Yaktu

VIOLENCES ET RÉPONSE POLITIQUE

Le 17 octobre, 2 488 commerces touchés par les pillages et les dégradations

Le bilan de CCI France recense 1 161 commerces fortement dégradés, pillés, saccagés ou incendiés. Le gouvernement a annoncé des aides pouvant atteindre 10 000 euros et défend au Sénat le projet de loi « casseurs-payeurs », tandis que des enquêtes portent sur des blessures et des interventions policières du 24 octobre.

137 sources · 36 médias · 7 min

Les mobilisations des 17 et 24 octobre ont lourdement affecté les commerces. CCI France recense 2 488 établissements touchés le 17 octobre et 50 le 24 octobre, soit plus de 2 500 au total. Parmi eux, 1 161 ont été fortement dégradés par des pillages, des saccages ou des incendies. Dans les centres-villes, le chiffre d’affaires a chuté de 80 % les samedis de manifestation, selon le réseau des chambres de commerce.

Le gouvernement a annoncé un fonds de soutien pouvant atteindre 10 000 euros pour les entreprises de moins de 50 salariés réalisant moins de 10 millions d’euros de chiffre d’affaires. Il a aussi renforcé le projet de loi « casseurs-payeurs », examiné au Sénat à partir du 27 octobre. Le texte élargit la responsabilité financière aux personnes ayant sciemment participé à un groupement à l’origine de dégradations, même lorsqu’elles n’en sont pas les auteurs directs. Le Sénat a adopté un nouveau régime de responsabilité civile solidaire pour les participants à une manifestation violente, avant la poursuite de la procédure parlementaire.

La séquence comprend aussi plusieurs enquêtes sur les violences et les interventions policières. À Paris, la famille d’un manifestant de 59 ans mort le 17 octobre a porté plainte contre les forces de l’ordre après une autopsie concluant à une défaillance cardiorespiratoire aiguë. Le 24 octobre, des enquêtes ont été ouvertes après des blessures attribuées à des projectiles policiers, notamment à Lyon, Toulouse, Rouen et Clermont-Ferrand, ainsi qu’après des agressions imputées à des militants d’ultradroite.

Les commerces cumulent dégâts matériels et pertes de chiffre d’affaires avant les fêtes

Les dégradations ne constituent qu’une partie de la facture. CCI France estime que les commerces de centre-ville ont perdu 80 % de leur chiffre d’affaires les samedis de manifestation, alors que novembre et décembre représentent environ 40 % du chiffre d’affaires annuel des commerces de proximité.

Marseille et sa métropole figurent parmi les zones les plus touchées, avec 527 commerces concernés, dont 331 sinistrés et 128 intégralement pillés selon le bilan présenté par la chambre de commerce locale. Dans la région Lyon-Saint-Étienne-Roanne, 307 commerces ont été dégradés. Une quarantaine d’agents de sécurité privés ont été mobilisés autour de certains établissements le 17 octobre, la chambre de commerce affirmant qu’une vingtaine de commerces avaient ainsi pu être « sauvés ».

Le gouvernement a annoncé des aides directes allant jusqu’à 10 000 euros pour les petites entreprises les plus touchées, auxquelles doivent s’ajouter un prêt à taux zéro de Bpifrance et des mesures de chômage partiel. À Marseille, un fonds d’urgence local a recueilli 12 millions d’euros. Les représentants des commerçants alertent aussi sur l’épuisement des professionnels, dont certains ont déjà traversé les crises des gilets jaunes, du Covid-19, de l’inflation et des émeutes de 2023.

Le bilan des dégradations du 24 octobre est nettement inférieur à celui du 17 octobre, mais les pertes commerciales se prolongent : la baisse de fréquentation et de chiffre d’affaires ne dépend pas seulement du nombre de vitrines détruites.

Le Yak

À Rouen, Lyon et Clermont-Ferrand, des interventions policières du 24 octobre sont examinées par la justice

À Rouen, une enquête judiciaire a été ouverte après la diffusion d’une vidéo montrant une grenade lancée par un policier aux pieds d’un enfant de 5 ans. La famille, qui rentrait d’une promenade et ne participait pas au rassemblement, se trouvait avec deux autres enfants. Le maire Nicolas Mayer-Rossignol a saisi la justice et la mère a porté plainte contre X.

À Lyon, le parquet a confié à l’IGPN une enquête sur les blessures d’un homme de 43 ans touché au thorax alors qu’il allait acheter à manger près de la manifestation. Les éléments disponibles indiquent qu’un projectile a atteint son poumon. À Toulouse, un manifestant de 20 ans ayant eu deux doigts arrachés a également porté plainte. À Clermont-Ferrand, l’IGPN a été saisie après qu’une grenade a blessé deux personnes.

La journée a aussi été marquée par des violences attribuées à des groupes d’ultradroite dans plusieurs villes. À Nice, dix hommes présentés comme susceptibles d’appartenir à cette mouvance ont été placés sous contrôle judiciaire avant un procès reporté au 26 novembre. À Rouen, Montpellier et dans d’autres villes, plusieurs enquêtes portent sur des agressions filmées ou signalées en marge des cortèges.

Le Sénat adopte une responsabilité civile solidaire pour les participants à une manifestation violente

Le texte examiné au Sénat prévoit de permettre aux pouvoirs publics de réclamer des dommages et intérêts aux personnes ayant « sciemment participé » à un groupement formé en vue de commettre des dégradations. La responsabilité civile pourrait donc concerner des participants qui n’ont pas eux-mêmes cassé ou pillé, mais qui sont restés dans un attroupement violent. Le projet prévoit également la saisie de prestations sociales dans certaines situations.

Le gouvernement a durci le dispositif après les violences du 17 octobre et souhaite y ajouter une procédure d’urgence visant les contenus en ligne appelant à l’insurrection, à l’armement contre l’État, aux violences ou aux pillages. Les plateformes seraient contraintes de retirer certains contenus dans des délais très courts, sous peine de blocage ou de déréférencement. Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a assuré qu’il n’était pas question d’interdire les réseaux sociaux.

La gauche dénonce une atteinte au droit de manifester. Des juristes interrogés dans plusieurs médias estiment que le texte risque d’inverser la charge de la preuve, de multiplier les contentieux et de créer une responsabilité collective difficilement compatible avec le droit existant. Le Sénat a adopté le nouveau régime de responsabilité civile solidaire pour les participants à une manifestation violente, avant la poursuite de la procédure parlementaire.

Pillages en ligne : 1 737 annonces supprimées et 237 comptes bannis

Les suites des pillages du 17 octobre se sont prolongées sur les plateformes de revente. Le ministre du Commerce Serge Papin a annoncé la suppression de 1 737 annonces suspectes et le bannissement de 237 comptes sur des services comme Vinted, eBay, Leboncoin, Meta ou TikTok. Près de 800 signalements ont été transmis à la justice, tandis que plusieurs centaines d’annonces restaient en cours d’examen.

Les plateformes avaient été convoquées par le gouvernement deux jours après la manifestation, au cours de laquelle plus d’un millier de commerces avaient été pillés, saccagés ou incendiés. Meta a indiqué avoir mis en place une équipe dédiée pour modérer les contenus liés aux mobilisations. Les autorités ont parallèlement surveillé les réseaux sociaux avant la journée du 24 octobre et signalé des publications appelant aux violences ou aux dégradations.

Cette séquence alimente le volet numérique du projet « casseurs-payeurs », qui entend accélérer le retrait des contenus considérés comme des appels à la violence. Le gouvernement présente cette intervention comme un moyen d’empêcher l’organisation de nouveaux débordements ; ses opposants y voient un pouvoir administratif de blocage trop large.

À l’Assemblée, la commission d’enquête sur le 17 octobre reste bloquée

La commission d’enquête de l’Assemblée nationale consacrée aux violences du 17 octobre n’a pas réussi à commencer ses travaux dans les conditions prévues. Le RN boycotte la commission après ne pas avoir obtenu le poste de co-rapporteur, et une conférence des présidents n’est pas parvenue à résoudre le désaccord.

Les députés s’étaient accordés sur le principe d’une enquête sur les violences commises en marge des mobilisations. Le conflit porte désormais sur la répartition des postes clés et empêche la commission d’avancer normalement. Cette paralysie intervient alors que les responsabilités sont disputées sur plusieurs fronts : violences et pillages attribués à des participants aux mobilisations, interventions policières contestées et agressions imputées à des groupes d’ultradroite.

Médianalyse du Yak

Dans la couverture observée, les scènes de violence visibles dominent : commerces pillés, blessés, grenades filmées et agressions attribuées à l’ultradroite. Ces épisodes concrets donnent leur rythme à la séquence, tandis que les mécanismes plus techniques — responsabilité civile, saisie de prestations sociales et procédure de blocage des plateformes — sont surtout traités dans des articles de décryptage.

Deux cadrages coexistent. Les publications nationales insistent davantage sur la réponse sécuritaire et le projet « casseurs-payeurs », tandis que la presse régionale documente les effets locaux : commerces fermés, pertes de chiffre d’affaires, dispositifs de sécurité et comparutions devant les tribunaux. La détresse psychologique des commerçants apparaît, mais reste moins présente que le montant des dégâts et les images de pillages.

Le vocabulaire de la couverture se déplace au fil de la séquence : après les « pillages » et les « violences » du 17 octobre, l’attention se porte sur les enquêtes visant les forces de l’ordre, les groupes d’ultradroite et les modalités juridiques de la riposte gouvernementale. Le traitement passe ainsi du récit des débordements à celui des responsabilités et des réponses publiques.

Article généré par le Yak

LES SOURCES36 médias · 137 sources

Le Monde 8 articles

Le Figaro 6 articles

Libération 7 articles

Le Parisien 12 articles

Le Nouvel Obs 2 articles

L’Express 1 article

L’Humanité 4 articles

Valeurs Actuelles 1 article

Atlantico 1 article

HuffPost France 1 article

20 Minutes 1 article

Actu.fr 1 article

Franceinfo 10 articles

BFMTV 10 articles

France 24 3 articles

RMC 8 articles

TV5MONDE 2 articles

Public Sénat 2 articles

La Dépêche du Midi 5 articles

Le Progrès 7 articles

Le Dauphiné Libéré 3 articles

Nice-Matin 4 articles

L’Indépendant 5 articles

Midi Libre 7 articles

La Montagne 4 articles

France Bleu 3 articles

DNA 2 articles

Le Républicain Lorrain 2 articles

Vosges Matin 2 articles

L’Alsace 2 articles

JSL 2 articles

Le Bien Public 4 articles

La Libre 2 articles

La Dernière Heure 1 article

Agence Anadolu 1 article

Le JDD 1 article

Suivre

Retrouvez Yaktu ailleurs

Retrouvez les publications et les rendez-vous de Yaktu.

Soutenir le projet Yaktu

Soutenir Yaktu

Votre contribution aide à financer le fonctionnement, le développement éditorial et les outils de médianalyse de Yaktu, sans aucune influence sur les contenus publiés.

Soutenir Yaktu

Yaktu Pro

Yaktu Pro

Construire une veille régulière autour d’un secteur, d’une organisation ou d’un enjeu précis, avec la méthode de médianalyse Yaktu adaptée à vos besoins.

Découvrir Yaktu Pro