ALBANIE
À Tirana, Edi Rama refuse de démissionner après six jours de violences
Des milliers de personnes réclament le départ du premier ministre albanais sur fond de colère contre la corruption, les frais universitaires et les conditions d’étude. Depuis mardi, les affrontements avec la police ont fait 272 blessés, selon le gouvernement.
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La contestation s’est poursuivie dimanche 18 octobre à Tirana pour le sixième jour consécutif. Des centaines de manifestants se sont rassemblés devant le ministère de l’Éducation pour réclamer la démission d’Edi Rama, au pouvoir depuis plusieurs années. La police a utilisé des canons à eau et des gaz lacrymogènes pour disperser la foule, et plusieurs manifestants ont été interpellés.
Le premier ministre a exclu toute démission dans une vidéo diffusée sur Facebook. Il a dénoncé des manifestations qu’il attribue à des « forces extérieures ». Le mouvement, nourri par les conditions d’étude dans les universités, le coût des inscriptions, la vie chère et la corruption, est passé de marches largement pacifiques à des affrontements quotidiens. Depuis mardi, 272 personnes ont été blessées, dont 169 policiers, selon le gouvernement.
Incendies et barricades : Tirana connaît sa nuit la plus violente
Les violences les plus importantes depuis le début du mouvement ont eu lieu samedi soir. Des manifestants ont lancé des pierres, des cocktails Molotov, des objets métalliques et des engins pyrotechniques en direction des forces de l’ordre. Des voitures et des poubelles ont été incendiées pour former des barricades.
Plusieurs bâtiments, dont un tribunal, des banques et un bureau de poste, ont été incendiés ou gravement endommagés. La police a tiré des balles en caoutchouc pour la première fois depuis le début de la mobilisation. Le ministère albanais de la Santé a fait état dimanche de 65 blessés, parmi lesquels 37 policiers, et de douze hospitalisations. Le lendemain, les autorités municipales faisaient retirer des pavés des rues de la capitale, tandis que des commerces protégeaient leurs vitrines avec des volets métalliques.
Des marches pacifiques à la mobilisation étudiante contre Rama
La crise actuelle prolonge un mouvement lancé plusieurs mois plus tôt. Les marches, initialement organisées contre un projet de complexe hôtelier controversé lié à la famille de Donald Trump, ont progressivement élargi la contestation au pouvoir.
Depuis le 13 octobre, des milliers de jeunes affrontent quotidiennement la police à Tirana. L’entrée en scène des étudiants a donné une nouvelle ampleur à la mobilisation : ils dénoncent les conditions d’étude, les frais d’inscription élevés et le manque de perspectives économiques. Le mouvement anticorruption, connu sous le nom de « flamants roses », réclame désormais directement le départ du premier ministre.
Le changement de forme de la mobilisation ne modifie pas son exigence centrale : après plusieurs mois de marches pacifiques, l’arrivée des étudiants a élargi la contestation, tandis que les affrontements ont déplacé l’attention vers le maintien de l’ordre. Rama refuse toutefois de répondre à cette évolution par une démission et l’attribue à des interventions extérieures.
Rama accuse des forces extérieures, Washington et Bruxelles appellent au calme
Edi Rama a répondu à la contestation en mettant en cause des influences venues de l’extérieur, sans préciser leur nature. Dans une déclaration vidéo de plus d’une heure, il a rejeté les appels à sa démission.
Les réactions internationales ont surtout porté sur les violences. L’ambassade des États-Unis à Tirana a appelé au « calme » et à la « retenue des deux côtés », tout en rappelant le droit de manifester pacifiquement. La Commission européenne a condamné l’usage de la violence dans les manifestations. Le premier ministre a par ailleurs annulé une visite à Vienne, selon un média autrichien.
Médianalyse du Yak
Dans la couverture observée, les affrontements et leurs images occupent nettement le premier plan : incendies, barricades, gaz lacrymogènes, canons à eau et bilan des blessés. Les revendications sur l’université, la corruption et les perspectives économiques restent présentes, mais servent davantage de contexte à une séquence devenue principalement sécuritaire.
Le traitement est fortement personnalisé autour d’Edi Rama. Les titres insistent sur son refus de démissionner et sur ses accusations contre des forces extérieures, tandis que d’autres publications privilégient la mobilisation étudiante et les dommages infligés aux bâtiments publics. Deux cadrages coexistent : une crise politique incarnée par le premier ministre et une mobilisation sociale dont les revendications dépassent sa seule personne.
Article généré par le Yak