ASSEMBLÉE NATIONALE
L’Assemblée adopte la proposition de loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles
Adopté en première lecture par 503 voix pour et aucune contre, avec 67 abstentions, le texte porté par huit groupes veut renforcer le repérage, la protection et l’accompagnement des victimes. Il doit encore être examiné par le Sénat et financé.
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L’Assemblée nationale a adopté mardi 13 octobre la proposition de loi dite « intégrale » contre les violences sexistes et sexuelles. Le texte a recueilli 503 voix pour et aucune contre, tandis que 67 députés se sont abstenus. Il avait été examiné pendant six jours, après plusieurs mois de débats et de mobilisation féministe.
Portée par huit groupes politiques, la proposition est née dans le sillage de la mobilisation suscitée par la mort de Lyhanna, une collégienne de 11 ans retrouvée morte et violée dans le Gers en juin. Le gouvernement s’était saisi du texte sous la pression des associations féministes. Son examen doit désormais se poursuivre au Sénat, avec un objectif d’adoption définitive affiché avant la présidentielle et une première discussion annoncée au début de 2027.
Inceste, enquête et juridictions spécialisées : les mesures adoptées par les députés
La proposition de loi entend agir à plusieurs étapes, de la détection des violences à l’accompagnement judiciaire. Les députés ont retenu la création d’une infraction spécifique pour l’inceste, des actes d’enquête obligatoires et la mise en place de juridictions spécialisées dans les violences sexistes et sexuelles.
Le texte prévoit aussi de sanctionner pénalement l’envoi d’images sexuelles non sollicitées, les « dick pics ». Une autre mesure accorde jusqu’à dix jours de congé rémunéré aux salariés victimes de violences sexuelles, sexistes ou intrafamiliales. Ce temps doit permettre d’effectuer des démarches judiciaires et administratives, comme porter plainte, rechercher un logement ou prendre rendez-vous avec un professionnel de santé. L’accès au congé repose sur un justificatif : récépissé de plainte, attestation sur l’honneur ou document établi par un professionnel de santé ou une association.
À l’école, l’entretien annuel prévu par la loi se heurte au choix d’un questionnaire
Le repérage des enfants victimes constitue l’un des points de tension de la mise en œuvre. La proposition de loi prévoit l’installation progressive d’un entretien annuel en milieu scolaire pour détecter les violences sexuelles. Le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, défend de son côté un formulaire.
Le questionnaire doit être distribué début novembre, de la grande section de maternelle jusqu’à la terminale. Il a été examiné par le Conseil d’État le 13 octobre, après avoir été débattu au Conseil supérieur de l’éducation le 1er octobre, où il n’a recueilli aucune voix favorable. Le débat porte donc à la fois sur l’outil utilisé auprès des élèves et sur la manière de transformer le principe de repérage en pratique scolaire.
Juridictions spécialisées : magistrats et avocats redoutent une justice rigidifiée
La création de juridictions spécialisées suscite des réserves dans le monde judiciaire. Des magistrats et des avocats dénoncent le risque d’une mécanisation et d’une rigidification de la justice, ainsi qu’une possible désorganisation des juridictions. À Châteauroux, le procureur David Marcat a pris position contre le projet lors de l’audience solennelle d’installation du tribunal.
La question de l’application dépasse l’organisation judiciaire. Le coût du texte a été estimé jusqu’à 4 milliards d’euros par an, tandis que les associations féministes réclament des moyens financiers suffisants. L’adoption parlementaire marque donc une étape politique, mais les mesures retenues devront encore trouver un cadre budgétaire et judiciaire pour entrer pleinement en vigueur.
Le vote règle le statut politique du texte, pas encore ses conditions d’application : le repérage scolaire reste discuté, l’organisation judiciaire est contestée et le financement n’est pas arrêté.
Les associations saluent le vote, mais dénoncent l’exclusion des femmes sans papiers
Les associations féministes ont salué l’adoption du texte comme une « avancée incroyable » et une « victoire d’étape historique ». Leur soutien reste toutefois accompagné de critiques précises. Elles pointent l’exclusion des femmes sans papiers et redoutent que l’absence de moyens ne réduise la portée concrète de la loi.
Le collectif NousToutes avait appelé les parlementaires à voter contre, jugeant le texte privé de mesures de prévention immédiates et efficaces. À l’Assemblée, La France insoumise s’est abstenue, tandis qu’aucun député n’a voté contre. Le résultat masque donc des désaccords persistants sur le contenu de la loi, la protection des femmes étrangères et les moyens nécessaires à son application.
Médianalyse du Yak
Dans la couverture observée, le chiffre du vote — 503 voix pour, aucune contre — et la mobilisation née après la mort de Lyhanna dominent nettement. Les témoignages personnels d’élus et les formules de victoire donnent aussi une forte visibilité à la dimension émotionnelle de la séquence. Les questions plus techniques, comme le coût pouvant atteindre 4 milliards d’euros par an, le choix entre entretien et questionnaire à l’école ou l’organisation des juridictions spécialisées, restent davantage traitées dans les articles de décryptage.
Deux cadrages coexistent : une avancée transpartisane saluée par les associations et les groupes politiques qui ont porté le texte, et une contestation de ses moyens, de la prévention et de la protection des femmes sans papiers. La reprise massive du vote sans voix contre tend à rapprocher ces positions, alors que l’abstention de La France insoumise et l’appel de NousToutes à voter contre signalent des désaccords persistants sur le contenu de la loi.
Article généré par le Yak
LES SOURCES30 médias · 45 sources
Le Monde 2 articles
Le Figaro 3 articles
- L’Assemblée nationale adopte à l’unanimité des votants la proposition de loi «intégrale» contre les violences sexistes et sexuelles
- Loi intégrale : l’État de droit secoué, la désorganisation judiciaire redoutée
- Questionnaire ou entretien ? Bras de fer sur le repérage des enfants victimes de violences sexuelles
Libération 2 articles
Le Parisien 2 articles
Le Nouvel Obs 1 article
L’Humanité 1 article
La Croix 2 articles
HuffPost France 2 articles
20 Minutes 1 article
Franceinfo 4 articles
- Loi intégrale sur les violences sexistes et sexuelles : ce qu'elle va changer
- Le collectif NousToutes appelle les parlementaires à voter contre la proposition de loi dite "intégrale" contre les violences sexuelles et sexistes
- Infraction sur l'inceste, juridictions spécialisées... Quelles sont les mesures retenues par l'Assemblée nationale dans la proposition de loi intégrale contre les violences sexuelles ?
- Infraction sur l'inceste, juridictions spécialisées… Quelles sont les mesures retenues par l'Assemblée nationale dans la proposition de loi intégrale contre les violences sexuelles ?