Dimanche 10 mai 2026, Édouard Philippe a réuni les cadres de son parti Horizons à Reims pour esquisser les contours de sa campagne présidentielle. Dans le même temps, Jean-Luc Mélenchon a appelé les autres partis de gauche à éviter « le suicide anti-LFI », tandis que Boris Vallaud a quitté la direction du Parti socialiste, fragilisant davantage la stratégie d’Olivier Faure.
Édouard Philippe lance sa campagne avec une direction collégiale
Devant les élus et cadres d’Horizons, Édouard Philippe a annoncé la formation d’une « direction collégiale » pour sa campagne présidentielle. Composée de Christophe Béchu, maire d’Angers et secrétaire général du parti, de Marie Guévenoux, députée Renaissance, et de Gilles Boyer, eurodéputé et délégué général d’Horizons, cette équipe doit coordonner les préparatifs jusqu’au premier grand meeting prévu le 5 juillet à l’Adidas Arena à Paris. « Nous basculons dans une autre séquence qui nécessitera une autre organisation », a déclaré l’ancien Premier ministre, soulignant que cette campagne devait « s’élargir très au-delà d’Horizons ».
Lors de son discours, Édouard Philippe a également précisé les grandes lignes de son programme, sans en dévoiler les détails. Il a insisté sur la nécessité de « choisir » entre plusieurs priorités, citant notamment un soutien « massif » à la « politique de l’offre », des « changements radicaux en matière de justice » et un engagement pour « garantir le rétablissement de l’ordre ». Il a également évoqué des investissements dans le système de santé, l’école publique et la formation des médecins, tout en critiquant les « idées dangereuses » du Rassemblement national (RN) et de La France insoumise (LFI).
« Le même discours est présenté comme une rupture avec le macronisme et comme une continuité assumée de la droite classique. »
Jean-Luc Mélenchon mise sur la patience pour une alliance à gauche
Dans un entretien accordé à La Tribune Dimanche, Jean-Luc Mélenchon a appelé les autres partis de gauche à éviter « le suicide anti-LFI ». Le leader de La France insoumise (LFI) a estimé que les divisions actuelles au sein de la gauche non mélenchoniste pourraient, à terme, favoriser un rassemblement autour de sa candidature. « Aucune force de gauche ne peut prétendre au leadership en ignorant les électorats captés par LFI, notamment dans les quartiers populaires », a-t-il souligné, tout en se disant prêt à nouer un « accord honorable » avec les écologistes et en observant avec attention le congrès du Parti communiste français (PCF) prévu en juillet.
Cette stratégie intervient dans un contexte où un sondage Ipsos BVA pour La Tribune Dimanche révèle que 70 % des Français, dont 55 % des sympathisants de gauche, perçoivent la candidature de Jean-Luc Mélenchon comme un « handicap » pour la gauche. Parmi les raisons invoquées figurent son « agressivité » et sa propension à la « polémique ». Malgré ces chiffres, Mélenchon a réaffirmé sa volonté de se présenter pour la quatrième fois à l’élection présidentielle, estimant que « le temps fera les alliances ».
Boris Vallaud quitte la direction du PS, fragilisant Olivier Faure
Vendredi 8 mai, Boris Vallaud, président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale, a annoncé son départ de la direction du Parti socialiste (PS), entraînant avec lui 24 membres de son courant « Unir ». Dans une lettre adressée à Olivier Faure, Vallaud a dénoncé une « collégialité bâclée » et une « stratégie d’isolement et d’enlisement » du premier secrétaire. Ce départ intervient dans un contexte de tensions internes sur la stratégie à adopter pour la présidentielle, notamment sur la question d’une éventuelle primaire de la gauche non mélenchoniste.
Olivier Faure, qui défendait jusqu’ici l’idée d’une primaire, se retrouve désormais en minorité au sein de son propre parti. Plusieurs responsables socialistes, dont Boris Vallaud, privilégient une candidature unique portée par une personnalité extérieure au PS, comme l’eurodéputé Raphaël Glucksmann, actuellement en tête des intentions de vote à gauche dans les sondages. François Hollande, ancien président de la République, a également estimé que le PS devait « reconnaître l’infaisabilité » d’une primaire et désigner un candidat social-démocrate avant la fin de l’année.
« La crise au PS oppose deux visions : une primaire comme outil de rassemblement ou une candidature unique pour éviter la dispersion. »
Les autres candidatures en lice
D’autres figures politiques ont également précisé leurs intentions pour 2027. Florian Philippot, président du parti Les Patriotes, a annoncé sa candidature tout en se disant prêt à se retirer au profit de Philippe de Villiers si ce dernier se présentait. À droite, Bruno Retailleau, président du groupe Les Républicains (LR) au Sénat, a confirmé sa volonté de « tracer sa route » vers l’Élysée, tandis que Gabriel Attal, ancien Premier ministre et secrétaire général de Renaissance, multiplie les déplacements pour préparer une éventuelle candidature.
Un an avant le scrutin, les dynamiques se précisent
À un an de l’élection présidentielle, les stratégies des principaux acteurs politiques se dessinent progressivement. Édouard Philippe mise sur une campagne méthodique et une « recomposition » de la droite et du centre, tandis que Jean-Luc Mélenchon parie sur l’échec des divisions à gauche pour imposer sa candidature. Au Parti socialiste, la crise interne laisse planer des incertitudes sur la capacité du parti à présenter un candidat unifié, alors que les sondages continuent de placer le Rassemblement national en tête des intentions de vote.
Les prochaines semaines seront marquées par la publication des programmes, les réunions d’appartement organisées par Horizons, ainsi que par les congrès des partis de gauche, qui devraient clarifier les rapports de force. Le calendrier officiel de la campagne, notamment la date de dépôt des candidatures et les éventuels débats, reste encore à préciser.