Le navire de croisière MV « Hondius » a accosté dimanche matin au port de Granadilla, sur l’île espagnole de Tenerife, dans l’archipel des Canaries. Les autorités sanitaires ont immédiatement lancé l’évacuation des 147 passagers et membres d’équipage, tous considérés comme des « contacts à haut risque » par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Cette opération, qualifiée d’« inédite » par les autorités espagnoles, s’est déroulée sous haute surveillance sanitaire.
Un débarquement sous protocole strict
Dès l’arrivée du navire, les passagers ont été débarqués par petits groupes, en commençant par les 14 ressortissants espagnols. Vêtus de combinaisons de protection et de masques FFP2, ils ont été transférés vers des embarcations plus petites avant d’être conduits à l’aéroport de Tenerife-Sud. De là, des vols sanitaires les ont rapatriés vers leurs pays d’origine, dont la France, les Pays-Bas, le Canada, les États-Unis et l’Australie.
Les cinq passagers français à bord ont été évacués dans la matinée et rapatriés par un vol sanitaire affrété par le gouvernement français. À leur arrivée à l’aéroport du Bourget, près de Paris, ils ont été immédiatement pris en charge par les services du SAMU et transférés à l’hôpital Bichat pour une quarantaine de 72 heures. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé dimanche après-midi que l’un d’eux avait « présenté des symptômes dans l’avion ». Les cinq passagers ont été placés en isolement strict, et un décret sera pris « dès ce soir » pour encadrer les mesures d’isolement des cas contacts.
Un bilan sanitaire encore provisoire
Selon l’OMS, six cas confirmés d’hantavirus ont été recensés parmi les huit cas suspects à bord du MV « Hondius », dont trois décès. La souche identifiée, l’hantavirus Andes, est une variante rare qui peut se transmettre d’homme à homme, avec un délai d’incubation pouvant aller jusqu’à six semaines. L’OMS a toutefois insisté sur le fait que le risque de propagation pour la population générale restait « modéré » et que la situation n’était « pas comparable au Covid-19 ».
Les passagers et membres d’équipage, bien qu’asymptomatiques à ce stade, sont soumis à une surveillance médicale pendant 42 jours. En France, les cinq rapatriés seront suivis par les Agences régionales de santé (ARS) pendant cette période, avec des évaluations régulières et des recommandations sanitaires adaptées. En cas d’apparition de symptômes, une prise en charge hospitalière sera immédiatement mise en place.
Une opération coordonnée par l’OMS
L’évacuation a été supervisée par le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, présent sur place depuis samedi soir. Dans une lettre adressée aux habitants de Tenerife, il a salué « la solidarité » de l’archipel tout en rappelant que le risque pour la population locale était « faible ». Les autorités espagnoles ont assuré que le dispositif mis en place garantissait « aucun contact » entre les passagers et la population, avec une zone maritime d’exclusion temporaire autour du navire et des transferts sécurisés vers l’aéroport.
Les évacuations se sont poursuivies tout au long de la journée de dimanche et devaient s’achever lundi après-midi, avant que le MV « Hondius » ne reprenne sa route vers les Pays-Bas. Une partie de l’équipage est restée à bord pour assurer la navigation.
Des mesures variables selon les pays
Les protocoles de prise en charge des passagers rapatriés varient selon les pays. Aux États-Unis, les 17 Américains à bord seront suivis dans un centre spécialisé du Nebraska, tandis qu’au Royaume-Uni, les passagers britanniques seront placés en isolement dans un hôpital près de Liverpool. Aux Pays-Bas, les passagers néerlandais seront isolés à domicile pendant six semaines, sous la supervision des services municipaux de santé.
En France, les cinq passagers rapatriés seront soumis à une quarantaine hospitalière de 72 heures, suivie d’un isolement à domicile de 45 jours. La ministre de la Santé, Stéphanie Rist, a indiqué que la France appliquait « les mesures les plus strictes de la zone européenne » pour éviter toute propagation du virus.
« Le même protocole distingue les mesures de quarantaine, les évaluations médicales et les suivis épidémiologiques, qui dépendent des recommandations de chaque pays. »
Un contexte marqué par les craintes post-Covid
L’arrivée du MV « Hondius » aux Canaries a ravivé les souvenirs de la pandémie de Covid-19, suscitant des inquiétudes parmi la population locale. Certains habitants ont exprimé leur mécontentement, estimant que l’accueil du navire représentait un risque sanitaire inutile. Les autorités régionales des Canaries s’étaient initialement opposées à l’escale, avant de céder sous la pression du gouvernement central espagnol.
Sur les réseaux sociaux, les théories complotistes ont également refait surface, avec des accusations de « manipulation mondiale » et des comparaisons avec la crise du Covid-19. L’OMS a toutefois rappelé que l’hantavirus, bien que dangereux pour les personnes infectées, ne présentait pas de risque pandémique comparable à celui du coronavirus.
Un virus rare mais surveillé
L’hantavirus se transmet généralement par contact avec des rongeurs infectés, via leur urine, leurs excréments ou leur salive. La souche Andes, détectée à bord du MV « Hondius », est l’une des rares variantes pouvant se transmettre entre humains. Les symptômes incluent fièvre, douleurs musculaires et, dans les cas graves, un syndrome respiratoire aigu.
Les autorités sanitaires de plusieurs pays ont renforcé la surveillance des cas contacts, notamment parmi les personnes ayant voyagé sur les mêmes vols que les passagers infectés. En Espagne, une femme ayant emprunté le même vol que l’une des victimes a été hospitalisée à Alicante avec des symptômes compatibles avec l’hantavirus, bien que son test se soit révélé négatif.
Prochaines étapes
Les évacuations doivent s’achever lundi après-midi, avec un dernier vol prévu en direction de l’Australie. Les passagers rapatriés continueront d’être suivis médicalement pendant six semaines, conformément aux recommandations de l’OMS. En France, les résultats des tests effectués sur les cinq passagers rapatriés devraient être connus dans les prochaines 24 heures, tandis que les mesures d’isolement des cas contacts seront précisées par décret.
Le MV « Hondius » reprendra sa route vers les Pays-Bas une fois les évacuations terminées, avec une partie de l’équipage à bord. Les autorités sanitaires internationales restent mobilisées pour éviter toute propagation du virus, tout en rappelant que la situation actuelle ne présente pas de risque pandémique.