Le détroit d'Ormuz, passage stratégique pour le commerce mondial des hydrocarbures, est de nouveau le théâtre d'affrontements entre l'Iran et les États-Unis. Dans la nuit du 7 au 8 mai 2026, les deux pays se sont mutuellement accusés d'avoir violé le cessez-le-feu en vigueur depuis le 8 avril, après des échanges de frappes dans cette zone maritime cruciale.
Des frappes en réponse à des attaques
Le Commandement central américain (Centcom) a annoncé avoir « ciblé des installations militaires iraniennes » après que trois de ses navires ont été attaqués par des missiles, des drones et de petites embarcations iraniennes dans le détroit d'Ormuz. Selon le Centcom, ces frappes ont visé des sites de lancement de missiles et de drones, ainsi que des centres de commandement et de renseignement. Aucun navire américain n'aurait été touché.
De son côté, l'Iran a accusé les États-Unis d'avoir attaqué un pétrolier iranien et un autre navire, provoquant une riposte immédiate de Téhéran. Le commandement militaire iranien a affirmé avoir infligé des « dégâts importants » aux navires américains. Un responsable iranien a également fait état de dix marins blessés et cinq disparus à la suite d'une attaque américaine contre un cargo iranien.
« Ils ont joué avec nous aujourd’hui. Nous les avons balayés. (...) J’appelle ça une broutille », a déclaré le président américain Donald Trump, minimisant l'impact de ces affrontements sur le cessez-le-feu. Pourtant, ces incidents surviennent alors que Washington attend une réponse de Téhéran à une proposition d'accord visant à mettre fin durablement au conflit.
Une proposition d'accord en suspens
Le secrétaire d'État américain Marco Rubio a indiqué attendre « dans la journée » une réponse de l'Iran à une proposition de paix. « J'espère sincèrement que ce sera une offre sérieuse », a-t-il déclaré lors d'une visite à Rome. Cette proposition, selon des sources citées par Axios, inclurait un moratoire sur l'enrichissement nucléaire iranien, la levée des sanctions américaines et le déblocage de fonds iraniens gelés, ainsi que la réouverture du détroit d'Ormuz.
Cependant, le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï, a précisé que Téhéran « examinait toujours le plan et la proposition américaine ». Le principal négociateur iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, a quant à lui dénoncé une stratégie américaine visant à forcer la « reddition » de l'Iran, qualifiant la proposition américaine de « liste de souhaits » plutôt que d'une offre réaliste.
« Les États-Unis cherchent, à travers un blocus naval, une pression économique et une manipulation médiatique, à détruire la cohésion du pays afin de nous contraindre à nous rendre », a-t-il déclaré.
Le détroit d'Ormuz, enjeu central du conflit
Le détroit d'Ormuz, par lequel transite habituellement un cinquième des hydrocarbures mondiaux, est au cœur des tensions depuis le début de la guerre le 28 février 2026. L'Iran a instauré un blocus de ce passage stratégique, bloquant environ 1 500 navires et 20 000 membres d'équipage. En réponse, les États-Unis ont imposé un blocus des ports iraniens depuis le 13 avril.
« Il est inacceptable que l'Iran contrôle le détroit d'Ormuz », a affirmé Marco Rubio, soulignant que cette situation paralyse le commerce mondial et alimente l'inflation. L'Iran a créé une Autorité du détroit du Golfe persique (PGSA) pour réguler le passage des navires et percevoir des droits de navigation, une mesure dénoncée par les États-Unis et leurs alliés du Golfe.
« Nous croyons en des principes fondamentaux, tels que la liberté de navigation pour tous les pays du monde. C'est ce qui est en jeu ici », a déclaré l'ambassadeur américain à l'ONU, Mike Waltz, entouré de ses homologues de Bahreïn, d'Arabie saoudite, des Émirats arabes unis, du Qatar et du Koweït.
La France se prépare à une mission de sécurisation
Face à cette impasse, la France a annoncé le déploiement du porte-avions Charles-de-Gaulle en mer Rouge, près du détroit d'Ormuz. « Le Charles-de-Gaulle passe le canal de Suez et il est en mer Rouge ; c'est un prépositionnement », a déclaré la ministre déléguée aux Armées, Alice Rufo. Ce déploiement s'inscrit dans le cadre d'une coalition franco-britannique prête à sécuriser le trafic maritime dans le détroit une fois un accord trouvé.
« Nous sommes prêts à prendre nos responsabilités pour sécuriser le trafic », a affirmé Alice Rufo, ajoutant que la France proposait de « traiter la question d'Ormuz à part » des autres sujets de négociation, comme le programme nucléaire iranien.
Le front libanais toujours actif
Parallèlement, les tensions persistent au Liban, où le Hezbollah, soutenu par l'Iran, continue d'affronter l'armée israélienne malgré une trêve en vigueur depuis le 17 avril. Mercredi soir, une frappe israélienne a visé la banlieue sud de Beyrouth, tuant un commandant de haut rang du Hezbollah. Au moins 11 personnes ont également été tuées dans des frappes israéliennes sur le sud et l'est du Liban.
Le Hezbollah a revendiqué des attaques contre des bases militaires israéliennes dans le nord du pays, tandis que l'armée israélienne a intercepté une « cible aérienne suspecte » en provenance du Liban. De nouvelles discussions entre Israël et le Liban sont prévues à Washington les 14 et 15 mai, bien que le Hezbollah s'oppose à ces négociations.
« Le Liban attend de ces négociations trois objectifs essentiels : consolider le cessez-le-feu, obtenir le retrait d'Israël (...) et étendre l'entière souveraineté de l'État sur le territoire national », a déclaré le ministre libanais des Affaires étrangères, Youssef Raggi.
« Les Iraniens ont gagné : au lieu de négocier sur l'uranium et la politique étrangère iranienne, on négocie d'abord autour du détroit d'Ormuz »
Hasni Abidi, politologue
La situation reste incertaine, et la suite dépendra largement de la réponse de l'Iran à la proposition américaine. Si Téhéran accepte les termes proposés, un accord pourrait permettre la réouverture du détroit d'Ormuz et la levée progressive des sanctions. En revanche, en l'absence d'accord, les États-Unis ont menacé de reprendre les bombardements avec une « intensité bien plus forte qu'avant ».
Les prochains jours seront cruciaux pour déterminer si les deux parties parviendront à un compromis ou si le conflit entrera dans une nouvelle phase d'escalade. Les marchés financiers, qui ont réagi positivement aux déclarations optimistes de Donald Trump, restent attentifs à l'évolution des négociations, tandis que les pays dépendants des hydrocarbures du Golfe continuent de subir les conséquences du blocus.