Le 8 mai 2026, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a annoncé que six cas d’hantavirus avaient été confirmés parmi les passagers du navire de croisière MV Hondius, dont trois décès. Deux autres cas sont considérés comme « probables ». Quatre patients sont hospitalisés : un en soins intensifs à Johannesburg (Afrique du Sud), deux aux Pays-Bas et un à Zurich (Suisse). Le navire, qui transporte encore environ 150 passagers et membres d’équipage, fait route vers Tenerife, dans l’archipel espagnol des Canaries, où il est attendu dimanche 10 mai pour une évacuation prévue entre dimanche midi et lundi.
Un foyer de contamination à bord du MV Hondius
Le MV Hondius, exploité par la compagnie néerlandaise Oceanwide Expeditions, a quitté Ushuaïa (Argentine) le 1er avril pour une croisière en direction du Cap-Vert. Le premier décès, celui d’un passager néerlandais de 70 ans, est survenu le 11 avril. Sa femme, débarquée en Afrique du Sud, est décédée le 25 avril après avoir présenté des symptômes similaires. Une troisième victime, une Allemande, est également décédée à bord. Selon l’OMS, les six cas confirmés sont attribués à la souche Andes du hantavirus, la seule connue pour être transmissible entre humains.
« Tous [les cas confirmés] ont été identifiés comme étant dus au virus des Andes », a précisé l’OMS. Le navire, initialement immobilisé au large du Cap-Vert, a repris sa route vers les Canaries après l’évacuation de trois passagers symptomatiques mercredi 6 mai. « Plus aucune personne n’a de symptômes à bord », a indiqué le croisiériste jeudi, bien que la période d’incubation du virus, pouvant aller jusqu’à six semaines, incite à la prudence.
« Il est possible que davantage de cas soient signalés », a averti Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS, lors d’une conférence de presse. « Compte tenu de la période d’incubation, qui peut atteindre six semaines, nous devons rester vigilants. »
Une souche rare et dangereuse
Le hantavirus est une maladie transmise principalement par les rongeurs, via leur urine, leurs excréments ou leur salive. La souche Andes, identifiée chez les passagers du MV Hondius, est particulièrement préoccupante car elle peut se transmettre entre humains, bien que cette transmission reste rare. Selon Gustavo Palacios, virologue spécialiste des hantavirus, « le virus de l’espèce Andes n’est pas aussi transmissible que d’autres virus respiratoires », mais « les cas et leurs contacts doivent être strictement recherchés et les malades symptomatiques isolés ».
Les symptômes de l’hantavirus incluent fièvre, douleurs musculaires, maux de tête et, dans les cas graves, un syndrome pulmonaire aigu pouvant entraîner la mort. Le taux de létalité de la souche Andes est estimé entre 20 % et 40 %, selon les données de l’OMS.
« Ce n’est pas le début d’une épidémie. Ce n’est pas le début d’une pandémie », a rassuré Maria Van Kerkhove, directrice du département de prévention et de préparation aux épidémies de l’OMS. « Nous pensons que cet épisode restera limité si les mesures de santé publique sont appliquées et si tous les pays font preuve de solidarité. »
Une gestion internationale de la crise
Les autorités sanitaires de plusieurs pays ont mis en place des mesures pour identifier les cas contacts et prévenir une propagation du virus. L’OMS a indiqué avoir informé 12 pays dont des ressortissants avaient débarqué à Sainte-Hélène, une escale du navire le 24 avril. Parmi ces pays figurent le Canada, les États-Unis, le Royaume-Uni, les Pays-Bas et la Suisse.
En France, cinq passagers du MV Hondius doivent être rapatriés « dans les 24 à 48 heures » suivant l’arrivée du bateau aux Canaries, selon un responsable sanitaire. Ils seront transportés à bord d’un avion affrété spécifiquement, avec un personnel protégé, et placés en « quarantaine adaptée » à leur retour. Huit autres Français, identifiés comme cas contacts d’un ancien passager, sont également suivis. L’un d’eux, testé négatif, reste en isolement.
« Les cinq Français à bord n’ont pas de symptômes inquiétants », a précisé le ministère des Affaires étrangères. « Leur état de santé sera surveillé de très près. »
Aux Pays-Bas, une hôtesse de l’air de la compagnie KLM, qui avait été en contact avec une passagère néerlandaise décédée, a été testée négative. En Espagne, une femme ayant voyagé dans le même avion qu’un cas confirmé a été hospitalisée après avoir présenté des symptômes compatibles avec une infection à l’hantavirus.
« Le risque pour la population générale reste extrêmement faible », a déclaré Christian Lindmeier, porte-parole de l’OMS. « Un contact étroit signifie qu’il faut pratiquement être nez à nez. Ce n’est pas un nouveau Covid. »
L’origine de la contamination encore incertaine
L’enquête épidémiologique se poursuit pour déterminer l’origine de la contamination. Selon l’Argentine, « il n’est pas possible de confirmer l’origine de la contagion » à ce stade. Le couple néerlandais décédé avait voyagé plusieurs mois en Amérique du Sud avant d’embarquer à Ushuaïa, où le navire a entamé sa croisière. Les autorités argentines ont envoyé des experts à Ushuaïa pour capturer et analyser des rongeurs, bien que la probabilité d’une contamination locale soit jugée « pratiquement nulle » par les responsables sanitaires de la province de Terre de Feu.
« La possibilité de contagion à Ushuaïa est pratiquement nulle », a affirmé Juan Petrina, directeur du centre d’épidémiologie de la province. « Le rat à longue queue, principal vecteur de la souche Andes, n’est pas présent en Terre de Feu. »
« Les récits oscillent entre “foyer limité” et “risque de propagation”, bien que l’OMS insiste sur la faible transmissibilité du virus. »
Prochaines étapes : évacuation et suivi sanitaire
L’évacuation des passagers du MV Hondius doit débuter lundi 11 mai aux Canaries. Selon les autorités espagnoles, les passagers resteront à bord jusqu’à l’arrivée des avions chargés de les rapatrier. « Un dispositif conjoint d’évaluation sanitaire et d’évacuation sera mis en place », a indiqué la ministre espagnole de la Santé, Mónica García Gómez.
Les passagers seront transférés vers l’aéroport de Tenerife Sud à l’aide de vedettes ou de petits vaisseaux, sans contact avec la population locale. Les ressortissants espagnols, au nombre de 14, seront conduits vers Madrid pour être placés en isolement dans une unité spécialisée.
« La suite dépendra de la capacité des pays à organiser le rapatriement de leurs ressortissants et à assurer un suivi médical strict », a souligné l’OMS. « La coordination internationale sera cruciale pour éviter toute propagation du virus. »