INDUSTRIE DANS LE MORBIHAN
À Caudan, la Fonderie de Bretagne liquidée faute de repreneur
Le tribunal de commerce de Lorient a prononcé la liquidation judiciaire du site, ouvrant la voie au licenciement économique de ses 244 salariés. Fondée par Renault en 1966, l’usine avait été vendue à Callista Private Equity en 2022, puis reprise par Europlasma en avril 2025.
21 sources · 17 médias · 4 min
Le tribunal de commerce de Lorient a prononcé jeudi 15 octobre la liquidation judiciaire de la Fonderie de Bretagne, faute d’offre ferme de reprise. La décision met fin à l’activité du site de Caudan et ouvre la voie au licenciement économique de ses 244 salariés.
Fondée par Renault en 1966, l’entreprise avait été vendue en 2022 au fonds allemand Callista Private Equity, puis reprise en avril 2025 par Europlasma. Placée en redressement judiciaire au début du mois de juillet après une cessation de paiement, elle n’a finalement trouvé aucun repreneur.
Après la liquidation, les salariés de Caudan se retrouvent une dernière fois
Près de 200 personnes, parmi lesquelles des salariés et des lycéens de la ville, se sont rassemblées près du tribunal de commerce de Lorient le jour de l’audience. Après l’annonce de la liquidation, les salariés ont rejoint le site de Caudan pour « se voir une dernière fois », selon le récit rapporté sur place.
Les notifications de licenciement doivent être adressées aux salariés dans les trois semaines suivant la décision. Le comité social et économique espère encore obtenir des indemnités supérieures au minimum légal. L’avocat du CSE, Franck Carpentier, a appelé Renault et l’État à contribuer au financement du plan de sauvegarde de l’emploi.
« Cela fait vingt ans que je suis là, au bureau d’études. J’ai fait mon apprentissage. Aujourd’hui c’est un membre de la famille que j’ai perdu », a déclaré le délégué CGT Éric Guyomard. Sébastien Grous, 49 ans, dont 27 passés dans l’usine, a indiqué qu’il envisageait de devenir éboueur.
Les reprises par Callista puis Europlasma n’ont pas relancé la fonderie
La liquidation intervient après une succession de changements de propriétaires sans redressement durable de l’activité. Renault a vendu la Fonderie de Bretagne en 2022 à Callista Private Equity, avant qu’Europlasma ne la reprenne un peu plus d’un an avant la liquidation.
Europlasma s’était engagé à investir 15 millions d’euros sur trois ans et à diversifier la production du site, notamment avec des corps creux destinés à des obus de mortier. Mais, selon la CGT, le groupe n’a pas versé l’intégralité des sommes promises. La production, interrompue après un incendie en janvier 2026, n’a pas réellement repris.
Le constructeur automobile est resté le principal client de la fonderie, représentant 95 % de son chiffre d’affaires en 2024, sans s’engager sur de futures commandes. Europlasma, qui détient aussi Valdunes et les Forges de Tarbes, a enregistré une perte nette de 35,6 millions d’euros en 2025. Ses dirigeants avaient été auditionnés par une commission d’enquête parlementaire consacrée à la prédation des capacités productives par les fonds spéculatifs.
Deux engagements annoncés n’ont pas débouché sur une reprise effective : Renault est resté le principal client sans garantir de commandes futures, tandis qu’Europlasma promettait 15 millions d’euros d’investissement alors que la production n’a pas réellement redémarré, selon la CGT. La liquidation intervient ainsi après une reprise formellement engagée, mais sans retour documenté à une activité industrielle effective.
La CGT met en cause Renault et l’État après la liquidation
À la sortie du tribunal, le délégué CGT Maël Le Goff a qualifié la liquidation de « drame humain et industriel inacceptable ». Il a mis en cause Renault, accusé d’avoir réduit la fonderie à la dépendance envers son principal client, ainsi que l’État, actionnaire de référence du constructeur.
La CGT reproche également à Renault d’avoir écarté d’autres clients historiques et privilégié une sous-traitance à bas coûts auprès de fournisseurs étrangers. Ces accusations relèvent de la position du syndicat et ne constituent pas une décision établissant une responsabilité juridique.
Le président de la région Bretagne, Loïg Chesnais-Girard, a décrit la liquidation comme « un coup très dur pour les salariés et leurs familles ». Il a promis que la priorité serait de les aider à retrouver des perspectives d’emploi. Jean-Luc Mélenchon a, de son côté, réclamé une nationalisation temporaire du site.
Médianalyse du Yak
Dans la couverture observée, le bilan humain domine nettement : les 244 salariés « sur le carreau », la colère syndicale, les larmes et le départ vers l’usine occupent une place centrale. Le vocabulaire du drame, du gâchis et de la colère revient fréquemment, tandis que les mécanismes industriels sont davantage développés dans les articles consacrés aux reprises successives, à la dépendance envers Renault et aux engagements d’Europlasma.
Deux cadrages coexistent. Les dépêches et de nombreux titres privilégient la décision du tribunal et ses conséquences immédiates. Des traitements plus analytiques, notamment ceux qui retracent l’histoire du site, déplacent l’attention vers la succession des propriétaires et les responsabilités contestées. La question des indemnités et de l’accompagnement des salariés constitue le prolongement concret le plus récurrent après l’annonce de la liquidation.
Article généré par le Yak
LES SOURCES17 médias · 21 sources
Le Monde 1 article
Le Figaro 1 article
Libération 1 article
Le Parisien 1 article
L’Humanité 2 articles
- « Le projet était de flinguer l’usine, ils ont réussi » : la Fonderie de Bretagne placée en liquidation judiciaire, 244 salariés sur le carreau
- « Nous sommes présents pour dire notre colère contre les responsables, Renault et l’État » : le tribunal de commerce doit prononcer la liquidation de la Fonderie de Bretagne
Franceinfo 3 articles
- La CGT de la Fonderie de Bretagne "en veut beaucoup à l'Etat" après la liquidation judiciaire de l'entreprise
- La Fonderie de Bretagne officiellement placée en liquidation judiciaire, 244 salariés licenciés
- Liquidation de la Fonderie de Bretagne : "On a besoin de tous les appuis" pour que "les salariés partent dans des conditions aussi dignes que possible", réclame l'avocat du CSE