Yaktu

PRÉSIDENTIELLE BRÉSILIENNE

Lula renverse Flávio Bolsonaro et remporte un quatrième mandat

Donné perdant après le premier tour, le président sortant a remporté le second avec 51,79 % des voix contre 48,21 %. Son adversaire a d’abord refusé de reconnaître le résultat, tandis que Lula s’apprête à gouverner avec un Congrès dominé par la droite.

521 sources · 99 médias · 7 min

Luiz Inácio Lula da Silva a été réélu président du Brésil dimanche 25 octobre, avec 51,79 % des suffrages contre 48,21 % à Flávio Bolsonaro. Près de 4,4 millions de voix séparent les deux candidats. Depuis le retour du suffrage universel direct après la dictature militaire, jamais un candidat arrivé derrière au premier tour n’avait remporté le second.

La victoire était d’autant moins attendue que Flávio Bolsonaro, fils de l’ancien président Jair Bolsonaro, était arrivé en tête au premier tour et restait légèrement favori dans les derniers sondages. Lula a inversé le rapport de force en trois semaines, dans un scrutin marqué par une forte mobilisation électorale, des problèmes de transport et de fortes pluies. Il prendra ses fonctions en janvier 2027 pour un quatrième mandat non consécutif.

Cette victoire ne met pas fin au rapport de force qui divise le pays. Flávio Bolsonaro a d’abord déclaré qu’il ne reconnaissait pas les résultats et qu’il demanderait l’annulation du scrutin, avant que son parti ne reconnaisse la proclamation du Tribunal supérieur électoral. Lula devra aussi composer avec un Congrès où le Parti libéral dispose de 121 députés sur 513 et de 28 sénateurs sur 81. Les finances publiques et la pression de la droite limiteront ses marges de manœuvre.

Lula transforme sa campagne numérique en mobilisation électorale

Après son retard du premier tour, le camp de Lula a changé de méthode. La gauche a intensifié sa présence sur les réseaux sociaux et s’est appuyée sur une mobilisation de jeunes et d’étudiants dans les rues. Une chaîne WhatsApp baptisée « l’Armée de Lula » a réuni près de onze millions de membres, tandis que le député André Janones a joué un rôle important dans la campagne numérique.

Le président sortant, qui reconnaissait une campagne du premier tour particulièrement désorganisée, s’est lui-même rapproché de cet univers en se présentant comme le « roi du selfie ». Cette offensive a cherché à transformer l’activité en ligne en mobilisation électorale. Les partisans de Lula ont notamment repris le mot d’ordre « Plus jamais Bolsonaro », en présentant le scrutin comme un choix de protection de la démocratie et des droits sociaux.

La participation a également progressé entre les deux tours : le taux d’abstention est passé de 21 % à 19 %. La campagne a multiplié les mesures en direction des catégories populaires, avec la revalorisation et l’anticipation du versement de la Bolsa Familia, l’annulation annoncée de dettes de microentrepreneurs et des promesses sur les transports. L’opposition a dénoncé une utilisation électorale de ces aides, ce que Lula a contesté.

Flávio Bolsonaro conteste le vote, puis renonce à demander son annulation

Au soir de sa défaite, Flávio Bolsonaro a dénoncé une « magouille » et déclaré qu’il était « impossible de reconnaître les résultats ». Il a concentré ses accusations sur la décision de prolonger de deux heures le vote, après des signalements de bus retirés de la circulation dans plusieurs villes. La campagne de Lula avait saisi la justice électorale pour permettre à des électeurs de rejoindre les bureaux de vote ; le camp Bolsonaro avait lui aussi demandé une prolongation dans certaines régions touchées par de fortes pluies.

Le Tribunal supérieur électoral a affirmé que cette mesure n’avait pas modifié la totalisation des suffrages. L’autorité électorale a également démenti l’affirmation selon laquelle des contrôleurs du Parti libéral auraient été retirés d’une salle sécurisée pendant le dépouillement. Le président du tribunal, Kassio Nunes Marques, a qualifié le scrutin de réussi.

Le Parti libéral a finalement reconnu le résultat proclamé par le Tribunal supérieur électoral, tout en demandant des éclaircissements sur les aides sociales approuvées pendant la campagne. Flávio Bolsonaro a abandonné sa demande d’annulation du scrutin, mais a annoncé vouloir contester la candidature de Lula pour abus de pouvoir économique et politique. Il a aussi reçu l’ordre de remettre ses passeports aux autorités et l’interdiction de quitter le pays, dans le cadre d’une procédure judiciaire distincte.

La Bourse brésilienne termine en baisse de près de 14 % après la victoire de Lula

Les marchés ont réagi brutalement à la réélection de Lula. L’indice Ibovespa a perdu près de 17 % à l’ouverture, entraînant une suspension des échanges pendant trente minutes. Le dollar a progressé jusqu’à 12 % face au réal, qui a atteint 5,60 réais pour un dollar. La Bourse a terminé la séance en baisse de près de 14 %.

Les investisseurs avaient anticipé une victoire de Flávio Bolsonaro, considéré comme plus favorable à la discipline budgétaire. La réaction sanctionne surtout l’incertitude sur la politique économique du prochain mandat : Lula a promis davantage de dépenses pour les programmes sociaux et les ménages modestes, alors que la dette publique dépasse 80 % du produit intérieur brut et que le déficit approche 8 % du PIB.

Le président élu devra arbitrer entre ses engagements sociaux et la demande de rigueur des marchés. Des économistes prévoient des mesures budgétaires difficiles à prendre, tandis que les négociations avec un Congrès conservateur pourraient encore accroître le coût politique et financier de ces choix. Le gouvernement devra aussi composer avec une croissance attendue plus faible, une inflation et des taux d’intérêt élevés.

Le Parti libéral sera la première force du Congrès face à Lula

La victoire présidentielle ne donne pas à Lula une majorité parlementaire. Le Parti libéral de Flávio Bolsonaro sera la première force politique avec 121 députés sur 513 et 28 sénateurs sur 81. Le Parti des travailleurs et ses alliés disposent d’un poids comparable à la Chambre des députés, mais seulement de 15 sénateurs. Aucun camp ne peut gouverner seul.

Le président devra rechercher des accords avec le Centrão, un ensemble de partis de centre droit qui représente environ un tiers des députés. Ces formations négocient habituellement leur soutien contre des postes dans l’administration ou des crédits destinés à leurs territoires. Le Parlement contrôle désormais une part croissante du budget, ce qui renforce son autonomie à l’égard de l’exécutif.

Cette configuration pèsera sur les promesses de campagne de Lula, dont plusieurs nécessitent un vote du Congrès ou des crédits budgétaires. Les programmes sociaux, la réduction du coût de la vie, la réforme du travail et les mesures annoncées dans les transports entreront en concurrence avec la nécessité de réduire les déficits. L’insécurité, devenue la principale préoccupation des Brésiliens selon les sondages cités, constituera un autre test pour un président accusé de manquer de fermeté par ses adversaires.

Lula a remporté la fonction présidentielle, mais pas le rapport de force institutionnel. Le vote lui donne quatre années supplémentaires au pouvoir ; les élections législatives l’obligent à négocier avec une droite renforcée, tandis que la chute des marchés signale la contrainte économique qui pèsera sur ces négociations.

Le Yak

Trump conteste la victoire de Lula, tandis que les autres capitales la reconnaissent

Les félicitations internationales ont afflué après la proclamation des résultats. Ursula von der Leyen a estimé que « la démocratie et le multilatéralisme ont gagné au Brésil », tandis qu’Emmanuel Macron a appelé à renforcer le partenariat entre les deux pays. Le premier ministre espagnol Pedro Sánchez a parlé du début de la « remontée du progressisme mondial ».

Lula a également reçu les messages de dirigeants de gauche comme Claudia Sheinbaum au Mexique, Miguel Díaz-Canel à Cuba et les autorités vénézuéliennes. Des présidents de droite du Chili, du Pérou et de l’Équateur ont eux aussi reconnu le résultat et affirmé vouloir poursuivre leur coopération avec Brasilia. La Chine, l’Inde et la Russie ont annoncé leur volonté de maintenir ou de développer leurs relations avec le Brésil.

Donald Trump a été l’exception la plus visible. Après avoir soutenu Flávio Bolsonaro, le président américain a qualifié le scrutin de « truqué », « corrompu » et « lamentable », sans présenter de preuve. La victoire de Lula maintient le Brésil parmi les principaux contrepoids à Washington dans une Amérique latine où plusieurs pays ont récemment basculé à droite. Elle pourrait aussi renforcer le rôle de Brasilia sur le climat, l’Amazonie, le commerce et les relations entre les États-Unis et la Chine.

Médianalyse du Yak

Dans la couverture observée, la « remontada » de Lula domine nettement : le quatrième mandat, la défaite au premier tour et le renversement des pronostics structurent une grande partie des récits. La personnalisation autour de Lula et de la famille Bolsonaro rend la séquence immédiatement lisible, mais laisse souvent au second plan la mécanique parlementaire qui déterminera pourtant la capacité du président à appliquer son programme.

Deux cadrages internationaux coexistent. Une partie des publications présente le résultat comme un coup d’arrêt à la progression de l’extrême droite et comme un revers pour Donald Trump ; d’autres insistent davantage sur la continuité des intérêts commerciaux et diplomatiques avec des gouvernements de droite. Dans les publications économiques, la victoire est surtout lue à travers la chute de la Bourse, du réal et les inquiétudes budgétaires, ce qui déplace l’attention de la portée symbolique du scrutin vers le coût concret du prochain mandat.

La contestation du résultat bénéficie d’une forte visibilité en raison de la prolongation du vote et des accusations de Flávio Bolsonaro. Le traitement distingue toutefois généralement la polémique sur l’organisation de la journée électorale de la question d’une fraude établie : les démentis du Tribunal supérieur électoral et la reconnaissance du résultat par le Parti libéral occupent une place importante dans les développements consacrés à cette séquence.

Article généré par le Yak

LES SOURCES99 médias · 521 sources

Le Monde 11 articles

Le Figaro 5 articles

Libération 9 articles

Le Parisien 5 articles

Le Nouvel Obs 4 articles

Le Point 1 article

L’Express 2 articles

L’Humanité 6 articles

La Croix 3 articles

HuffPost France 3 articles

20 Minutes 3 articles

Actu.fr 1 article

Franceinfo 12 articles

BFMTV 1 article

BFM 4 articles

France 24 14 articles

Euronews FR 5 articles

RMC 1 article

TV5MONDE 10 articles

Public Sénat 1 article

Ouest-France 2 articles

La Dépêche du Midi 2 articles

Le Progrès 1 article

Le Dauphiné Libéré 1 article

Nice-Matin 1 article

L’Est Républicain 2 articles

Midi Libre 2 articles

La Montagne 2 articles

DNA 1 article

Le Républicain Lorrain 1 article

Vosges Matin 1 article

L’Alsace 2 articles

JSL 2 articles

Le Bien Public 2 articles

La Nouvelle République 1 article

La 1ère 1 article

Courrier International 4 articles

RFI 3 articles

Mediapart 3 articles

Le Temps 3 articles

La Libre 6 articles

La Dernière Heure 1 article

RTS 3 articles

Radio-Canada 5 articles

LaPresse 2 articles

Le Devoir 2 articles

Agence Anadolu 4 articles

BBC News 4 articles

The Guardian 9 articles

Financial Times 6 articles

The New York Times 4 articles

NPR 1 article

CBC News 1 article

The Globe and Mail 2 articles

Al Jazeera English 12 articles

South China Morning Post 4 articles

The Hindu 4 articles

Folha de S.Paulo 131 articles

La Nación Argentina 39 articles

Daily Maverick 2 articles

El País 8 articles

La Vanguardia 13 articles

Público 3 articles

Die Zeit 1 article

Frankfurter Allgemeine Zeitung 7 articles

La Repubblica 5 articles

De Standaard 5 articles

De Tijd 4 articles

NRC 1 article

de Volkskrant 2 articles

The Irish Times 5 articles

Neue Zürcher Zeitung 2 articles

Der Standard 5 articles

Dagens Nyheter 4 articles

Aftenposten 1 article

Helsingin Sanomat 2 articles

Gazeta Wyborcza 4 articles

Hospodářské noviny 1 article

Telex 5 articles

Adevărul 2 articles

The Kyiv Independent 1 article

EUobserver 1 article

Vanguardia 5 articles

El Tiempo 13 articles

La Tercera 24 articles

Premium Times 1 article

The National 1 article

The Times of Israel 1 article

The Korea Herald 1 article

Dawn 2 articles

The Conversation France 1 article

Reporterre 1 article

La Relève et la Peste 1 article

Off Investigation 1 article

Causeur 1 article

Conflits 2 articles

Le JDD 2 articles

Climate Home News 1 article

Mongabay 1 article

Suivre

Retrouvez Yaktu ailleurs

Retrouvez les publications et les rendez-vous de Yaktu.

Soutenir le projet Yaktu

Soutenir Yaktu

Votre contribution aide à financer le fonctionnement, le développement éditorial et les outils de médianalyse de Yaktu, sans aucune influence sur les contenus publiés.

Soutenir Yaktu

Yaktu Pro

Yaktu Pro

Construire une veille régulière autour d’un secteur, d’une organisation ou d’un enjeu précis, avec la méthode de médianalyse Yaktu adaptée à vos besoins.

Découvrir Yaktu Pro