TotalEnergies a annoncé un bénéfice net trimestriel de 5,8 milliards de dollars, soit environ 4,96 milliards d’euros, au premier trimestre 2026. Le résultat progresse de 51 % sur un an, dans un contexte de forte hausse des prix du pétrole et du gaz depuis le début de la guerre en Iran et le blocage du détroit d’Ormuz.
Un résultat porté par la hausse des hydrocarbures
Le groupe pétrogazier français présente ces résultats comme la conséquence d’un environnement de prix favorable. Patrick Pouyanné, PDG de TotalEnergies, a mis en avant la « capacité à capturer la hausse des prix » du groupe dans le communiqué de résultats.
La guerre déclenchée fin février au Moyen-Orient a perturbé l’approvisionnement mondial en hydrocarbures. Le détroit d’Ormuz, passage stratégique pour le pétrole et le gaz, reste fortement contraint. Cette situation a contribué à faire monter les cours, avec un baril de Brent proche de 120 dollars dans la période récente.
TotalEnergies a pourtant subi des pertes de production dans la région du Golfe. Le groupe indique que la hausse des prix a plus que compensé ces pertes. Ses nouveaux projets, notamment au Brésil et en Libye, ont aussi contribué à stabiliser sa production globale d’hydrocarbures.
Le groupe a également profité d’une hausse de sa production de gaz naturel liquéfié, en particulier en Australie et en Malaisie. Ses unités de raffinage ont fonctionné à un taux élevé, au moment où les marges sur les produits raffinés augmentaient.
« Le résultat est formulé à la fois comme une hausse comptable, un effet de marché et un déclencheur politique. »
Le négoce et le raffinage renforcent les gains
Au-delà de la hausse des prix, TotalEnergies a bénéficié de la volatilité des marchés. Le groupe indique que ses activités de négoce de pétrole, de produits raffinés, de gaz naturel liquéfié et de gaz ont réalisé de fortes performances.
Le négoce consiste à acheter et vendre des cargaisons d’énergie sur des marchés soumis à des écarts de prix rapides. Dans une période de perturbation des flux, ces écarts peuvent augmenter. TotalEnergies a souligné la contribution de ces activités dans ses résultats trimestriels.
Selon plusieurs éléments rapportés, le groupe aurait aussi acheté une part importante des cargaisons de pétrole encore exportables depuis le Moyen-Orient sans passer par le détroit d’Ormuz. TotalEnergies n’a pas démenti cette opération, tout en indiquant devoir sécuriser ses approvisionnements et ceux de ses clients.
La raffinerie saoudienne Satorp, dont TotalEnergies est actionnaire avec Saudi Aramco, a redémarré partiellement après avoir été arrêtée à la suite de frappes ayant touché des installations en Arabie saoudite. Les unités non affectées ont été remises en service.
Des dividendes augmentés pour les actionnaires
TotalEnergies a annoncé une hausse de son dividende trimestriel de 5,9 %, à 0,90 euro par action, contre 0,85 euro auparavant. Le groupe présente cette progression comme la plus forte croissance de dividende parmi les grandes compagnies pétrolières occidentales.
Cette décision intervient au moment où les prix de l’énergie et des carburants pèsent sur les consommateurs. Elle alimente les réactions politiques et associatives sur la destination des bénéfices du groupe. Plusieurs responsables de gauche demandent une taxation exceptionnelle des profits liés à la crise énergétique.
Le groupe socialiste à l’Assemblée nationale annonce une proposition de loi visant à taxer les superprofits des entreprises pétrolières. Des élus de La France insoumise, des écologistes et d’autres responsables politiques défendent également des mesures de taxation ou de blocage des prix.
Des ONG comme Reclaim Finance, Greenpeace, Attac ou Extinction Rebellion dénoncent la redistribution des bénéfices vers les actionnaires et demandent une fiscalité exceptionnelle. Certaines organisations ont mené une action près d’une station-service TotalEnergies à Paris le jour de la publication des résultats.
Le gouvernement entre redistribution volontaire et option fiscale
Le gouvernement n’écarte pas publiquement l’hypothèse d’une taxe sur les superprofits pétroliers. Maud Bregeon, porte-parole du gouvernement, a déclaré : « On ne s’interdit rien », tout en appelant à ne pas tomber dans le « Total bashing ».
Sébastien Lecornu a demandé à TotalEnergies de se positionner sur une redistribution de ses éventuels profits exceptionnels. Devant le Sénat, le premier ministre a déclaré qu’« il faut bien que TotalEnergies se positionne, d’une manière ou d’une autre, sur une manière de redistribuer ».
Le chef du gouvernement a aussi indiqué que chaque euro de surplus de fiscalité sur les carburants perçu par l’État serait réaffecté à des mécanismes d’aides directes. Cette déclaration intervient alors que la hausse des carburants nourrit une pression politique sur le pouvoir d’achat.
Le débat français s’inscrit dans un cadre européen. Plusieurs pays, dont l’Espagne, l’Autriche, l’Allemagne, l’Italie et le Portugal, ont appelé à taxer les bénéfices exceptionnels des entreprises énergétiques liés au conflit au Moyen-Orient. Une logique comparable avait déjà été discutée après l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022.
« Les termes “superprofits”, “redistribution” et “plafonnement” désignent trois réponses différentes au même résultat trimestriel. »
TotalEnergies met en avant le plafonnement des carburants
TotalEnergies répond aux demandes de redistribution en mettant en avant sa politique de plafonnement du prix des carburants dans ses stations françaises. Le groupe affirme avoir mis en place ce dispositif depuis février 2023 sans attendre une demande publique.
« C’est comme cela que nous redistribuons nos profits », indique TotalEnergies dans une déclaration rapportée par l’AFP. L’entreprise précise vouloir poursuivre ce plafonnement, sans toujours préciser dans les éléments disponibles la durée exacte de sa prolongation.
Le dispositif est présenté par le groupe comme une contribution directe au pouvoir d’achat. Ses opposants politiques et associatifs estiment qu’il ne répond pas à la question de la redistribution des bénéfices liés à la hausse des prix de marché.
La question fiscale reste aussi discutée sur le plan technique. Certains économistes soulignent que les profits de TotalEnergies sont réalisés en grande partie hors de France, ce qui peut compliquer la mise en place d’une taxation nationale ciblée.
Une décision fiscale encore non arbitrée
Aucune mesure fiscale nouvelle n’est arrêtée à ce stade. Le gouvernement laisse ouverte l’option d’une taxe, tout en privilégiant aussi l’idée d’une contribution volontaire de TotalEnergies. La proposition de loi socialiste doit préciser le périmètre, le taux et les entreprises concernées.
La suite dépendra aussi de l’évolution des prix de l’énergie. Si le blocage du détroit d’Ormuz se prolonge, les cours du pétrole et du gaz resteront un facteur central pour les résultats des compagnies énergétiques et pour les prix payés par les consommateurs.
Le calendrier d’une éventuelle taxe, son champ d’application et son rendement restent à établir. La position définitive du gouvernement devra aussi préciser comment articuler une mesure nationale avec les initiatives européennes déjà évoquées sur les profits exceptionnels du secteur énergétique.