Le camp de Tessalit, situé dans le nord du Mali près de la frontière algérienne, est désormais sous le contrôle de groupes armés, selon une source locale, une source sécuritaire et une source indépendantiste citées par l’AFP. Cette prise intervient après les attaques coordonnées lancées à partir du 25 avril. Elles sont attribuées au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, affilié à Al-Qaida, et au Front de libération de l’Azawad, à dominante touareg.
Un camp stratégique dans le nord du Mali
Tessalit occupe une position militaire importante dans le nord malien. Le site dispose d’une grande piste d’atterrissage, capable d’accueillir des hélicoptères et des avions militaires. Il accueillait aussi des soldats maliens, des alliés russes et du matériel militaire.
Selon un élu local cité par l’AFP, l’armée malienne et ses alliés russes ont abandonné leurs positions dans la matinée du 1er mai. Une source sécuritaire affirme que le camp avait été évacué avant l’arrivée des groupes armés et qu’aucun combat n’a eu lieu. Un responsable rebelle parle pour sa part de « reddition ».
La prise de Tessalit suit celle de Kidal, ville clé du nord du Mali. Des sources locale et indépendantiste affirment également que les groupes armés ont pris possession du camp d’Aguelhok, situé à environ 100 kilomètres de Kidal. Le niveau exact de contrôle territorial reste toutefois dépendant des déclarations disponibles.
Le JNIM impose un blocus routier à Bamako
La progression dans le nord s’accompagne d’une pression autour de Bamako. Le JNIM a commencé à imposer un blocus routier sur les accès à la capitale malienne. Plusieurs axes menant vers Bamako sont signalés comme bloqués ou fortement perturbés, tandis que le trafic aérien vers les pays voisins reste maintenu.
Le groupe djihadiste a aussi appelé à un large « front commun » contre la junte militaire. Dans son communiqué, il dit vouloir inclure « les partis politiques, les forces armées nationales, les autorités religieuses, les chefs traditionnels et toutes les composantes de la société malienne ». Il affirme viser une « transition pacifique et inclusive ». Selon son communiqué, « l’une des priorités essentielles » serait « l’établissement de la charia ».
Cette séquence fait suite aux attaques du 25 avril, menées contre plusieurs positions stratégiques du pouvoir. Elles ont touché notamment Gao, Ménaka, Kidal, Kati et des abords de Bamako. Selon une source hospitalière citée par l’AFP, ces attaques ont fait au moins 23 morts civils et militaires.
« Les formulations distinguent la prise de positions dans le nord et le blocus routier autour de Bamako. »
Le FLA revendique une progression dans l’Azawad
Le Front de libération de l’Azawad revendique la conquête de Kidal et annonce vouloir poursuivre ses opérations dans le nord du Mali. Son porte-parole, Mohamed Elmaouloud Ramadane, affirme viser les régions de Kidal, Tombouctou, Gao, Ménaka et Taoudeni.
Le FLA présente l’Azawad comme un territoire correspondant principalement aux régions de Kidal, Gao, Ménaka et Tombouctou. Cette revendication s’inscrit dans un conflit ancien entre des groupes séparatistes du nord et le pouvoir central malien.
Le porte-parole du FLA affirme que la coordination avec le JNIM est « tactique ». Les deux groupes ont des objectifs distincts : le JNIM revendique l’instauration de la charia, tandis que le FLA défend une revendication territoriale et politique dans le nord du pays. Leur offensive actuelle vise toutefois un adversaire commun : la junte au pouvoir à Bamako et ses soutiens russes.
Sadio Camara tué lors des attaques du 25 avril
Les attaques coordonnées ont aussi coûté la vie au ministre malien de la Défense, Sadio Camara. Le général a été tué à Kati, ville-garnison proche de Bamako, par un véhicule piégé conduit par un kamikaze, selon le gouvernement malien.
Un hommage national lui a été rendu à Bamako, sous haute sécurité, en présence du chef de la transition Assimi Goïta. Des ministres de la Défense du Niger et du Burkina Faso, pays membres avec le Mali de l’Alliance des États du Sahel, étaient également présents.
Sadio Camara était considéré comme une figure centrale de la junte et comme l’un des principaux artisans du rapprochement militaire avec Moscou. Sa mort intervient alors que les groupes armés progressent dans le nord et que Bamako subit une pression accrue sur ses accès routiers.
La Russie confirme son soutien aux autorités maliennes
La Russie a rejeté l’appel des rebelles touaregs à retirer ses forces du Mali. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a déclaré que Moscou poursuivrait « la lutte contre l’extrémisme, le terrorisme et autres manifestations négatives » et continuerait d’apporter son « aide aux autorités en exercice ».
Depuis l’arrivée de la junte au pouvoir, le Mali s’est rapproché de la Russie après le départ des forces françaises en 2022. Les paramilitaires russes, d’abord associés au groupe Wagner puis à Africa Corps, sont devenus un soutien militaire important de Bamako.
La perte de Kidal, puis celle de Tessalit, place cependant ce soutien au centre des tensions. Le FLA affirme que la présence russe doit prendre fin au Mali. De son côté, Moscou affirme qu’elle restera engagée auprès des autorités actuelles.
« Le rôle russe apparaît à la fois comme soutien militaire de Bamako et comme cible déclarée du FLA. »
L’AES répond par des frappes dans le nord
L’Alliance des États du Sahel dit avoir engagé une riposte militaire. Le gouvernement nigérien affirme que la force unifiée antidjihadiste du Niger, du Burkina Faso et du Mali a mené « d’intenses campagnes aériennes » dans le nord du Mali après les attaques du 25 avril.
Le Burkina Faso a renforcé son dispositif sécuritaire, notamment à Ouagadougou. Le Niger a annulé les défilés du 1er mai pour raisons de sécurité. La France a recommandé à ses ressortissants de quitter temporairement le Mali « dès que possible ».
La situation régionale reste suivie par les pays voisins, notamment en raison du risque de circulation des groupes armés, de déplacements de population et de fragilisation des frontières. La Cédéao prépare aussi une tournée de dialogue avec les pays de l’AES, selon RFI.
Un contrôle territorial encore difficile à vérifier
Le contrôle exact des positions dans le nord du Mali reste difficile à établir de manière indépendante. Tessalit, Kidal et Aguelhok sont cités comme passés sous contrôle de groupes armés, mais les informations disponibles reposent principalement sur des sources locales, sécuritaires, indépendantistes ou militaires.
La portée réelle du blocus de Bamako reste aussi à préciser. Plusieurs axes routiers sont signalés comme perturbés ou bloqués, mais le trafic aérien reste maintenu. L’impact sur l’approvisionnement de la capitale et sur ses habitants devra être établi dans la durée.
La suite dépendra de la capacité des autorités maliennes, de leurs alliés russes et de l’AES à reprendre l’initiative militaire, mais aussi de l’évolution de l’alliance entre le JNIM et le FLA. À ce stade, la crise combine trois éléments immédiats : une progression territoriale dans le nord, une pression routière sur Bamako et une confrontation ouverte autour du rôle de la Russie au Mali.