Projet de loi d’urgence agricole : les députés adoptent en commission un texte sur l’eau, l’élevage et les pesticides

Le projet de loi d’urgence agricole, élaboré en réponse aux mobilisations du secteur, a été adopté mercredi en commission à l’Assemblée nationale et sera examiné en séance plénière à partir du 19 mai.

Projet de loi d’urgence agricole : les députés adoptent en commission un texte sur l’eau, l’élevage et les pesticides

Image générée par Fokon


Le projet de loi d’urgence agricole a été adopté mercredi 6 mai en commission à l’Assemblée nationale. Ce texte, présenté comme une réponse aux mobilisations du monde agricole survenues au cours de l’hiver, contient des mesures portant sur le stockage de l’eau, l’élevage et les pesticides. Il doit désormais être débattu en séance plénière à partir du 19 mai.

Un vote en commission avant l’examen en hémicycle

La commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale a approuvé le projet de loi par un vote dont les détails n’ont pas été rendus publics. Selon les médias, le texte a été adopté sans modification majeure, bien que plusieurs amendements aient été déposés. Le gouvernement, par la voix du ministre de l’Agriculture Sébastien Lecornu, a réaffirmé dans une lettre adressée aux agriculteurs sa volonté de voir le texte aboutir rapidement. « Nous restons mobilisés pour que ce projet de loi soit adopté dans les meilleurs délais », a-t-il écrit.

L’examen en séance plénière débutera le 19 mai. Les débats porteront notamment sur les trois volets centraux du texte : la gestion de l’eau, les conditions d’élevage et l’usage des produits phytosanitaires.

Stockage de l’eau : des mesures pour sécuriser les ressources

Le volet consacré à l’eau prévoit des dispositions visant à faciliter la création de retenues d’eau, souvent appelées « bassines ». Ces infrastructures, destinées à stocker l’eau en période de pluie pour une utilisation ultérieure, font l’objet de vives tensions entre agriculteurs, écologistes et associations de protection de l’environnement. Le texte ne précise pas encore les modalités exactes de leur autorisation ou de leur financement, mais il entend simplifier les procédures administratives pour leur construction.

« Les formulations oscillent entre “sécurisation des ressources” et “accaparement de l’eau”, reflétant les divergences sur l’impact environnemental de ces projets. »

Élevage : des assouplissements sur les normes

Le projet de loi inclut également des mesures relatives à l’élevage, un secteur particulièrement touché par la hausse des coûts de production et les contraintes réglementaires. Parmi les dispositions envisagées figurent des assouplissements sur les normes sanitaires et environnementales, ainsi que des aides pour les éleveurs confrontés à des difficultés économiques. Un élevage porcin en Bretagne a récemment été fermé après la découverte de porcs morts en état de décomposition, une situation qui a conduit à l’ouverture d’une enquête pénale par le parquet de Brest.

Par ailleurs, des éleveurs dénoncent les effets de la réforme de la Politique agricole commune (PAC), qui a entraîné pour certains une perte significative d’aides. Jacques Abadie, éleveur bovin dans les Hautes-Pyrénées, a ainsi indiqué avoir perdu 40 000 euros de subventions en raison d’un changement de zonage agricole.

Pesticides : des débats sur les restrictions

Le troisième volet du texte concerne les pesticides, un sujet sensible depuis plusieurs années. Le projet de loi ne prévoit pas de remise en cause des interdictions existantes, mais il pourrait introduire des dérogations pour certains produits, notamment en cas de « crise sanitaire » ou de « menace avérée » pour les cultures. Cette approche suscite des critiques de la part d’associations environnementales et d’apiculteurs, qui dénoncent le rejet récent d’un rapport parlementaire sur l’acétamipride, un insecticide néonicotinoïde, par les groupes Les Républicains (LR), le Rassemblement national (RN) et Horizons.

Hausse des coûts de production : un contexte difficile

Le projet de loi intervient dans un contexte marqué par la hausse des coûts de production pour les agriculteurs. La crise dans le détroit d’Ormuz a notamment entraîné une augmentation de 40 à 50 % du prix des engrais depuis fin février, selon des témoignages recueillis par France 3 Régions. Par ailleurs, la flambée des prix des carburants a conduit à des mobilisations locales, comme dans le Rhône, où des agriculteurs se sont rassemblés pour dénoncer cette hausse.

Le gouvernement a indiqué travailler sur de « nouvelles mesures d’aides » ciblées pour les carburants, sans préciser leur nature ni leur calendrier. La porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, a exclu toute aide « généralisée », comme cela avait été le cas en 2022.

Mobilisations et tensions persistantes

Le vote en commission intervient alors que des rassemblements d’agriculteurs se poursuivent dans plusieurs régions. Dans le Cher, entre 20 000 et 30 000 personnes se sont réunies de manière illégale sur un terrain militaire pour protester contre les conditions de travail dans le secteur. Certains agriculteurs, comme celui cité par Franceinfo, expriment un sentiment d’abandon et une colère persistante : « Jusqu’au dernier teufeur sur place, on sera en alerte. »

Prochaines étapes : un débat parlementaire sous tension

Le projet de loi sera examiné en séance plénière à partir du 19 mai. Les discussions porteront notamment sur les modalités concrètes des mesures proposées, notamment en matière de stockage de l’eau et de restrictions sur les pesticides. Le gouvernement a indiqué que le texte pourrait encore évoluer en fonction des amendements déposés par les députés. Par ailleurs, la publication des décrets d’application, une fois le texte adopté, sera scrutée par les acteurs du secteur pour évaluer l’impact réel des dispositions votées. Les prochaines semaines diront si les mesures envisagées suffiront à apaiser les tensions dans le monde agricole.


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