Le procès de l’adolescent accusé de l’assassinat d’Agnès Lassalle s’est ouvert à Pau devant la cour d’assises des mineurs des Pyrénées-Atlantiques. Les faits remontent au 22 février 2023, au collège-lycée Saint-Thomas d’Aquin de Saint-Jean-de-Luz. Âgé de 16 ans au moment des faits, l’accusé est poursuivi pour avoir porté un coup de couteau mortel à sa professeure d’espagnol, âgée de 53 ans, en plein cours. Les audiences se tiennent à huis clos sur plusieurs jours et doivent notamment déterminer si son discernement était aboli, altéré ou intact au moment du passage à l’acte.
Un procès d’assises des mineurs pour assassinat
La cour doit examiner à la fois la qualification d’assassinat et la situation pénale de l’accusé, devenu majeur depuis les faits. Selon les éléments rappelés à l’audience, le jeune homme aurait pris le couteau la veille chez son père, l’aurait enveloppé dans du papier essuie-tout, puis glissé dans son sac avant de se rendre au lycée.
Le déroulé du geste est décrit de façon proche d’un récit à l’autre : au cours de la matinée, il se lève, verrouille la porte de la salle, puis frappe son enseignante au niveau du thorax. La préméditation fait donc partie des points examinés, au même titre que la responsabilité pénale. L’accusé encourt une peine pouvant aller jusqu’à vingt ans de réclusion criminelle. Cette question dépend toutefois du cadre retenu par la cour d’assises des mineurs et de l’appréciation de son état psychique au moment des faits.
Des expertises psychiatriques qui ne concluent pas dans le même sens
Le point le plus discuté porte sur le discernement de l’accusé. Au cours de l’instruction, plusieurs expertises psychiatriques ont été versées au dossier, et leurs conclusions ne vont pas dans le même sens. L’une écarte tout trouble ayant aboli ou altéré le discernement. Une autre retient une altération légère. Un dernier rapport, remis fin 2024, conclut à une abolition du discernement.
L’accusé a expliqué son geste par l’existence d’« une petite voix » qui l’aurait incité à « faire le mal ». Dans d’autres propos repris à l’ouverture du procès, il a aussi déclaré : « Je n’étais plus moi » et « J’ai ruiné ma vie, c’est fini ». Ces déclarations sont désormais confrontées aux constats des experts, aux témoignages et aux éléments matériels du dossier.
« Les formulations reprises d’une source à l’autre varient entre “abolition”, “altération” et “discernement intact”, sans convergence sur un seul diagnostic. »
Le dossier mentionne également un suivi pour dépression grave et la prise de sertraline. Un expert pharmacologue mandaté pendant l’instruction a relevé que ce traitement est déconseillé aux moins de 18 ans, tout en étant largement prescrit chez les adolescents en France.
La personnalité de l’accusé et la parole des proches au centre des débats
La première journée d’audience a largement porté sur la personnalité de l’accusé. Son avocat, Me Thierry Sagardoytho, a déclaré : « Le discernement de l’accusé sera au cœur des débats. » Il a aussi indiqué qu’il fallait chercher à comprendre comment un élève jusque-là décrit comme sans histoire avait pu passer à l’acte.
Les proches d’Agnès Lassalle sont présents à l’audience, parmi lesquels ses parents, ses sœurs et son compagnon, Stéphane Voirin. Celui-ci a dit ne pas attendre une simple confrontation d’experts et a exprimé le souhait que le procès permette d’aller au-delà de la seule question technique des expertises.
Les parties civiles ont, de leur côté, relevé l’attitude de l’accusé au premier jour des débats et ses prises de parole, en les comparant à l’émotion exprimée par ses parents. Le huis clos limite toutefois la publicité des échanges et concentre l’information disponible sur les questions de droit, d’expertise et de procédure.
Ce que la cour doit encore trancher
À ce stade, les faits matériels de l’homicide, le lieu, la date, l’arme utilisée et l’identité de l’accusé ne sont pas contestés dans leur principe. Le procès doit maintenant fixer le cadre pénal exact dans lequel ce geste sera jugé, en tenant compte à la fois de la qualification retenue et de l’état psychique du mineur au moment des faits.
La cour retiendra-t-elle une abolition, une altération ou l’absence d’atteinte au discernement ? Et comment articulera-t-elle cette appréciation avec les éléments avancés sur la préparation du geste avant l’entrée en classe ?