Les cortèges du 1er-Mai se sont déroulés dans toute la France autour de deux revendications principales : la défense du caractère férié et chômé de cette journée et la demande d’augmentations salariales. Le ministère de l’Intérieur a recensé 158 000 manifestants dans le pays, dont 24 000 à Paris. La CGT avance plus de 300 000 participants au niveau national, dont environ 100 000 dans la capitale.
Un 1er-Mai centré sur le jour chômé
La mobilisation syndicale s’est tenue après plusieurs semaines de débat sur la possibilité de faire travailler des salariés le 1er-Mai dans certains commerces, notamment les boulangeries et les magasins de fleurs. Le 1er-Mai est le seul jour férié obligatoirement chômé pour les salariés, sauf dans les secteurs dont l’activité ne peut pas être interrompue.
Le gouvernement a envisagé une évolution du cadre applicable aux artisans boulangers et fleuristes. Une proposition de loi portée notamment par Gabriel Attal prévoyait d’élargir les possibilités de travail salarié ce jour-là, avant d’être écartée dans sa forme initiale. L’exécutif a ensuite indiqué vouloir recentrer le dispositif sur les boulangers et les fleuristes, avec une application attendue à partir de 2027.
Dans l’attente d’un nouveau texte, le cadre légal n’a pas changé. Les commerces peuvent ouvrir si le dirigeant travaille lui-même. L’emploi de salariés demeure, lui, soumis aux règles actuelles. Cette situation a laissé plusieurs artisans dans l’incertitude, certains ayant ouvert avec des salariés volontaires en s’appuyant sur les déclarations de souplesse du gouvernement.
Des cortèges dans plus de 300 villes
Plus de 320 manifestations étaient prévues dans le pays. A Paris, le cortège est parti de la place de la République vers la place de la Nation, avec en tête plusieurs responsables syndicaux, dont Sophie Binet pour la CGT et Marylise Léon pour la CFDT. Leur présence commune a marqué une unité syndicale sur la défense du 1er-Mai chômé, hors d’un mouvement social national structuré.
La mobilisation a aussi été suivie dans plusieurs grandes villes. A Toulouse, les chiffres vont de 5 500 personnes selon la préfecture à 12 000 selon la CGT. A Lyon, la préfecture a recensé 6 500 manifestants, tandis que d’autres estimations locales évoquent jusqu’à 12 000 participants. A Marseille, 3 400 personnes ont été comptées par les autorités. A Nantes, la police a fait état de 4 000 manifestants.
Des rassemblements ont également eu lieu dans de nombreuses villes moyennes : Dijon, Clermont-Ferrand, Tours, Besançon, Nice, Perpignan, Caen, Cherbourg, Strasbourg, Metz ou encore Ajaccio. Dans plusieurs cortèges, les revendications ont associé défense du 1er-Mai, salaires, pouvoir d’achat et hausse des prix de l’énergie.
« Les formulations alternent entre défense du jour chômé, pouvoir d’achat et préparation de 2027 pour décrire une même journée de mobilisation. »
Deux comptages pour une même mobilisation
Comme lors de précédentes journées du 1er-Mai, les chiffres de participation divergent fortement entre les autorités et les syndicats. Le ministère de l’Intérieur recense 158 000 manifestants au niveau national. La CGT en annonce plus de 300 000.
A Paris, l’écart est également important : 24 000 participants selon la police, environ 100 000 selon la CGT. L’an dernier, les chiffres nationaux étaient déjà situés entre environ 157 000 personnes selon les autorités et 300 000 selon la CGT.
Selon BFMTV, le ministère de l’Intérieur a aussi fait état de 15 interpellations sur l’ensemble du pays. A Lyon, quatre interpellations ont été rapportées en marge du cortège. A Nantes, des tensions ont été signalées autour d’un hommage à un militant CGT décédé, avec l’usage de gaz lacrymogène selon plusieurs témoignages rapportés localement.
Le flou autour des boulangers et fleuristes
Le débat sur le travail le 1er-Mai s’est aussi retrouvé dans plusieurs commerces ouverts. Des boulangers et fleuristes ont fait travailler des salariés, parfois en indiquant que ceux-ci étaient volontaires et payés double. D’autres commerçants ont dit ne pas savoir si l’ouverture avec personnel salarié pouvait entraîner une sanction.
Un boulanger de Bourgoin-Jallieu, en Isère, a été contrôlé par l’inspection du travail après avoir ouvert son établissement avec des salariés. Selon plusieurs médias, il risquait une amende pour emploi de salariés le 1er-Mai. Sébastien Lecornu l’a ensuite appelé. Le gouvernement indiquait alors qu’une solution pourrait être prévue dans la loi pour les commerçants respectant les conditions annoncées.
Le Conseil d’État avait auparavant estimé qu’il n’y avait plus lieu de statuer sur trois recours visant un communiqué gouvernemental, celui-ci ayant été retiré. La Direction générale du Travail avait rappelé aux agents le contexte particulier de cette année, tout en maintenant la liberté des contrôles.
Plusieurs syndicats ont contesté cette situation. Sophie Binet a demandé que le débat porte prioritairement sur les salaires. Marylise Léon a affirmé sur Franceinfo qu’« il ne doit pas y avoir d’ouverture ». A l’inverse, des représentants d’artisans et de commerçants ont défendu la possibilité de travailler, sous réserve de volontariat et de rémunération majorée.
Des responsables politiques présents dans les cortèges et les commerces
La journée a aussi pris une dimension politique à moins d’un an de l’élection présidentielle de 2027. Jean-Luc Mélenchon a pris la parole à Paris, notamment sur les salaires, les prix des carburants et les bénéfices de TotalEnergies. Olivier Faure a été pris à partie et enfariné à Amiens, où il participait à la manifestation.
Gabriel Attal s’est rendu dans une boulangerie à Vanves, dans les Hauts-de-Seine, pour défendre l’assouplissement du travail le 1er-Mai. Sébastien Lecornu a acheté du pain dans une boulangerie de Saint-Julien-Chapteuil, en Haute-Loire, en plein débat sur l’ouverture des commerces. Bruno Retailleau était présent à Cholet autour du thème du travail.
Le Rassemblement national a organisé sa « fête de la nation » à Mâcon, avec Marine Le Pen et Jordan Bardella. Une manifestation contre cet événement a aussi eu lieu dans la ville, réunissant entre 1 800 personnes selon la police et 3 000 selon les organisateurs.
« La même journée a été décrite à la fois comme une mobilisation sociale, un débat juridique et une étape préélectorale. »
Un cadre légal encore attendu pour 2027
Le principal point non tranché concerne désormais le contenu exact du futur texte sur le travail salarié le 1er-Mai. Le gouvernement a indiqué vouloir cibler les artisans boulangers et fleuristes, mais les conditions précises d’application doivent encore être fixées. Le périmètre des professions concernées, la place du volontariat, les modalités de contrôle et les garanties salariales restent à clarifier.
Les suites données aux contrôles effectués pendant cette journée devront aussi préciser la portée réelle des déclarations gouvernementales. Le droit applicable n’a pas été modifié pour le 1er-Mai 2026, mais l’exécutif a évoqué une réponse législative pour les situations respectant les conditions annoncées.
La mobilisation syndicale place enfin le sujet dans un calendrier plus large. Le prochain 1er-Mai interviendra après une année de discussions politiques et sociales, avec une élection présidentielle prévue en 2027. Le statut de cette journée, les revendications salariales et la place du travail dans les programmes politiques devraient donc rester présents dans les prochains mois.