GameStop a annoncé le 3 mai une offre de rachat non sollicitée sur eBay, valorisée à environ 55,5 milliards de dollars. La chaîne américaine de magasins de jeux vidéo propose 125 dollars par action, dans une opération financée pour moitié en actions et pour moitié en numéraire.
Une offre non sollicitée sur une plateforme historique
L’offre de GameStop vise l’un des noms historiques du commerce en ligne. eBay, longtemps associé aux enchères sur Internet et aux transactions entre particuliers, reste une plateforme mondiale, mais son poids économique est inférieur à celui d’Amazon dans le commerce numérique.
GameStop indique avoir progressivement acquis des actions eBay depuis le 4 février. Le groupe affirme détenir environ 5 % du capital de la plateforme au moment de son annonce.
La proposition de 125 dollars par action représenterait une prime de 46 % sur la moyenne du cours d’eBay depuis le début des achats de titres par GameStop. À la clôture précédente, la capitalisation boursière d’eBay était estimée à 46,21 milliards de dollars, contre 11,89 milliards pour GameStop.
L’offre est non sollicitée, ce qui signifie qu’elle n’a pas été présentée comme issue d’un accord préalable avec la direction d’eBay. Son conseil d’administration a indiqué qu’il allait étudier soigneusement la proposition.
Un montage mêlant actions, numéraire et dette
GameStop prévoit de financer l’opération pour moitié en actions et pour moitié en numéraire. Le groupe affirme disposer d’une lettre engageante de TD Bank portant sur environ 20 milliards de dollars de financement par dette.
L’entreprise met aussi en avant sa trésorerie. Selon les éléments communiqués, GameStop disposait d’environ 9,4 milliards de dollars de liquidités au 31 janvier.
Le groupe dirigé par Ryan Cohen affirme pouvoir obtenir 2 milliards de dollars d’économies annualisées dans les douze mois suivant la finalisation de l’opération. Ces économies seraient réparties entre les ventes et le marketing, le développement de produits, ainsi que les dépenses administratives et de fonctionnement.
GameStop estime que ces réductions feraient progresser le bénéfice net par action d’eBay, à périmètre comparable. Le chiffre avancé passerait de 4,26 dollars à 7,79 dollars dès la première année, selon les projections présentées par l’acquéreur potentiel.
« L’opération est décrite à la fois comme une offre financière, une transformation industrielle et une tentative de repositionnement face à Amazon. »
Ryan Cohen veut repositionner eBay face à Amazon
Ryan Cohen, patron de GameStop depuis janvier 2021, présente l’opération comme un projet de transformation. Dans un entretien au Wall Street Journal, il a déclaré qu’eBay « devrait valoir davantage » et qu’il pensait pouvoir en faire une entreprise valant « plusieurs centaines de milliards de dollars ».
Le dirigeant veut faire d’eBay « un vrai concurrent » d’Amazon. Cette ambition repose sur l’idée qu’eBay dispose encore d’une marque forte, d’une base d’utilisateurs importante et d’un rôle identifiable dans le commerce en ligne.
GameStop affirme que Ryan Cohen prendrait la tête de la nouvelle entité en cas de réussite de l’opération. Le groupe souligne aussi que son dirigeant détient environ 9 % du capital de GameStop et ne perçoit ni salaire ni bonus.
Depuis l’arrivée de Ryan Cohen à sa tête, GameStop met en avant un redressement financier. L’entreprise indique être passée d’une perte nette de 381 millions de dollars en 2021 à un bénéfice net de 418 millions de dollars en 2025.
Un rapport de taille défavorable à GameStop
L’offre intervient dans une configuration inhabituelle, car GameStop est nettement plus petit qu’eBay en capitalisation boursière. L’acquéreur potentiel vient de la distribution physique de jeux vidéo, un secteur confronté à la progression des ventes numériques.
GameStop reste aussi associé à son statut de « meme stock », après l’envolée spectaculaire de son action en 2021. Cette notoriété financière ne suffit pas à établir la faisabilité industrielle de l’opération, mais elle explique en partie l’attention portée à l’annonce.
L’entreprise affirme toutefois disposer des moyens financiers nécessaires pour formuler l’offre. Le financement prévu combine trésorerie, dette et émission d’actions, ce qui laisse plusieurs paramètres encore dépendants des conditions de marché et de l’accueil des investisseurs.
Si la direction d’eBay ne répond pas favorablement, Ryan Cohen a indiqué qu’il pourrait se tourner directement vers les actionnaires. La prochaine assemblée générale d’eBay est prévue en juin, mais la date limite de dépôt de résolutions aurait déjà été dépassée.
eBay doit examiner une proposition encore ouverte
Le conseil d’administration d’eBay doit désormais examiner l’offre de GameStop. Cette étape est nécessaire pour déterminer si la proposition est jugée conforme aux intérêts de l’entreprise et de ses actionnaires.
Aucun accord définitif n’a été annoncé. Les conditions de financement, la réaction des actionnaires d’eBay, l’éventuelle opposition de la direction et l’examen réglementaire d’une opération de cette taille restent des éléments ouverts.
L’opération aurait aussi une dimension concurrentielle. En cas de réalisation, elle réunirait un distributeur spécialisé dans les jeux vidéo et une plateforme mondiale de commerce en ligne, avec l’objectif affiché de renforcer la concurrence face à Amazon.
Une réponse d’eBay encore attendue
Au moment de l’annonce, l’offre de GameStop est formalisée, mais aucune acquisition n’est actée. eBay doit encore l’examiner, et aucun accord entre les deux entreprises n’a été rendu public.
Les éléments établis portent sur le montant proposé, le prix par action, la part déjà détenue par GameStop et les grandes lignes du financement annoncé. Les points non tranchés concernent l’accueil du conseil d’administration d’eBay, la réaction des actionnaires, la solidité effective du montage financier et les éventuels examens réglementaires.
La suite dépendra de la position officielle d’eBay et de la capacité de GameStop à convaincre les actionnaires de la plateforme. Le calendrier devra aussi préciser si l’offre reste une proposition négociée, ou si GameStop tente de la porter directement auprès des détenteurs du capital.