ÉDUCATION ET MOBILISATION
Face à la mobilisation, le gouvernement ouvre cinq chantiers
Depuis septembre, lycéens et étudiants réclament des réponses sur la précarité, les moyens de l’éducation, les conditions d’étude et Parcoursup. Après les violences du 17 octobre, l’exécutif veut rétablir l’ordre tout en lançant des concertations rapides.
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La mobilisation des lycéens et des étudiants se poursuit autour de revendications qui touchent à la fois leur niveau de vie, leur avenir et leurs conditions d’étude. Les organisations demandent davantage de moyens pour l’éducation, des réponses sur les effectifs et les remplacements, ainsi qu’une remise en cause de Parcoursup. Des blocages ont été organisés dans des lycées, des universités et certains établissements d’enseignement supérieur. Plusieurs manifestations ont aussi été interdites ou encadrées dans différentes villes.
La séquence a changé de dimension après les violences et les dégradations survenues en marge de la mobilisation du 17 octobre. Des couvre-feux localisés ont été reconduits et plusieurs rassemblements étudiants ont été interdits, les autorités invoquant le risque de débordements et l’insuffisance des dispositifs de sécurité. Le gouvernement tente désormais de répondre sur les deux fronts : le maintien de l’ordre et les revendications. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé l’ouverture de cinq chantiers. Le ministère de l’Éducation nationale a également prévu une réunion avec les représentants de la communauté éducative sur les effectifs, les remplacements et Parcoursup.
À Bobigny, des enseignants et des avocats dénoncent la détention de lycéens
Au tribunal de Bobigny, une centaine d’avocats, d’enseignants et d’élus se sont réunis le 21 octobre pour dénoncer les conditions de détention d’adolescents interpellés après le 17 octobre. Un rapport du conseil de l’Ordre du barreau de Seine-Saint-Denis fait état de plusieurs dysfonctionnements.
Des parents et des élèves ont également participé au rassemblement, qui visait des mesures jugées disproportionnées par les personnels du lycée Paul-Eluard de Saint-Denis. Les participants ont qualifié les conditions de détention d’« abominables ». La contestation ne porte donc plus seulement sur les revendications scolaires : elle vise aussi la réponse judiciaire et policière apportée aux jeunes mobilisés.
Parcoursup ouvre la première concertation annoncée par le gouvernement
Le ministère de l’Enseignement supérieur a lancé une concertation sur l’amélioration de Parcoursup avec les organisations lycéennes, le ministre Philippe Baptiste et le président du comité éthique et scientifique de la plateforme, Gilles Roussel. Le gouvernement a annoncé des propositions d’amélioration avant la fin du mois d’octobre.
La suppression de Parcoursup figure parmi les revendications majeures du mouvement, mais plusieurs chercheurs défendent une réforme plutôt qu’une disparition de l’outil. Un collectif estime que les candidats étaient déjà confrontés, avant la plateforme, à des refus fondés sur des critères arbitraires ou sur une sélection masquée. La démographe Armelle Andro propose de supprimer l’algorithme de classement plutôt que la plateforme elle-même, notamment en introduisant une hiérarchisation des vœux. De son côté, le ministère écarte une réforme du baccalauréat à six mois de l’élection présidentielle et concentre ses annonces immédiates sur des « améliorations » de Parcoursup.
Le gouvernement répond à une revendication de suppression par une concertation sur l’amélioration de l’outil. Le désaccord porte donc aussi sur l’ampleur de la transformation envisagée, et pas seulement sur le fonctionnement de Parcoursup.
Dans les universités bloquées, des étudiants organisent des cours publics
À l’École normale supérieure de la rue d’Ulm, le blocage s’est prolongé par une « université populaire » organisée par les étudiants. Des conférences portent sur la dette, la ville utopique au cinéma, la pensée d’Étienne Balibar ou encore le fonctionnement de la communication présidentielle. À Paris Cité, des cours sont également organisés sous des bâches devant un bâtiment fermé.
Les étudiants présentent ces réunions comme une manière de continuer à apprendre et de donner un contenu au mouvement. L’organisation se veut horizontale et ouverte, mais la direction de l’ENS demande que les activités respectent le cadre de l’établissement afin de permettre sa réouverture. Dans d’autres universités, les cours sont annulés ou proposés à distance, avec des conditions variables selon les enseignants. Depuis le début du mouvement, des étudiantes expliquent n’avoir suivi que trois semaines de cours.
En Grèce, plus de 10 000 jeunes et enseignants manifestent « comme en France »
Plus de 10 000 étudiants, élèves, enseignants et fonctionnaires ont manifesté le 21 octobre à Athènes, Thessalonique et Patras. Les cortèges ont repris le parallèle avec la France et réclamé une éducation publique et gratuite, des moyens supplémentaires et des salaires plus élevés.
Les revendications grecques portent sur la pénurie de personnel, le coût du logement et des études ainsi que l’état des bâtiments scolaires. L’union des professeurs du secondaire estime à 15 000 le nombre d’enseignants manquants dans les écoles. Des étudiants ont installé des tentes à Athènes et à Thessalonique. En 2023, la Grèce consacrait 3,3 % de son PIB à l’éducation, contre 4,7 % en moyenne dans l’Union européenne, selon Eurostat. Des mobilisations étudiantes ont aussi été signalées en Allemagne, où les manifestants dénoncent les bâtiments scolaires dégradés et s’opposent à une loi récente sur le service militaire.
À Mayotte et en Guyane, les collectifs demandent où iront les 3 000 professeurs annoncés
Les revendications ne se limitent pas aux mobilisations visibles dans les grandes villes. À Mayotte et en Guyane, un collectif d’associations étudiantes et citoyennes demande à savoir si les lycéens bénéficieront d’une partie des 3 000 professeurs annoncés par le ministre de l’Éducation nationale. Le collectif estime que ces territoires ont été parmi les premiers à se mobiliser et les derniers à être entendus.
Les chefs d’établissement alertent eux aussi sur une situation devenue difficile à tenir. Auditionnés par la commission de la culture du Sénat, leurs syndicats ont évoqué des mois d’alertes restées sans réponse et prévenu que les personnels de direction ne pourraient pas supporter une nouvelle séquence comparable. France Universités réclame de son côté un effort d’un milliard d’euros et alerte sur les difficultés financières de plusieurs établissements publics ainsi que sur la dégradation des conditions d’étude et de travail.
Médianalyse du Yak
Dans la couverture observée, les violences, les dégradations et les interdictions de manifestations prennent souvent le dessus sur les revendications scolaires. Les effectifs, les remplacements, le financement des universités et les situations ultramarines apparaissent davantage dans des articles spécialisés ou des tribunes que dans les récits les plus visibles de la séquence.
Deux cadrages coexistent. Les publications centrées sur l’ordre public suivent les couvre-feux, les interdictions et les interpellations ; d’autres donnent davantage de place à Parcoursup, à la précarité et aux conditions concrètes d’étude. La circulation internationale du mouvement élargit l’angle en reliant la mobilisation française aux difficultés de l’éducation publique et au coût de la vie en Grèce et en Allemagne.
La séquence est fortement personnalisée autour des réponses de l’exécutif : les déclarations d’Emmanuel Macron, de Sébastien Lecornu et des ministres occupent une place importante. Cette visibilité laisse moins de place, dans une partie de la couverture, aux personnels de direction, aux enseignants et aux organisations locales.
Article généré par le Yak
LES SOURCES22 médias · 47 sources
Le Monde 5 articles
- En Grèce, la jeunesse veut suivre l’exemple français en se mobilisant contre sa précarité et l’état dégradé de l’enseignement public
- Mouvement lycéen : « La différence entre Mai 68 et octobre 2026, c’est que le fond de l’air était rouge, tandis qu’aujourd’hui il est brun »
- « Les lycéens d’outre-mer ont été les premiers à se lever, et les derniers à être entendus »
- « Avant Parcoursup, des candidats étaient pareillement refoulés, mais sur des bases arbitraires ou par une sélection masquée »
- « C’est l’algorithme de Parcoursup qu’il faut abroger, et non la plateforme elle-même »
Le Figaro 3 articles
- Mobilisation lycéenne : le ministère de l’Enseignement supérieur lance une concertation flash sur Parcoursup
- Mouvement lycéen et étudiant : le préfet du Rhône interdit une manifestation à Lyon prévue jeudi
- « Ça n’avait pas de sens de bloquer un musée » : après le mouvement étudiant, le Louvre rouvre ses portes aux visiteurs
Libération 4 articles
- «On est en train de traumatiser des gamins» : à Bobigny, des lycéens interpellés après le 17 octobre détenus dans des conditions «abominables»
- «Nous ne voyons devant nous qu’un avenir sombre» : en Grèce, les jeunes manifestent aussi pour défendre l’école publique
- A Marseille, au comptoir, on ne parle pas politique, on essuie les yeux des lycéens en larmes, par Esther Teillard
- Bâtiments vétustes et possible retour de la conscription : en Allemagne aussi, la colère des lycéens s’organise
Le Parisien 1 article
Le Nouvel Obs 2 articles
L’Humanité 4 articles
- « C’est au-delà de l’indignité humaine » : au pied du tribunal de Bobigny, un rassemblement en soutien aux lycéens déférés
- Le syndicat des soignants apporte son soutien aux lycéens et réclame le retrait des armes mutilantes
- La préfecture de police de Paris interdit la manifestation étudiante de jeudi
- Sébastien Lecornu annonce l’ouverture de « cinq chantiers » pour répondre aux demandes des lycéens
Actu.fr 1 article
Franceinfo 4 articles
- Mobilisation lycéenne : "On a l'impression qu'ils se moquent tous de nous, qu'ils nous méprisent", lance le président de l'organisation Les Lycéens !
- "Une première série de décisions" : le ministre de l'Education nationale annonce une réunion lundi pour présenter des mesures afin de répondre à la mobilisation lycéenne
- "Les inquiétudes de la jeunesse sont légitimes", reconnait Emmanuel Macron
- Avec les blocus lycéens, les professeurs tentent de rattraper le retard accumulé pendant les vacances scolaires sans "être certains que tout le monde parvienne à suivre"
BFMTV 7 articles
- Sébastien Lecornu assure apporter des réponses aux lycéens "sans bla-bla"
- Emmanuel Macron estime que les inquiétudes de la jeunesse sont "légitimes"
- Manifestations lycéennes: "Les lycéens attendent pas 10 milliards, ils attendent d'abord des mesures", clame Arthur Delaporte, député PS du Calvados
- Parcoursup: "Je ne suis pas pour supprimer, mais réformer", explique Natacha Polony
- Parcoursup: "Je ne suis pas pour supprimer, mais réformer", explique Natacha Polony, candidate "Nous sommes la France" à l'élection présidentielle
- Emmanuel Macron estime que les inquiétudes de la jeunesse sont "légitimes" et qu'il faut les "entendre"
- Smic, Parcoursup, services publics: les trois exigences de Sophie Binet qui appelle le Premier ministre à "sortir de son bunker" et à écouter les revendications des jeunes