autorités ont également fait état de policiers blessés et de saisies, notamment un pistolet à billes dans le Val-de-Marne et des engins pyrotechniques dans les Bouches-du-Rhône.

LFI soutient les lycéens et se heurte au gouvernement

La France insoumise s’est rendue sur plusieurs lieux de mobilisation, notamment à Saint-Denis, Argenteuil et Sainte-Geneviève-des-Bois. Jean-Luc Mélenchon a appelé les élus et les militants de son mouvement à « s’interposer » face à ce qu’il a qualifié de « sauvagerie policière ». Des députés ont défendu les revendications des élèves et promis, comme Antoine Léaument, l’abrogation de Parcoursup.

Le gouvernement accuse en retour LFI d’encourager l’extension des blocages. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a dénoncé une « surenchère irresponsable ». Valérie Pécresse, présidente de la région Île-de-France, a parlé de « pompiers pyromanes » et mis en cause la responsabilité politique de Bally Bagayoko, maire LFI de Saint-Denis. À droite, plusieurs élus ont décrit la mobilisation comme un « chaos » ou une instrumentalisation.

Les Insoumis rejettent cette lecture. Manuel Bompard affirme que le mouvement ne peut pas être résumé à quelques dégradations. Bally Bagayoko a déclaré que « la violence, à un moment donné, peut être légitime », tout en ajoutant qu’il valait mieux l’éviter. Le ministre de l’Intérieur lui a répondu que rien ne justifiait la violence. Les prises de position des adultes ont ainsi pris une place centrale dans une mobilisation portée initialement par des revendications scolaires.

En quelques jours, le centre de gravité du mouvement s’est déplacé. L’appel initial portait sur les professeurs, les classes et les bâtiments ; les interpellations, les accusations de violences et les affrontements entre responsables politiques occupent désormais une place comparable dans le récit public. Les revendications scolaires restent présentes, mais elles sont moins visibles dans le débat sur la réponse à apporter au mouvement.

Le Yak

À Saint-Denis, des images contradictoires alimentent la polémique sur une poubelle en feu

Une séquence filmée devant le lycée Bartholdi, à Saint-Denis, a déclenché une controverse autour de Bally Bagayoko. Dans une courte vidéo devenue virale, le maire apparaît à proximité d’une poubelle en feu, acclamé par des lycéens. Des comptes et des responsables politiques l’ont accusé d’avoir participé aux débordements, voire d’avoir allumé le feu.

Des images plus longues montrent toutefois l’élu éloignant la poubelle des grilles de l’établissement. Bally Bagayoko affirme avoir voulu empêcher les flammes d’endommager le portail et dément avoir allumé ou encouragé le feu. Des témoignages de lycéens recueillis sur place vont dans le même sens. La séquence a donné lieu à des attaques racistes contre le maire et les élèves sur les réseaux sociaux.

La controverse s’est prolongée le lendemain devant le lycée Paul-Éluard. Le maire y a renouvelé son soutien aux élèves, tandis que des responsables de droite l’ont accusé d’irresponsabilité. Le même jour, une équipe de BFMTV a été prise à partie par des lycéens à Saint-Denis. La chaîne a annoncé avoir porté plainte, et la ministre de la Culture a condamné cette agression au nom de la liberté de la presse.

En Île-de-France, les dégâts revendiqués atteignent près d’un million d’euros

Les dégâts matériels sont devenus un autre point de confrontation entre les autorités et les organisateurs du mouvement. Valérie Pécresse a d’abord chiffré à 200 000 euros les dégradations relevées dans une quinzaine de lycées, avant que la région Île-de-France n’évoque une facture proche d’un million d’euros depuis le début des blocages. Le bilan régional mentionne notamment une dizaine de portails d’entrée hors service ou à remplacer, ainsi que des incendies, des tags et des vitres brisées.

En Île-de-France, 75 établissements ont été perturbés mardi, dont 20 touchés par des affrontements, des violences ou des dégradations, selon la région. La présidente de région a accusé Bally Bagayoko d’avoir une responsabilité dans ces dégâts et menacé de lui en réclamer le coût. Le maire conteste cette mise en cause.

D’autres dommages ont été signalés ailleurs, notamment des abribus cassés dans le Nord-Pas-de-Calais et des feux de barricade dans plusieurs villes. À Bordeaux, un pompier intervenu sur un feu de chaussée a été grièvement brûlé après l’explosion d’un aérosol. Les organisations lycéennes soutiennent que ces incidents ne résument pas leur mouvement.

Médianalyse du Yak

Dans la couverture observée, les chiffres de la répression et des violences dominent nettement : 440 interpellations, des blessés, des mortiers, des feux et la saisine de l’IGPN apparaissent plus souvent au premier plan que les détails du quotidien scolaire. Les classes surchargées, les professeurs absents et l’état des établissements sont évoqués, mais moins présents dans les titres les plus visibles.

La séquence est fortement personnalisée autour de La France insoumise, de Jean-Luc Mélenchon, de Bally Bagayoko et de Valérie Pécresse. Deux cadrages coexistent : certains récits insistent sur l’autonomie des lycéens et la crise des moyens, d’autres sur la récupération politique et le maintien de l’ordre. La controverse sur la poubelle en feu illustre ce déplacement : une scène locale et une vidéo contestée ont reçu davantage de visibilité que les revendications précises des élèves.

Le vocabulaire varie selon les angles retenus. « Blocages », « colère » et « manque de moyens » décrivent la mobilisation et ses causes ; « violences urbaines », « casse » et « répression » organisent le récit de l’affrontement. Ces termes renvoient aux mêmes éléments, mais n’accordent pas le même poids aux conditions d’étude, aux dégradations et à la réponse policière.

Article généré par le Yak

LES SOURCES51 médias · 244 sources

Le Monde 5 articles

Le Figaro 9 articles

Libération 6 articles

Le Parisien 13 articles

Le Nouvel Obs 1 article

L’Humanité 16 articles

La Croix 5 articles

HuffPost France 3 articles

20 Minutes 2 articles

Actu.fr 8 articles

Franceinfo 19 articles

BFMTV 35 articles

France 24 3 articles

Euronews FR 2 articles

RMC 10 articles

TV5MONDE 5 articles

Public Sénat 2 articles

Ouest-France 1 article

La Dépêche du Midi 7 articles

Le Progrès 5 articles

Le Dauphiné Libéré 6 articles

Nice-Matin 10 articles

L’Est Républicain 5 articles

L’Indépendant 2 articles

Midi Libre 5 articles

La Provence 4 articles

La Montagne 8 articles

France Bleu 3 articles

DNA 1 article

Le Républicain Lorrain 5 articles

Vosges Matin 3 articles

L’Alsace 3 articles

JSL 3 articles

Le Bien Public 4 articles

La Nouvelle République 2 articles

Courrier International 1 article

Mediapart 2 articles

LaPresse 1 article

Le Devoir 1 article

Agence Anadolu 4 articles

The Guardian 1 article

Al Jazeera English 2 articles

Die Zeit 1 article

De Standaard 1 article

NRC 1 article

de Volkskrant 1 article

Helsingin Sanomat 1 article

Dawn 1 article

Basta! 1 article

Bondy Blog 1 article

Le JDD 3 articles

Suivre

Retrouvez Yaktu ailleurs

Retrouvez les publications et les rendez-vous de Yaktu.

Soutenir le projet Yaktu

Soutenir Yaktu

Votre contribution aide à financer le fonctionnement, le développement éditorial et les outils de médianalyse de Yaktu, sans aucune influence sur les contenus publiés.

Soutenir Yaktu

Yaktu Pro

Yaktu Pro

Construire une veille régulière autour d’un secteur, d’une organisation ou d’un enjeu précis, avec la méthode de médianalyse Yaktu adaptée à vos besoins.

Découvrir Yaktu Pro