Les tensions dans le détroit d’Ormuz, un passage stratégique pour le commerce mondial des hydrocarbures, ont atteint un nouveau pic ce week-end. L’Iran a mis en garde la France et le Royaume-Uni contre toute présence militaire dans cette zone, promettant une « réponse immédiate » en cas de déploiement. Cette escalade verbale intervient alors que les États-Unis et l’Iran échangent des propositions pour mettre fin à la guerre qui secoue la région depuis fin février.
Menaces iraniennes et déploiements occidentaux
L’Iran a averti que tout déploiement militaire français ou britannique dans le détroit d’Ormuz entraînerait une « réponse décisive et immédiate » de son armée. Le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Kazem Gharibabadi, a déclaré que la présence de navires étrangers dans cette zone serait considérée comme une provocation. En réponse, le président français Emmanuel Macron a précisé que la France n’avait « jamais envisagé » un déploiement militaire, mais plutôt une mission de sécurisation « concertée avec l’Iran ». Le Royaume-Uni, pour sa part, a annoncé l’envoi du destroyer HMS Dragon en prépositionnement dans la région, en vue d’une éventuelle mission internationale visant à sécuriser le trafic maritime.
« La France n’a jamais envisagé un déploiement militaire naval dans le détroit d’Ormuz, mais une mission de sécurisation concertée avec l’Iran », a déclaré Emmanuel Macron lors d’un déplacement au Kenya.
Accrochages en mer et ripostes iraniennes
Les tensions se sont également traduites par des affrontements en mer. Vendredi, l’armée américaine a frappé deux pétroliers iraniens dans le golfe d’Oman, une zone d’accès au détroit d’Ormuz. Selon le commandement militaire américain (Centcom), ces navires tentaient de violer le blocus maritime imposé par Washington depuis le 13 avril. L’Iran a dénoncé une « violation flagrante » du cessez-le-feu en vigueur depuis le 8 avril et a menacé de riposter contre des sites américains dans la région. Le commandant de la marine des Gardiens de la Révolution, le général Majid Mousavi, a affirmé que des missiles et des drones iraniens étaient « braqués sur l’ennemi » et prêts à tirer sur ordre.
« Toute attaque contre des pétroliers et navires commerciaux iraniens entraînera une lourde riposte contre l’un des centres américains dans la région ainsi que contre les navires ennemis », ont averti les Gardiens de la Révolution.
Négociations en suspens
Malgré ces tensions, les discussions diplomatiques se poursuivent. Les États-Unis attendent une réponse officielle de l’Iran à leur dernière proposition de paix, transmise via le Pakistan. Selon des sources proches des négociations, cette proposition inclurait une réouverture progressive du détroit d’Ormuz et une levée simultanée du blocus des ports iraniens. L’Iran a indiqué que sa réponse serait centrée sur « la fin de la guerre sur tous les fronts, en particulier au Liban, et sur la garantie de la sécurité de la navigation maritime ». Cependant, le président américain Donald Trump a rejeté cette réponse, la qualifiant de « totalement inacceptable » sur son réseau social Truth Social.
« Je viens de lire la réponse des soi-disant représentants de l’Iran. Je ne l’aime pas — C’EST TOTALEMENT INACCEPTABLE ! », a écrit Donald Trump.
Une marée noire aux origines inconnues
Parallèlement aux tensions militaires, une nappe de pétrole de plus de 50 km² a été détectée au large de l’île iranienne de Kharg, principal terminal pétrolier du pays. Selon des images satellites diffusées par l’Observatoire des conflits et de l’environnement (CEOBS), cette nappe pourrait contenir plus de 3 000 barils de pétrole. L’origine de cette fuite reste inconnue, mais elle intervient dans un contexte de perturbations majeures du trafic maritime dans le Golfe. Les autorités iraniennes ont démenti toute fuite, affirmant qu’il n’y avait « aucune information officielle sur des fuites de pétrole près de l’île de Kharg ».
« Il semble peu probable qu’elle soit traitée de manière appropriée », a indiqué le CEOBS, soulignant les risques environnementaux liés à cette marée noire.
Le Liban, autre front du conflit
Sur un autre front, les tensions persistent au Liban, où Israël et le Hezbollah, soutenu par l’Iran, continuent leurs échanges de frappes malgré le cessez-le-feu en vigueur depuis le 17 avril. Samedi, des frappes israéliennes dans le sud du Liban ont fait au moins neuf morts, dont une fillette, selon les autorités libanaises. L’armée israélienne a appelé à l’évacuation de plusieurs localités en prévision de nouvelles attaques contre le Hezbollah. En réponse, le mouvement chiite a revendiqué des tirs de drones contre des positions israéliennes dans le nord du pays.
Un équilibre fragile
Les prochains jours seront déterminants pour l’évolution de la situation dans le détroit d’Ormuz. Les réponses attendues de l’Iran et des États-Unis, ainsi que les éventuelles initiatives diplomatiques de la France et du Royaume-Uni, pourraient soit apaiser les tensions, soit les exacerber. La publication complète des propositions de paix et la confirmation indépendante de l’origine de la marée noire seront des éléments clés pour comprendre les développements futurs. En attendant, le blocus du détroit d’Ormuz et les menaces de représailles continuent de peser sur l’économie mondiale et la stabilité régionale.