Depuis le déclenchement du conflit au Moyen-Orient fin février 2026, les prix des carburants en France ont connu une hausse continue. Le litre de SP95-E10 s’établit en moyenne à 2,038 euros, soit une augmentation de 18,47 % par rapport au 27 février, veille des premières frappes israélo-américaines en Iran. Face à cette flambée, le groupe TotalEnergies a mis en place un plafonnement des prix dans ses stations-service, une mesure qui suscite des réactions contrastées parmi les distributeurs et les acteurs politiques.
Un plafonnement des prix qui divise
TotalEnergies a annoncé fin avril un plafonnement des prix à la pompe, limitant la hausse à 1,99 euro le litre pour l’essence et 1,89 euro pour le gazole dans ses stations. Cette décision, présentée comme un geste en faveur du pouvoir d’achat, a été saluée par une partie du gouvernement. Maud Bregeon, porte-parole de l’exécutif, a estimé mercredi 6 mai que les bénéfices du groupe « doivent en partie bénéficier au pouvoir d’achat des Français ». Elle a également confirmé que de nouvelles aides seraient annoncées « dans les jours à venir » pour les ménages et les secteurs professionnels les plus touchés.
Cependant, cette mesure agace les autres distributeurs, qui y voient une concurrence déloyale. Certains dénoncent une stratégie de TotalEnergies visant à capter des parts de marché, alors que le groupe a enregistré un bénéfice net de près de 5 milliards d’euros au premier trimestre 2026, en hausse de 51 % sur un an. « Le plafonnement des prix de TotalEnergies crée une distorsion de concurrence », a déclaré un représentant du secteur, cité par Le Monde.
« Les formulations oscillent entre “mesure sociale”, “stratégie commerciale” et “chantage” pour qualifier la même décision de TotalEnergies. »
Une consommation en forte baisse
La hausse des prix a eu un impact direct sur la consommation. Selon les données de Bercy, la consommation de carburants en France a reculé de 11 % en avril 2026 par rapport à avril 2025. Cette baisse fait suite à une hausse de 2 % en mars, marquée par des achats de précaution dans les premières semaines du conflit. « C’est une adaptation des comportements », a commenté le ministère de l’Économie, qui souligne que les ménages et les entreprises réduisent leurs déplacements pour limiter leurs dépenses.
Cette tendance s’observe également dans d’autres secteurs. Les clubs sportifs de l’Allier, par exemple, rapportent des difficultés croissantes pour organiser les déplacements de leurs équipes, tandis que des familles renoncent à des projets de vacances en raison du coût des trajets. « Quand le porte-monnaie est touché, on réfléchit », résume un agriculteur interrogé par France 3 Régions, évoquant également la hausse des prix des engrais, directement liée à la crise énergétique.
Les marges des distributeurs sous surveillance
Pour répondre aux accusations de marges abusives, le gouvernement a publié mercredi 6 mai une analyse des marges brutes des distributeurs de carburants. Selon Bercy, ces marges sont « équivalentes à celles pratiquées avant la guerre au Moyen-Orient », voire légèrement inférieures. « La formule de calcul avec laquelle nous avons travaillé ne montre pas de marges abusives », a affirmé Maud Bregeon lors du compte-rendu du Conseil des ministres.
Cette transparence, demandée par plusieurs acteurs du secteur, vise à apaiser les tensions. Pourtant, elle n’a pas suffi à calmer les critiques. À gauche, le Parti socialiste et le Parti communiste dénoncent une « opacité » et réclament une taxation des superprofits des groupes pétroliers. Olivier Faure, premier secrétaire du PS, a qualifié TotalEnergies de « profiteur de crise » et a appelé le gouvernement à ne pas céder à son « chantage ». Le PDG du groupe, Patrick Pouyanné, a en effet menacé de mettre fin au plafonnement des prix si une taxe sur les superprofits était instaurée.
« Le débat oppose ceux qui voient dans le plafonnement une mesure de solidarité et ceux qui y perçoivent une manœuvre pour éviter une taxation des bénéfices exceptionnels. »
De nouvelles aides en préparation
Face à la persistance de la crise, le gouvernement a annoncé l’élargissement des dispositifs d’aides existants. Sébastien Lecornu, Premier ministre, a indiqué mardi 5 mai que de nouvelles mesures seraient présentées « la semaine prochaine », sans en préciser le contenu. Parmi les pistes évoquées figurent des aides ciblées pour les « gros rouleurs » modestes, les taxis, les infirmiers libéraux et les aides à domicile.
L’indemnité carburant de 50 euros pour les travailleurs modestes, déjà en place, sera versée via un formulaire sécurisé à partir du 27 mai, avec des contrôles renforcés pour éviter les fraudes. Cependant, ces mesures sont jugées insuffisantes par certains économistes. Stéphanie Villers, conseillère économique au cabinet PwC, a estimé sur Franceinfo que le gouvernement était « un peu en retard sur ce qui est en train de se passer », soulignant que la crise s’aggrave alors que les marges budgétaires de l’État sont limitées.
Un contexte international tendu
La flambée des prix des carburants s’inscrit dans un contexte géopolitique instable. Le 5 mai, le président américain Donald Trump a annoncé la suspension temporaire de l’opération d’escorte des navires dans le détroit d’Ormuz, évoquant des « progrès » dans les négociations avec Téhéran. Cette décision intervient après l’attaque d’un porte-conteneurs de l’armateur français CMA CGM dans la zone, qui a fait plusieurs blessés.
Pourtant, malgré cette accalmie diplomatique, les prix du pétrole restent volatils. Le baril de Brent a brièvement chuté sous les 100 dollars le 6 mai, une première depuis le 22 avril, mais les craintes de pénuries persistent, notamment pour le kérosène. Le gouvernement français a assuré qu’il n’y avait « aucune crainte » de pénurie en mai et juin, mais la patronne de Brussels Airlines a indiqué que l’approvisionnement au-delà de la mi-juin restait « incertain ».
Prochaines étapes : entre aides et tensions
La crise des carburants reste un sujet central pour le gouvernement, qui doit concilier soutien au pouvoir d’achat et équilibre budgétaire. Les annonces attendues la semaine prochaine devraient préciser les contours des nouvelles aides, mais leur financement reste un sujet de débat. La question d’une taxation des superprofits des groupes pétroliers, portée par une partie de la classe politique, pourrait resurgir, notamment si TotalEnergies met sa menace à exécution.
Par ailleurs, l’évolution du conflit au Moyen-Orient et les négociations en cours entre Washington et Téhéran seront déterminantes pour l’évolution des prix du pétrole. En attendant, les ménages et les entreprises continuent d’adapter leurs comportements, tandis que les distributeurs surveillent de près les décisions de TotalEnergies et du gouvernement.